Un Français sur dix en souffre : que faire lorsque son conjoint est touché par une dépression ?

Un Français sur dix en souffre : que faire lorsque son conjoint est touché par une dépression ?

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AIDE - La dépression touche de plus en plus de monde. Selon une étude publiée ce mardi par le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), un Français sur dix affirmait en 2017 avoir vécu un épisode dépressif au cours des douze derniers mois. Si cela est douloureux pour la personne, cela peut aussi l'être pour ceux qui partagent sa vie. Comment faire pour aider, accompagner ou tout simplement vivre avec une personne touchée par cette maladie ? LCI vous explique.

Se représenter et comprendre l'état de dépression n'est pas toujours aisé pour les proches des personnes concernées. Pourtant, celles-ci seraient de plus en plus nombreuses. Selon une étude publiée ce mardi par le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), cette maladie mentale est depuis 2010 en progression au sein de la population française, et notamment chez les moins de 45 ans et les personnes à faible revenu dont les chômeurs et les étudiants. Un Français sur dix affirmait ainsi en 2017 avoir vécu un épisode de dépression au cours des douze mois précédent, et les femmes seraient deux fois plus touchées  (13%) que les hommes (6,4%).


La personne souffrant de dépression est imprégnée d'une souffrance morale permanente, d'une tristesse que rien n'apaise et souvent d'une incapacité à faire quoique ce soit. Parfois, la maladie s'accompagne d'idées suicidaires. Alors, trouver les bons mots, sa place ou tout simplement comprendre cette pathologie s'avère utile pour aider au mieux le malade.

La tentation de "secouer" la personne

"Viens, on sort", "allez, bouge-toi, tu ne vas pas rester comme ça", "Secoue-toi un peu, ou tu ne t'en sortiras jamais"... Ces phrases, Antoine les as souvent entendues lorsqu'il était malade. Des injonctions à faire des choses qui lui paraissaient insurmontables dans son état. "Me lever chaque matin était quasiment impossible. Je n'arrivais même pas à sortir de mon lit, alors sortir boire un verre, imaginez un peu", raconte à LCI ce quadragénaire. "En plus, je sentais que je n'allais pas être de bonne compagnie et je culpabilisais vis à vis de mon ami", se souvient-il. Généralement, ces remarques partent d'un bon sentiment, dans l'idée de tenter de sortir le malade de ses idées noires. Mais au final, elles ne sont pas adaptées à la situation.


Car à écouter les malades et les spécialistes, elles culpabilisent ces derniers qui, bien conscients de leur état, sont dans l'incapacité de changer les choses. Et puis comme l'indique l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) : " la dépression est une maladie : demanderiez-vous à une personne atteinte de la grippe d’arrêter d’avoir de la fièvre ?" Aussi, les spécialistes recommandent plutôt d'accompagner la personne de sa présence, de l'écouter, de l'entourer et d'être patient, car comme le rappelait à LCI, le professeur Llorca, chef du service psychiatrie du CHU de Clermont-Ferrand, "la dépression est une maladie avec un début et une fin". 

Aider la personne dans les taches du quotidien

Vous l'aurez compris : mieux vaut entourer la personne et être à son écoute. On l'oublie souvent, mais en cas de dépression, les tâches du quotidien, apparemment anodines, deviennent souvent insurmontables. La semaine dernière sur Twitter, une internaute a parfaitement décrit ce qu'elle appelle "la tâche impossible". La vaisselle, les courses... La tâche semble insurmontable.

Pour Molly Backes, il s'agissait d'aller à la pharmacie et remplir ses papiers. "Un ami m'a emmenée dans une pharmacie à deux rues de chez moi et m'a aidée à remplir mes papiers. Deux rues. C'était un cadeau incroyable", poursuit-elle. "Si vous avez une personne de votre entourage dans cet état, demandez-lui quelles sont ces tâches insurmontables et trouvez un moyen de les faire. Sans les juger", recommande cette ancienne malade. "Une personne dépressive se fatigue très vite car elle lutte en permanence contre sa fatigue et ses idées noires", rappelle l'Inpes. 


Olivier Dubois, docteur en psychiatrie, indiquait à LCI que dans ces cas-là, "il faut être très encourageant, compréhensif et à l’écoute. Une fois qu’on a repéré les signes, il faut mettre le malade en garde et lui dire qu’il existe des solutions. Aujourd’hui la dépression se soigne très bien, on a quasiment que des succès. C’est rare qu’une dépression ne soit pas guérie ou améliorée. Il faut redonner l’espoir et passer la main à des personnes compétentes". Autrement dit, le conjoint peut conseiller de se rendre chez un psychologue ou un psychiatre.


Il arrive également que la personne ressasse sans discontinuer ses idées noires. Des idées qui peuvent parfois conduire au suicide, dans 7% des cas. Aussi, c'est un risque qu'il ne faut pas sous-estimer et les signes peuvent être repérés : par une simple évocation d'un départ, par un soulagement soudain, l'impression que la personne va mieux, ou simplement par le don d'objets personnels, précise l'Inpes. Aussi, l'Institut recommande d'en parler avec la personne, d'être compatissant, et lui faire sentir qu'elle n'est pas seule. 

Ne vous oubliez pas en chemin

Elvire voulait aider mais se sentait découragée par l'état de son compagnon : "Je me sentais démunie. Je voyais bien qu'il ne pouvait rien faire et ça me peinait de le voir comme ça, vide. Alors j'essayais de lui proposer des sorties, des dîners mais il n'avait envie de rien. C'était extrêmement pesant de se prendre des refus ou des non-réponses à mes questions... Je me suis découragée au bout d'un moment, j'étais usée de me heurter à un mur." Le découragement et l'usure sont des sentiments contre lesquels les proches des personnes malades doivent parfois lutter. 


Pour eux-mêmes et pour les malades. Car à force d'essuyer des refus systématiques sur une période plus ou moins longue, la tentation de s'éloigner et de verser dans la colère ou l'agressivité peuvent être néfastes pour le malade. Les médecins recommandent donc au conjoint de ne pas hésiter à s'écouter soi-même et à en parler à un professionnel, au besoin. N'hésitez pas à lui demander comment agir au mieux pour le malade mais aussi, comment vous préserver. Prenez soin de vous durant cette période, votre aide, votre présence et votre écoute n'en seront que meilleures pour le malade. 

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