Vacances, j'oublie tout : ce que votre valise (trop ou pas assez pleine) raconte de vous

Spécial New York

VOYAGES VOYAGES - "Faire la valise" se révèle un peu le passage obligatoire (et tannant) pour chaque vacancier avant d'embarquer pour les vacances. Mais cet objet de transition, faisant le lien entre chez nous et ailleurs, pourrait bien se révéler plus signifiant qu'il n'y paraît dans sa confection. Une psychologue éclaire nos obsessions.

Le jour du départ en vacances approche, vous devez préparer la valise et un constat s’impose : non, vous n'êtes pas Marie Kondo qui aurait très certainement de vertueux conseils à dispenser pour vous faire gagner de la place dans la valise (le fameux ranger packing tant vanté par la prêtresse du rangement tirée à quatre épingles, consistant à rouler les vêtements). En réalité, à chacun son organisation… mais ce bagage, dans son rangement et dans son apparence, ne reflète-t-il pas au fond nos vacances, la manière dont on les envisage, tel un miroir de notre identité d’urbains ultra-stressés en quête de quiétude méritée ?

Selon la psychologue Laurie Hawkes, les valises, qu’elles soient sur-blindées ou légères comme une brise, en disent effectivement beaucoup sur ce que nous sommes tout en recelant bien des mystères : "Difficile de savoir pourquoi on oublie toujours quelque chose et pourquoi on prend trop de choses, parfois en même temps", assure-t-elle à LCI. "Trop prendre est le problème des voyageurs trop prudents qui craignent le manque matériel ou se veulent préventifs. Il faut voir chez eux une capacité d’anticipation mais aussi de protection. Cela rassure leurs angoisses de se trouver démunis. Ils se disent ainsi qu'en fonction du climat – s’il fait mauvais, beau, froid, chaud, etc.– ils sauront à coup sûr prendre soin d'eux-mêmes et des leurs." 

Mais gare aux paradoxes : "Souvent, ceux qui prennent trop de choses oublient le plus de choses", ajoute la psychologue. Et le plus souvent, on y repense lorsque nous sommes dans le train ou dans l’avion alors qu'on est dans  l’incapacité de reconfigurer la valise. "Prendre du recul sur la valise permet alors d'y voir plus clair. Certains ont tendance à mettre beaucoup trop dans la valise pour commencer, puis ils tachent d’élaguer en se demandant si tout compte fait, ils ont besoin d’autant d’affaires. C’est comme une deuxième couche, un deuxième regard sur ce qui est nécessaire ou pas. Ceux-là veulent être préventifs mais aussi utiles en allant à l'essentiel sans boursouflure." Pourtant, inéluctablement, on oublie toujours quand même quelque chose : "C’est bien la preuve qu’il faut accepter le lâcher-prise, convenir que l’on ne peut pas tout contrôler." 

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La valise, témoin d'où nous en sommes

La psychologue constate que, dans un couple ou dans une famille, c’est très régulièrement la femme qui prépare la valise, "comme si elle était en charge de la bonne marche de la maison et de la famille". Or, ranger la valise (et donc penser à sa composition la veille du départ en vacances) implique une vraie charge mentale, une responsabilité qui pèse ("un oubli dans la valise et c'est la personne qui a fait la valise qui devient responsable"). Cette fonction possède au moins un avantage : "Celle ou celui qui est aux commandes du rangement peut décider de prendre plus de place dans la valise." 

Il arrive quand même que les hommes prennent les choses en main pour ranger la valise mais, note la psychologue, "ils ont besoin de moins de toilettes variées, en général, et nous, les femmes, les envions pour cela ! C’est pourquoi il est compliqué quand, à l’inverse, monsieur veut prendre plus de place que madame. Soit il est coquet et elle peut en sourire ; soit il est narcissique et cela peut être mauvais signe quant à la place qu’il laisse à son épouse dans la vie… Comme certains hommes plus obsessionnels ("maniaques" en langage courant) qui veulent absolument faire la valise parce qu’ils considèrent que ce sera mieux fait, mieux organisé, mieux plié…"

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VIDÉO - J'ai testé pour vous... la valise toute prête !

Voir au-delà des apparences

Outre ces problématiques liées au couple, le rangement de valise dévoile incontestablement des caractéristiques personnelles : "Chez les célibataires, il y a d’un côté la valise bien rangée de l’obsessionnel et la valise en vrac de l’écervelé ou encore la valise où manquent plein de choses importantes de la personne mal organisée et qui n’a pas l’habitude de prendre beaucoup de responsabilités". En d'autres termes, une valise de célibataire en partance pour Ibiza n'a pas la même fière allure que celle d'une famille en partance pour une belle-famille dans le Poitou. 

Au-delà de ce qu'elle contient, sachez enfin que même l’esthétique de la valise, son apparence donc, peut révéler des aspects de la personnalité d'un usager : "Quand vous regardez les bagages dans les gares ou les aéroports, vous pouvez facilement vous amuser à déceler les personnalités de chaque propriétaire : la valise rigolote de la personne plus rebelle, la valise vieille et peut-être moche de la personne soucieuse de l’environnement ou encore le joli ensemble valise et sac de la personne coquette (hystérique éventuellement)." Autant de déductions à effectuer avant de regarder votre valise et de voir toutes les imperfections notées chez les autres ressortir chez nous. Moralité : regardez votre valise, elle ne ment pas sur qui vous êtes. 

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