Aiguë, grave, nasillarde... Votre voix reflète-t-elle votre personnalité ?

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PAROLES, PAROLES... - Certains l'aiment, d'autres la détestent. Qu'est-ce que notre voix dit de nous ? Le docteur Christophe Haag nous répond.

On la trouve nasillarde, aiguë, grave, grêle, chevrotante, chaude, charmeuse... Nous entretenons tous une relation particulière avec notre voix, que nous avons tendance à percevoir comme un reflet de notre âme ou de notre personnalité. Un cliché ou une réalité ? Pour le docteur Christophe Haag, auteur de "La contagion émotionnelle" (Albin Michel), "notre voix ne dit pas qui nous sommes en termes de traits de personnalité, par exemple si nous sommes extraverti ou introverti. En revanche, elle dit ce que nous ressentons à un instant T". 


"Des chercheurs, développe-t-il, ont montré que les émotions de base, telles que la joie, la colère et la tristesse, peuvent s'exprimer à travers des intonations, des qualités vocales, des rythmes ou des pauses qui leur sont propres". Le spécialiste prend l'exemple d'une personne dépressive : "alors qu’une voix normale couvre environ 60% d’une octave en termes d’intonation, une voix déprimée n’en couvre que 20 à 25%. L’élocution chez des patients dépressifs souffre d’un manque de précision, leur débit de parole est ralenti. Ils marquent, lors d’une conversation, de longs temps de pause, et font aussi plus de pauses." 


Même genre de symptômes lorsque la voix est altérée par l’angoisse et le trac : "Le larynx se contracte, donnant une sensation de "gorge serrée"", poursuit le docteur. "L’angoisse provoque des remontées acides qui vont imprégner les cordes vocales, générer une inflammation. La salive vient à manquer et la bouche se dessèche, la voix chevrote et a tendance à monter dans les aigus. Le souffle devient court et on subit de petites phases d’apnées mécaniques difficilement contrôlables. Ainsi, la voix est aussi expressive, d’un point de vue émotionnel, que le visage humain, mais nous ne 'sommes pas' nos émotions." 

Quand la voix handicape

Au-delà des simples émotions qui peuvent influer sur la voix, il peut arriver que certains abhorrent la leur. Une détestation dont souffre Melody, institutrice : "J'ai une voix nasillarde, ce n'est pas de ma faute, j'ai un problème de sinus. Du coup, quand je suis enrhumée, on ne me comprend presque pas et je pars facilement dans les aigus. Je fais un métier où je m'exprime beaucoup, où je dois parler fort, donc c'est l'horreur, je dois toujours faire attention parce que sinon, ça devient vite ridicule. Et les élèves ne sont pas tendres avec les voix des profs !". 


L'envie de casser sa voix, un mal très répandu ? "Tous sexes confondus, il y a autant de personnes qui aiment leur voix que de personnes qui la détestent", assure le docteur, qui a mené en 2013 une enquête où il était demandé à 365 personnes (245 femmes, 120 hommes) de répondre à un questionnaire électronique portant sur leur voix. Résultat : "14% des sondés la trouvent très agréable, 45% pensent qu’elle a des vertus thérapeutiques, 56% des personnes interrogées la qualifient de "banale"." 


Mais pour les autres, c'est un cauchemar. "Le son et les effets qu’elle produit leur pourrit la vie : 7 % des sondés estiment que leur voix est énervante et reconnaissent qu’elle peut avoir un effet stressant sur autrui. 1 % la qualifient de "ridicule", et un autre 1% la trouvent même "effrayante". Pour 5% des sondés, leur voix est un gros handicap dans le monde du travail. Ne l’aimant pas, ils rechignent à parler en public ou pensent manquer de crédibilité auprès de leurs clients ou collègues. Certains confient même ne pas oser candidater, en interne, à certains postes, persuadés que leur voix "ne colle pas" à la fonction."

Un fossé dans la perception

Mais pourquoi ces personnes vivent-elles leur voix comme un cauchemar ? Plusieurs raisons, selon le docteur. "Prenez l’exemple d’un homme de 50 ans qui pense que sa voix est trop aiguë par rapport à son âge. Il est possible que ce ressenti vienne du fait qu’il n’a pas eu sa dose suffisante d’hormones stéroïdiennes. Autrement dit, il est possible que ses cordes vocales aient subi une trop faible imprégnation hormonale à l’adolescence. Mais l’explication d’une voix de fausset à l’âge adulte n’est pas qu’hormonale, elle peut aussi être psychologique. Chez un ado, une trop grande peur du passage au stade adulte, marquée par une sorte de déni de la sexualisation de sa voix pendant la puberté aura peut être pour effet plus tard de retarder la stabilisation de sa voix d’homme. Et en raison de ce timbre vocal qu’il jugera éloigné de sa vraie personnalité, il finira par ne pas aimer sa voix, et par avoir une mauvaise image de lui-même."


Il y a aussi comme une dissonance, un fossé dans la perception qu’on a de sa voix, entre notre voix intérieure (celle qui résonne à l’intérieur de notre corps et qui nous semble être celle que les gens entendent) et la voix extérieure (celle qu’entend réellement notre interlocuteur). Ainsi, lorsque nous écoutons notre voix enregistrée, c’est la voix extérieure que nous entendons, ce qui produit une forme de déception pour le cerveau humain : "Cette voix extérieure nous semble généralement résonner moins dans les graves que notre voix intérieure, passée par les os jusqu'à nos tympans. Or, on associe tout un tas de bénéfices ou d’atouts à la personne porteuse d’une voix grave, comme un plus grand pouvoir de séduction, une maturité, une plus grande fiabilité... Pour nombre d’entre nous, penser avoir une voix de stentor, et finalement se rendre compte que tel n’est pas le cas, n’est pas évident à gérer."

Si votre voix est haut perchée, parlez plus lentement et doucement.Christophe Haag, docteur

A contrario, ceux qui ont la voix aiguë sont ceux qui supportent le moins bien leur voix, tout comme ils sont ceux qui énervent le plus leurs interlocuteurs : "Il faut savoir que les voix aiguës, d’hommes ou de femmes, contiennent une gamme plus importante d’ondes sonores (durée syllabique, intensité sonore et hauteur mélodique des phonèmes), activant, dans le cerveau de celui qui les écoute, des zones généralement sollicitées pour traiter des bruits complexes. Et qui dit analyse de bruits complexes dit plus d’efforts pour le cerveau", souligne Christophe Haag. Par ailleurs, "les trois quarts des personnes qui ont des voix aiguës ont tendance, sous l’effet du stress par exemple, à parler vite. Et plus elles parlent vite, plus leur voix monte dans les aigus." Un conseil, alors ? "Si votre voix est haut perchée, parlez plus lentement (en réduisant votre débit de parole) et doucement (en diminuant le volume)."


De là à dire qu'il est possible, avec le temps, d'apprivoiser sa voix lorsqu'on la déteste, et d'apprendre à l'aimer voire à en jouer, comme on joue d'un défaut trop apparent ? "Pour 96% des personnes interrogées dans l'étude que j'ai menée, la voix serait comme le cerveau humain : élastique, malléable. En bref, elle se 'travaillerait'. Et ils ont raison, même s’ils sont 83% à ignorer ce que sont la 'phoniatrie' ou le 'coaching vocal', un accompagnement personnalisé permettant de façonner la voix. Ce sont les orthophonistes, médecins phoniatres, ou autres formateurs et "coaches" (souvent d’anciens animateurs de radio ou acteurs de théâtre) qui vous aident à travailler la respiration, la diction, le souffle, la posture, la projection de la voix, l’articulation, etc." 


Des problèmes de voix qui, de toute façon, disparaîtront inéluctablement avec le temps : "Une fois que vous entrez dans le troisième âge, votre voix va perdre de sa puissance, de son endurance et de sa souplesse car les cartilages se calcifient – un phénomène plus rapide chez l’homme. Aussi, plus nous vieillissons et plus les différences entre les voix des deux sexes s’amenuisent : la voix des hommes devient plus aiguë, celle des femmes plus grave. Elles finissent, d’une certaine manière, par se rejoindre." Soit un retour à la parité vocale, celle que l’on a connue dans les cours de récré avant la puberté.

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