VIDÉO - Cédric Klapisch sur le divan : pourquoi il ne faut pas hésiter à consulter un psy selon le réalisateur

Psycho

PSY CAUSE – Dans son film "Deux Moi", en salles ce mercredi, Cédric Klapisch, cinéaste générationnel par excellence, s’attache à deux trentenaires esseulés dans notre époque hyper-connectée. Sa solution pour y voir plus clair face à cette solitude urbaine : consulter un psy. Le réalisateur nous explique pourquoi.

"J’espère avec ce film faire une énorme publicité pour les psychologues, les psychanalystes", plaisante à notre micro Cédric Klapisch, réalisateur profondément humain et empathique, partisan d’un cinéma qui aide à vivre et spécialiste des chroniques dans l’air du temps, qui cerne aussi bien les générations (Le Péril jeune, L'Auberge Espagnole…) que les vicissitudes de ses contemporains (Riens du tout, Chacun cherche son chat…). Avec Deux Moi, son nouveau long métrage en salles ce mercredi, qui mélange ces deux veines, Klapisch avait l'idée de brosser un portrait du Paris d'aujourd'hui, pour montrer à quel point la capitale a changé, en particulier depuis l'apparition des réseaux sociaux. 

Avec son art du détail, du tricotage et du second rôle qui claque, Klapisch, qui signe ici son meilleur film depuis Les poupées russes, s’attache aux destins croisés de Rémy (François Civil) et Mélanie (Ana Girardot), tous deux frais trentenaires vivant dans le même quartier à Paris, et tous deux en voie de décalcification : elle multiplie les rendez-vous ratés via les applications de rencontre ; il échoue à faire une rencontre. L'un comme l'autre sont victimes de cette solitude des grandes villes, où l'on pense pourtant que se rencontrer devrait être plus simple... Sans le savoir, ils emprunteront deux routes qui les mèneront dans une même direction. Et le résultat de se révéler une formidable vitrine pour la psychothérapie permettant de régler des fêlures personnelles, tout en parvenant à s'accorder le droit au bonheur. Camille Cottin et François Berléand campent ainsi leurs deux analystes aux conseils judicieux, comme deux lumières dans la grisaille parisienne.

Beaucoup de gens ont besoin d’aller voir des psys mais c’est tabou d’en parler- Cédric Klapisch, réalisateur de "Deux Moi"

Ne pas conclure pour autant que le film s’avère un éloge béat de la psychothérapie résolvant tous les maux. Mais Klapisch sait précisément de quoi il parle, connaissant le sujet intimement : "Ma mère est à la retraite maintenant, mais elle était psychanalyste, psychologue dans les hôpitaux puis psychothérapeute dans des dispensaires, avant de recevoir directement les patients chez elle. Il se trouve que les deux parents de mon co-scénariste, Santiago Amigorena, sont psys. J’avais envie de parler de cet angle psy sans être moqueur ou en cédant à la caricature de cette profession, afin de rappeler que ce sont des gens qui aident d’autres personnes qui ne vont pas bien, parce qu’ils sont soit en dépression, soit en burn-out, soit dans des maladies psychotiques... Il y a toute une série de choses que l’on peut faire pour aider les gens non pas avec des médicaments, mais juste en parlant. Aujourd’hui, beaucoup de gens ont besoin d’aller voir des psys, mais c’est tabou d’en parler."

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Un regard objectif sur ce qui ne va pas en soi

Pour Klapisch, consulter a été salvateur : "A certains moments de ma vie, je n’allais pas bien", poursuit-il. "Un jour, ma copine m’a dit : 'Tu devrais aller voir quelqu’un parce que je ne peux pas entendre ce que tu as à raconter'. Il est vrai que ce que l'on dit à sa copine, à ses amis, ne remplace pas l'avis d'un psy. La première fois que j'en ai vu un, j’avais 20 ans. Je n’étais vraiment pas bien, je faisais des études qui me déprimaient et pendant deux mois, je n’ai pas réussi à dormir. Je dormais une heure par nuit et je ne comprenais pas pourquoi, d’autant que j’avais un sommeil absolument normal. En racontant le cauchemar au psy, ce dernier m'a raconté sa signification et tout est devenu clair pour moi. Le lendemain, je dormais à nouveau normalement. Juste en racontant un rêve, ça débloque des choses qui peuvent empêcher de vivre." 

L'absence d'affects se révèle alors l'une des clefs pour comprendre ce qui nous meut : "Ce qui est intéressant et particulier chez le psy, c’est qu’il s’agit d’une parole neutre, exactement comme lorsqu'on s'adresse à un docteur (...) C’est quelqu’un qui ne connaît pas votre famille, qui ne connaît pas votre vie professionnelle, ni votre vie privée… Et qui va vous aider, juste avec des mots, à démêler de choses que lui ne connaît pas. On en a besoin." 

Si vous ne faites pas ce travail-là, quelque chose vous manque. Bien sûr, personne n'est obligé de consulter, mais tout le monde doit se poser des questions.- Cédric Klapisch, réalisateur de "Deux Moi"

Fort de cette expérience, Klapisch est retourné voir un psy à l'âge de 30 ans : "A cette époque, je me disais que ces problèmes allaient être de la nourriture pour écrire des histoires. Ce qui est vrai, c’est que la création reste une façon de s’exprimer, de sortir de soi des choses personnelles et intimes et ce qui compte, c’est de ne pas les garder en soi. Mais créer n'est pas la même chose que consulter quelqu’un qui vous aide à être plus équilibré. Par ailleurs, le fait d’aller mieux ne me rendait pas moins intéressant vis-à-vis de ce que j’avais à écrire, vis-à-vis de mes créations. Je me sentais juste mieux dans ma peau. Cela a donc été important de faire ce travail-là."

De manière générale, la psychanalyse et tout ce qu'elle revêt aide, plus que jamais, à une heure de panne de communication, à panser les traumatismes comme les blessures de l’enfance. Un mal très répandu : "C’est assez couillon le principe de la psychanalyse", poursuit-il. "Vous êtes obligé de revisiter ce qui s’est passé dans votre enfance, les problèmes que vous avez vis-à-vis de votre père, de votre mère, de vos frères et sœurs. Si vous ne faites pas ce travail-là, quelque chose vous manque. Bien sûr, personne n'est obligé de consulter, mais tout le monde doit se poser des questions." Ne serait-ce que pour avancer dans sa vie, précisément au moment où l'on a le sentiment intime et diffus de s'enliser avec ses espoirs déçus dans un marécage...

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