Fête des voisins : pourquoi avons-nous tendance à les espionner ?

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TOC TOC TOC - A l'occasion de la Fête des voisins ce vendredi, posons la question : pourquoi sommes-nous toujours un peu tentés de surveiller ce qui se passe chez les autres ? Une psychologue et un psychiatre nous expliquent tout.

Ce vendredi a lieu la Fête des voisins, qui donne la possibilité à chaque habitant d’un même immeuble et/ou d’un quartier de se retrouver autour d’une collation, de socialiser, de gratter le vernis des apparences et donc d’en savoir plus que ce que l'image sociale laisse paraître. Un événement qui traduit une propension humaine à s’intéresser à la vie de ses voisins, eux qui nous semblent si proches et si lointains en même temps. Mais quid de ceux qui aiment pousser le bouchon un peu loin, quitte à espionner ? 


Selon le psychiatre Jérôme Palazzolo, contacté par LCI, la soif d'apprendre de son voisin relève d'abord de la simple curiosité. "Il s’agit d’un comportement complexe puisque son objet est l’information qu’on ne possède pas : le voisin curieux veut savoir ce qu’il ne sait pas encore..." Le dictionnaire Larousse décrit en effet cette "curiosité" à la fois comme "la qualité de quelqu’un qui a le désir de savoir" et comme un "désir indiscret de savoir". Preuve, selon le psychiatre, qu’il s’agit d’une dynamique duelle pouvant être positive ou négative : "On peut avoir envie de comprendre le fonctionnement d’un moteur d’avion à réaction... et espionner discrètement ses voisins dans leur jardin. En réalité, cela relève du même phénomène comportemental. Il peut s’agir d'un trait de caractère, présent en toute occasion, ou bien la curiosité peut également se manifester dans des circonstances particulières ('Tiens… pourquoi mon voisin fait autant d’allers-retours entre son garage et sa maison ?'). Parfois même, il peut s’agir d’une curiosité malsaine, où le sujet veut accéder à une information permettant de nuire à quelqu’un…"

Fantasme d'espionner et d'être invisible

Pour la psychologue Laurie Hawkes, également sollicitée par LCI, l’espionnage des voisins, lorsqu'il est très développé, correspond aussi à un fantasme, celui de savoir ce que pensent et disent les gens de nous sans se faire prendre, de pouvoir voir sans être vu : "Si on n’est vraiment pas visible soi-même, on ne se retient pas de regarder, d’écouter. Une curiosité enfantine, en partie, je pense. Quand ce n’est pas une affaire de paranoïa ou de perversité, évidemment." Elle note aussi que, chez d’autres, la pudeur est tellement bien ancrée qu'ils détournent même le regard face à la télévision lorsqu’un sujet un peu impudique passe à l'écran : "Ce n’est pas forcément une preuve de plus grande maturité, ce peut être surtout un 'dressage', ce que nous appelons 'enfant adapté' en analyse transactionnelle. Une partie de nous enfantine également, mais soumise à l’apprentissage, très 'polie'."

Si notre propre vie est un peu vide, celle d’autrui peut nous alimenterLaurie Hawkes, psychologue

Et lorsque l'espionnage est fréquent, que dit-il de son auteur ? "Un tel comportement peut être révélateur de beaucoup de choses : une anxiété (on surveille ce que les autres font), une frustration ('Tiens, mon voisin a changé de voiture…'), un profil psychorigide ('Mon voisin taille la haie qui nous sépare… faudrait pas qu’il abîme ma clôture !'), voire un simple ennui, répond Jérôme Palazzolo." Ce que confirme également la psychologue : "Quand on est adulte et très pris par sa propre vie, si celle-ci est satisfaisante, je pense que la curiosité est moindre. En revanche si notre propre vie est un peu vide, celle d’autrui peut nous alimenter. Cela arrive je pense pas mal aux personnes âgées dont la vie s’est rétrécie. Et plus le voisin semble avoir une vie intéressante (voire scandaleuse…), plus il suscitera la curiosité. Ceux qui sont totalement, réellement indifférents à ce qui se passe chez autrui sont je pense soit totalement pris par leur propre vie, soit dotés d’un manque de curiosité presque pathologique." 


Il n’en reste pas moins qu’avoir accès à la sphère privée de l’autre peut s’avérer excitant pour quiconque : "Probablement un reliquat de l’enfant voulant savoir ce que papa et maman fabriquent derrière la porte fermée de leur chambre…", en déduit-elle.

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