Pourquoi les radins gaspillent-ils autant d'énergie pour ne rien dépenser ?

Psycho
DirectLCI
HARPAGON - Un avare, vous en connaissez forcément un... Sa manière d'agir au quotidien vous a sûrement offusqué plus d'une fois. Mais d'où provient ce manque de générosité, cette façon d'accumuler l'argent et de rechigner à le dépenser ? On vous explique les ressorts psychologiques de l'avarice.

On le surnomme "pingre", "rapiat", "pince", "rat"... Radin, vous l'êtes peut-être vous-même ou vous en avez sûrement un parmi vos proches. Que cache ce trait de caractère ? L'éducation qu'on a reçue a-t-elle une influence ? Pour comprendre la radinerie, il faut d'abord bien la définir. "Il ne faut pas confondre le radin avec quelqu'un d'économe, surtout dans notre société  de consommation où on peut rapidement estampiller quelqu'un qui ne souhaite pas gaspiller comme 'avare'", souligne auprès de LCI le psychothérapeute Cyril Malka. 


La grande différence se joue en effet sur la nécessité : être économe, c'est ne pas vouloir dépenser inutilement, être radin, c'est vouloir accumuler de l'argent et ne pas vouloir le dépenser même lorsque c'est utile, voire nécessaire. "Mais il y aura toujours une zone grise entre les deux. Par exemple il se peut que vous pensiez que telle ou telle chose est utile ou nécessaire et moi pas, ou vice-versa",  ajoute le psychologue. 

Rois des radins

Prenons quelques exemples historiques : John Elwes, un politicien britannique du XVIIIe siècle, était surnommé  "l'avare" et a largement inspiré le personnage d’Ebenezer Scrooge dans "A Christmas Carol" de Charles Dickens. Bien qu’il ait hérité d’une immense fortune, John Elwes détestait dépenser le moindre centime. Ainsi, il se couchait à la tombée de la nuit pour éviter d'utiliser des bougies. S'il prenait la pluie, il s'asseyait sur des vêtements mouillés afin d'économiser le coût d'un feu pour les sécher. Il mangeait régulièrement des aliments moisis plutôt que de les jeter et, comme il avait négligé de réparer le toit de sa maison, lorsqu'il pleuvait dans sa chambre, il déplaçait le lit jusqu'à ce qu'il trouve un coin sec...


Plus récemment, Ingvar Kamprad, le fondateur d'IKÉA, décédé en 2016 et dont la fortune était estimée à près de 65 milliards d'euros, n'achetait jamais de vêtements neufs. L'homme se fournissait au marché aux puces, vivait dans un modeste pavillon, et conduisait une vieille Volvo quand il ne prenait pas le bus. Par ailleurs, il voyageait toujours en classe économique et attendait d'être dans un pays en voie de développement pour se faire couper les cheveux pour payer moins cher. 

Aller sur le pot, les origines...

 D'après Freud et d'autres psychanalystes, l'avarice puise ses origines dans la toute petite enfance (entre 1 et 3 ans), lors de la "bataille autour du pot", explique Cyril Malka. Aussi bizarre que cela puisse paraître, l'enfant apprend durant cette période, qu'on appelle la "phase anale", le partage.


En effet, le tout-petit découvre qu'en donnant ou retenant ses matières fécales, il possède un moyen de pression sur son entourage. Les selles étant considérées comme un cadeau. Le bambin apprend la notion de communion en offrant ce "cadeau" à ses parents et, à l'inverse, en refusant de le faire, il apprend à garder, conserver son bien. "Ce qui, en fin de compte, en fera un radin ou un collectionneur, deux traits de caractère qui sont issus du même mode de fonctionnement pour le psychanalyste autrichien", précise notre psychologue. 

L'angoisse en toile de fond

Mais outre cette "phase anale", la radinerie est influencée par notre éducation, la peur maladive de manquer, de ne plus avoir... Pour Cyril Malka, "si l'enfant a grandi dans un environnement qui manquait de tout, un monde financièrement précaire, il risque de développer une angoisse permanente autour de l'argent". Cet environnement construit sur la privation favorisera l'envie de capitaliser à l'âge adulte, pour éviter de reproduire le même schéma et cette éternelle anxiété. 


Accumuler de l'argent est aussi assimilé à une forme de puissance. Une manière de se dire qu'on a le contrôle de sa vie qui, lorsque l'avarice va jusqu'au trouble obsessionnel compulsif, assouvit la peur de la mort chez certaines personnes : "Sans argent, je n'ai pas de filet de sécurité, je suis en danger, alors que si j'en ai, je peux m'en sortir".

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter