VIDÉO - Pourquoi vous devriez arrêter d'avoir peur de décevoir vos parents

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ANGOISSE - Pourquoi avons-nous tant peur de ne pas être à la hauteur des espérances que nos parents ont placées en nous ? Michael Bordt, professeur de philosophie, apporte un éclairage passionnant sur cette question existentielle dans son essai "L'art de décevoir ses parents".

Quel enfant n'a pas entendu ses parents lui dire "Ne me déçois pas !" ? Une injonction terrible qui peut encourager... Comme dévaster. Bien sûr, en grandissant, on a tous fait l'expérience de la "déception" avec ses amis, ses collègues, ses amours. Une expectative déçue inhérente à la vie en société, questionnant incidemment l'image que l'on a de soi et des autres. Mais décevoir ses parents constitue le paroxysme de la déception, soutenant que nous sommes restés des petits enfants déstabilisés par la moindre remarque. Et si certains enfants devenus adultes font tout ce qui est en leur pouvoir, consciemment ou non, pour ne jamais ressembler à leurs parents, ne serait-ce qu'en termes d'éducation, d'autres en revanche ne peuvent se libérer de ce joug, avec ce sentiment de "ne pas être à la hauteur des espérances". 


Selon Michael Bordt, professeur de philosophie, auteur d'un essai L'art de décevoir ses parents (First Editions), cette importance du regard que nos parents porte sur nous est subordonnée au contexte familial : "La famille est le lieu où les gens se sentent en sécurité, dans lequel il se sentent "à la maison", comme un rempart face au monde qui parfois fait mal. Quand nous sommes enfants, nos parents nous protègent, ils sont toujours là pour nous consoler, pour prendre en charge nos besoins. Avec la puberté, on comprend que nos parents ne sont pas tout-puissants, mais il y a toujours ce besoin infantile d’avoir un endroit dans lequel on se sent complètement en sécurité." D'où cette peur permanente de perdre l’affection de nos parents, en faisant des choix qui ne les satisfont pas.

Décevoir, c'est aussi se révéler authentique

Il suffit de parcourir les forums de discussion pour réaliser que cette angoisse de décevoir ses parents se révèle aussi répandue que dévastatrice : "J'ai peur de décevoir mes parents, de leur faire de la peine, qu'ils ne soient pas satisfaits, confesse un internaute. Cela m'empêche de vivre et de faire ce que je veux. Ils ne sont jamais d'accord avec moi, une simple bêtise et c'est une catastrophe. Ils me bloquent dans mes projets parce qu'ils ne sont pas d'accord et ils ne me comprennent pas. Honnêtement, j'ai envie de faire ce que je veux, comme je le veux, mais je n'ai pas envie de les décevoir." Cette déception dans le regard de nos parents peut toucher tout ce qui nous constitue : parcours scolaire, vie professionnelle, vie sexuelle... Et, terrible évidence, fuir sans se retourner pour oublier l'adulte parfait que nous ne sommes pas devenus ne sert à rien. 


On a beau avoir quitté le giron familial depuis des années, on revient toujours là où nous avons grandi façon boomerang : "Vous changez de vie, de ville, vous faites un métier, vous vous reconstruisez ailleurs, mais cette émancipation reste illusoire tant que les conflits intérieurs demeurent, poursuit l'auteur de cet éloge de la déception. Il faut ainsi passer par l’acceptation de décevoir, de ne pas être l'enfant parfait. L'art de décevoir ses parents consiste à s'entendre avec soi-même, avec sa propre dynamique intérieure et à lutter ainsi avec un cœur réconcilié (...) La déception, c'est se montrer en vérité tel que nous sommes". D'où la nécessité de ne pas suivre une voie toute tracée pour ne pas se sentir coupable. 

Nul n'est responsable du bonheur d'un autre adulte. Surtout pas les enfants du bonheur de leurs parents. Michael Bordt, philosophe

D'accord mais que dire à un adulte effrayé par la simple perspective de décevoir les siens ? De dire à son père ou à sa mère qu'il ne sera jamais Einstein ? "Si quelqu’un a terriblement peur de décevoir ses parents mais s’il considère que c’est absolument nécessaire, je lui conseillerai de se faire accompagner, pour regarder pourquoi il a cet obstacle émotionnel, pour trouver les mots justes. Quand on a la clé, il faut prendre contact avec les parents et leur parler. N'oublions jamais qu'un conflit est aussi une manière de communiquer, de témoigner qui nous sommes même si c'est délicat, difficile." 


Et pour y arriver, il faut transmuer le négatif en positif. Il importe de faire rimer déception avec libération. La libération d'une illusion, d'une voie qui n'était pas la nôtre, comme avouer par exemple que vous n'êtes pas fait pour devenir le grand pianiste que papa a rêvé que vous soyez, ou la prof que maman voyait en nous. "Cette approche constructive de nos propres déceptions dépend de notre disposition à nous ouvrir à la connaissance des autres et du monde", assure le philosophe. En d'autres termes, les déceptions nous montrent ce qui nous tient vraiment à cœur et qui nous sommes vraiment. Et si cela déçoit, le problème vient de l'autre, pas de vous. Décevez, parce que vous le valez bien !

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