Rendriez-vous un portefeuille perdu ? Notre honnêteté mise à l'épreuve par des chercheurs

Psycho

AU VOLEUR ! - Pour une étude, 17.000 portefeuilles ont été "perdus" dans le monde afin de tester l'honnêteté et le civisme des gens. Surprise : plus il y a de l'argent, plus les billets sont rendus à leur propriétaire.

Idée géniale : des chercheurs ont sciemment "perdu" plus de 17.000 portefeuilles identiques dans 40 pays pour mettre à l'épreuve l'honnêteté et le civisme des gens. Pour ce faire, leurs assistants les ont laissés aux comptoirs de diverses institutions (hôtels, banques, commissariats..), environ 400 fois par pays. Ils déclaraient à un employé avoir trouvé le portefeuille par terre et lui demandaient de s'en occuper, avant de filer. Chaque portefeuille, en plastique transparent, contenait trois cartes de visite (avec adresse mail), une liste de courses, une clé et soit aucun argent, soit l'équivalent en pouvoir d'achat et en monnaie locale de 13,45 dollars.

Cette expérience, qui a quand même coûté 600.000 dollars, est inédite par son ampleur. Et les résultats, implacables, publiés dans la revue Science, font apparaître des différences flagrantes entre les pays : la Suisse et les nations scandinaves se révèlent les plus honnêtes, tandis que la Chine, le Maroc, le Pérou et le Kazakhstan ferment le classement. La France ne s'en sort pas si mal : elle se classe 10e. Subsiste un point remarquablement commun, observé dans quasiment tous les pays : plus le montant dans le portefeuille augmentait, plus les gens contactaient son propriétaire. 

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L'impression de voler, plus forte que l'appât

Dans le détail, 40% des portefeuilles sans argent ont été rendus, contre 51% de ceux contenant de l'argent. La proportion de portefeuilles rendus a dépassé 70% en Norvège et en Suisse. En Chine, moins de 10% des employés l'ont fait pour un portefeuille vide, et plus de 20% quand il y avait des yuans. Aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en Pologne, les chercheurs ont aussi fait l'expérience avec 94,15 dollars, dopant les retours à... 72%. Preuve de l'altruisme des participants, des portefeuilles déposés sans clé étaient moins rendus.

En d'autres termes, la malhonnêteté n'augmente pas avec le montant du gain potentiel du vol, contredisant la vision d'un être humain vénal purement motivé par l'intérêt matériel. Pour l'équipe de chercheurs des universités de Zurich, du Michigan et de l'Utah, ces travaux et des sondages complémentaires démontrent deux ressorts fondamentaux du comportement humain : l'altruisme, mais aussi le rôle moteur de l'image de soi et de la peur de se voir en voleur. En somme, quand il y a de l'argent, les gens ont soudain l'impression de voler, et l'impression est encore plus forte quand le montant augmente.

L'équipe a aussi demandé à 279 économistes de prédire si les portefeuilles garnis seraient plus ou moins rendus. Moins d'un sur trois a prédit correctement le résultat. Selon Alain Cohn, de l'Université du Michigan, qui a travaillé sur l'étude, "les experts ont une vision trop pessimiste des motivations de gens. Les gens sont plus moraux que l'on ne croit ; les pouvoirs publics feraient mieux de s'en inspirer pour manier plus de carottes morales et moins de bâtons". 

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