Se libérer de ses peurs et de ses préjugés : les 5 conseils de Matthieu Ricard pour progresser vers la liberté intérieure

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ENTRETIEN - Dans leur nouveau livre, "À nous la liberté", le philosophe Alexandre Jollien, le psychiatre Christophe André et le moine bouddhiste Matthieu Ricard abordent cette fois le thème de la liberté intérieure, ou comment s'affranchir de ses freins psychologiques pour s'épanouir. L'occasion pour LCI de demander à ce dernier 5 conseils pour accéder (enfin) au bonheur.

Ils récidivent ! Trois ans après le succès du livre "Trois amis en quête de sagesse", le psychiatre Christophe André, le philosophe Alexandre Jollien et le moine bouddhiste Matthieu Ricard reviennent pour une conversation à bâtons rompus autour du thème de la liberté intérieure. A l'arrivée, un nouvel ouvrage riche d'enseignements, intitulé "A nous la liberté" (L'Iconoclaste-Allary Editions) publié mercredi 23 janvier. "Ce thème est finalement au cœur de tout, puisque si on est privé de liberté intérieure, on est le jouet de nos illusions, de nos pulsions, ce qui aboutit à de nombreux tourments, soit le contraire de la sagesse".


Les trois amis sont donc partis dans une nouvelle quête, celle de la liberté intérieure qui semble si difficile à apprivoiser. Et pour cause : de nombreux efforts sont nécessaires pour se déprendre de toutes les toxines mentales que sont la haine, l'animosité, l'obsession, l'avidité, l'arrogance, la jalousie ou encore le manque de discernement. Avec une nuance de taille tout de même : "Quand on parle d'effort, ce n'est pas toujours pénible. Cela peut aussi être joyeux, précise à LCI Matthieu Ricard. Le sportif qui s'entraîne est content de le faire car cela a un sens pour lui. Il faut de l'enthousiasme, car si ce doit être un pensum du matin au soir, il vaut mieux faire autre chose". 

Et le résultat en vaut la chandelle. "Progresser vers la liberté intérieure, c'est avoir l'esprit libre, vaste, serein, avoir aussi une grande force vis-à-vis des hauts et des bas de l'existence. C'est être disponible à l'égard d'autrui, bienveillant, et ne plus être égocentré. Enfin c'est avoir une attitude très différente vis-à-vis de la mort", détaille Matthieu Ricard. "On sait que la mort est certaine mais que son heure est imprévisible, une fois que ces deux choses là sont claires, on peut accorder à chaque instant de son existence toute sa valeur". Fort de tous ces préceptes, on s'est empressé de demander 5 conseils à notre sage, des mantras à suivre sans tarder...

1- Ne sous-estimez pas le pouvoir de votre esprit

"Votre esprit peut être votre meilleur ami comme votre pire ennemi et vous avez à faire à lui du matin au soir que vous le souhaitiez ou non, alors ne sous-estimez pas son pouvoir. Il peut vous ligoter à la souffrance, l'insatisfaction et la frustration. Il faut comprendre qu'il n'y a rien d'irrémédiable et qu'avec de la patience et des moyens appropriés, l'esprit lui-même a les capacités de s'affranchir des tourments qu'il a créés.

2- Libérez-vous de vos toxines mentales

"On peut, peu à peu, par l'entraînement de l'esprit, amenuiser notre tendance à l'agression, la peur, l'anxiété, la jalousie... Donc se libérer de ces automatismes mentaux qui nous enchaînent et perpétuent nos souffrances. Il n'y a pas de grandes tâches difficiles qui ne puissent être décomposés en petites tâches faciles. Ce n'est pas en trois semaines que vous allez y arriver, cela demande un effort soutenu parce que si ces tendances nous tourmentent, c'est qu'elles ont été formées sur la durée. On peut y arriver mais avec une stratégie qui est celle de l'entraînement de l'esprit. Cela passe par différents exercices comme des thérapies cognitives ou de la méditation".

3- Cultivez la persévérance

"Il vaut mieux faire des efforts répétés, même de courte durée, mais maintenus au fil du temps, plutôt que de faire des gros efforts de temps en temps. Inutile donc de passer par exemple tout un week-end de méditation. Généralement, cela n'a même pas le temps de s'imprimer dans votre esprit. Les neurosciences disent d'ailleurs que la neuroplasticité - c'est à dire les changements qui se produisent dans le cerveau - se fait lorsque vous êtes exposé régulièrement et pendant suffisamment de temps (1, 3, 6 mois) à une situation nouvelle ou à une capacité de vous entraîner de façon nouvelle. Que ce soit apprendre à jouer aux échecs ou méditer. La liberté intérieure, ça se cultive. Cela ne va pas vous tomber du ciel ou se produire parce que vous souhaitez être libre".

4- Prenez conscience de votre potentiel

"Quand vous allez au fond du fond de vous même, dans un moment de calme, vous ne trouvez pas la haine ou la jalousie, vous trouvez simplement le fait d'être pleinement conscient et ça, c'est très important ! Car si ces poisons mentaux faisaient partie de nous-mêmes, il faudrait les détruire pour s'en débarrasser. Tandis que là, il suffit juste de changer les constructions mentales, mais la nature fondamentale de l'esprit, elle, est toujours là, elle est inchangée. Comme la lumière peut éclairer un tas d'ordure sans devenir sale pour autant. La lumière révèle, et la conscience c'est pareil. Elle est extrêmement malléable".

5- Changer, c'est possible !

"Nous avons tous un potentiel de changement. Même si on s'entraîne à la course à pied, on ne deviendra pas forcément tous des champions olympiques de marathon mais par rapport au fait de ne pas s'entraîner il y aura toujours une différence colossale. Autre exemple, si vous jouez du piano 1 heure par jour, et bien au bout de 2 ou 3 ans vous pourrez jouer du piano avec plaisir. En revanche, vous n'aurez rien appris si vous tapotez le clavier avec deux doigts 15 secondes tous les 15 jours". 

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