SOS Villages - Quitter la ville pour s'installer à la campagne : comment savoir si je suis vraiment prêt ?

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SE METTRE AU VERT - Vous rêvez de campagne car vous avez envie de vivre autrement ? Oui mais voilà, du rêve à la réalité, il y a parfois de nombreuses étapes à franchir. Une chose est sûre, pour réussir votre projet d'installation dans une nouvelle région, ne laissez rien au hasard. Voici quelques conseils clés.

Pour près d'un Français sur deux, le bonheur est dans le pré. Selon l'étude "Style de vie des Français" de la société Nielsen, publiée en 2016, 44% des Français rêvent de vivre en milieu rural. Et dans les faits, cette "migration" concerne chaque année quelque 100.000 citadins qui décident de prendre la clé des champs. 


Côté destination, beaucoup souhaitent vivre à l’ouest ou dans le sud, ou encore le long du littoral. Leurs attentes : une meilleure qualité de vie, de l’espace, du calme, et aspirer à plus de sécurité. Mais avant de partir, encore faut-il se poser les bonnes questions. Est-ce que vous voulez partir en rase campagne ou dans un petit bourg ? Quels sont les services que vous voulez trouver sur place (médecins, commerces, crèches, écoles...) ? Est-ce que votre projet professionnel s'adapte bien au territoire ? Pour que le rêve ne se transforme pas en cauchemar, voici les étapes incontournables à ne surtout pas laisser au hasard.

"Anticiper pour éviter des déconvenues"

Assurez-vous d'abord que ce choix de quitter l'agitation urbaine est bien le bon avant d’opérer ce saut dans l'inconnu. Pas question, par exemple, de partir sur un coup de tête : "on ne déménage pas après un séjour dans une région pendant les vacances", conseille à LCI Jean-Yves Pineau, ex-directeur du collectif Ville Campagne et cofondateur des Localos. "Il vaut mieux anticiper pour éviter des déconvenues. On peut continuer de rêver car c'est ce qui nous permet d'aller vers du mieux, sinon on ne bougerait pas, mais on élimine tous les clichés et idées reçues", poursuit-il. 


En premier lieu, prendre comme seul critère le degré d’ensoleillement risque de vous mener à l’échec. "On voit beaucoup de gens qui se sont installés en PACA et qui remontent vers l’Auvergne, ou la Normandie, estimant qu’il y a trop de monde, qu’on n’est pas forcément bien accueilli, qu’il y a trop de retraités… et que le climat est trop chaud", dit à LCI Sylvie Le Calvez, la directrice de Village Magazine


De son côté, Hélène Dorey, auteur du guide "Choisir de quitter la ville" (Editions Vocatis), prône de se rendre dans la région de son coeur à deux saisons différentes, notamment en hiver. "Moi j’habite en Provence, en été c’est très sympa, il y a du monde partout mais en hiver, dans les petits villages, tout est mort. Le soleil ne fait pas tout. C’est très agréable, ça donne la pêche le matin, mais il ne faut pas venir que pour ça. Ce n'est pas la même chose de passer des vacances dans une région et d'y vivre toute l'année".

Réfléchir à son projet de vie

"C’est le moteur de la mobilité et de l’installation quelque part", selon Jean-Yves Pineau. "Quand le projet de vie n’est pas identifié, le projet professionnel n’est pas une réussite. C'est d’ailleurs un cliché de la part de certains élus de penser qu’en créant de l’emploi ils vont réussir à attirer de nouveaux habitants. C’est faux. Cela ne suffit pas". 


"Premièrement, on regarde qui va être concerné par notre départ. Si on est seul, c’est plus facile. Si on est en couple, c’est un projet qui se réfléchit en famille, avec son conjoint ou sa conjointe et ses enfants. Voire avec son cercle familial plus large et ses amis, car la rupture peut être douloureuse. Ensuite, on pèse le pour et le contre, en se posant les bonnes questions : qu'est-ce que je vis aujourd'hui ? Qu'est ce que j'ai envie de vivre et de construire demain", poursuit-il. 


Car si l'idée de s'installer au plus près de la nature est séduisante, elle n'exclut pas les désagréments. "Nous sommes partis très vite, à refaire je m'y préparerais davantage, notamment côté logistique", affirme ainsi à LCI Hélène Dorey, qui a quitté Paris il y a 20 ans pour s'installer en Provence. "Je pensais être prête mais les premiers mois n'ont pas été faciles. Je suis née à Paris, j’ai toujours vécu à Paris, alors quand je suis arrivée dans mon village, cela ne ressemblait pas à ce que j'avais imaginé. Je ne connaissais personne. Et puis, on avait une voiture pour deux, donc je ne pouvais pas me déplacer. Du coup, je téléphonais beaucoup aux copines. Je leur disais que j’allais chercher du  bois pour chauffer la maison, et elles, elles me répondaient qu'elles faisaient leur shopping !".


Enfin, on ne cherche pas à fuir une situation ou un problème non résolu : "On ne laisse jamais ses soucis ou ses problèmes dans l’endroit que l’on quitte. Quoi qu’il arrive, ils nous suivent", renchérit Jean-Yves Pineau. Faites aussi le point sur vos motivations et anticipez les commodités et services dont vous aurez besoin : trouver les solutions scolaires ou universitaires pour vos enfants, par exemple.

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Réfléchir à son projet professionnel

De nombreuses régions ouvrent grand leurs portes et faciliteront votre installation, mais une chose est sûre "il ne vaut mieux pas attendre d’être sur place pour chercher du travail. A moins d’avoir 20 ans, de ne pas avoir de famille, et de se dire que si ça ne marche pas, on peut rebondir. Sinon c'est obligatoire, au moins pour l'un des deux conjoints, quitte à changer après", prévient Hélène Dorey.


Certaines contrées peu urbanisées offrent des opportunités professionnelles grâce aux entreprises qui peinent à recruter. Elles peuvent même faciliter votre mobilité grâce à une aide au déménagement. "Si on veut rester salarié, on prend moins de risques car certaines filières ont des besoins importants, notamment dans le domaine médicale, le secrétariat, dans certaines industries, dans les services, les Ehpad, la restauration…", analyse Sylvie Le Calvez. 


Hormis le salariat, il existe d’autres pistes à explorer, parfois soutenues par les collectivités locales. "Si on veut devenir entrepreneur, on peut se faire aider en passant des bilans de compétence et en s'engageant dans des processus de formation", conseille Jean-Yves Pineau. "Et puis, il faut toujours se poser les bonnes questions : est-ce que créer ma propre activité est compatible avec mon projet de vie ? Si ce dernier est, par exemple, de retrouver de l’autonomie mais aussi de vivre plus lentement ? Là c'est clairement NON, car il faut déployer beaucoup d’énergie les premières années quand on veut monter sa propre activité".


L’autre enjeu est de savoir si votre projet s'adapte bien au territoire. "Il y a des dizaines de campagne différentes. Il ne suffit pas de mettre le doigt sur la carte, on a aussi et surtout besoin d'avoir un réseau pour connaître les besoins sur place", poursuit Sylvie Le Calvez. "Il y a des associations créées par pôle emploi. On peut aussi trouver des infos au niveau des chambres consulaires (chambres de commerce et d'industrie et chambres des métiers et de l'artisanat)", renchérit Jean-Yves Pineau. "Et puis, il y a aussi tous les réseaux associatifs, du comité des fêtes en passant par les clubs sportifs ou encore l’accueil des villes françaises (AVF). On voit également émerger sur les territoires, des comités locaux d’accueil, comme il en existe dans le Beaujolais, en Lozère ou dans le Haut-Limousin. Quoiqu’il arrive, l’insertion sur un territoire passe par les réseaux sociaux. Il faut juste savoir anticiper, c’est le maître-mot".

Trouver le bon territoire

C'est le troisième pilier de votre réflexion. "Si vous n'avez pas encore d'idées précises sur le lieu, vous devez à tout prix chercher un endroit qui arrive à concilier votre projet de vie et votre projet professionnel", lance Jean-Yves Pineau. "Est-ce que c’est la montagne, le bord de mer ? Est-ce que c’est une campagne agricole productiviste, du bocage, de l’élevage ? Si vous ne voulez pas vous ruiner en déplacement : est-ce que vous allez opter pour une maison de bourg ? Est-ce que vous préférez un climat tempéré ? Ou si vous aimez skier, voulez-vous vous rapprocher de la montagne ?"


"En fait, dans l’idéal, et c’est là où le bât blesse en France en terme de mobilité, il faut absolument en amont, avant de s’installer, créer de la familiarité avec le territoire que l'on convoite. On peut opter pour 2 ou 3 lieux et tenter de découvrir la région et ses habitants par l’intermédiaire de week-ends ou de vacances. Il faut aller se perdre dans le ou les territoires que l’on pressent. En moyenne, ce sont des démarches qui nécessite deux années de prospection. Comptez un an, quand il s’agit d'une mutation. ", poursuit-il.

Mettre en place un plan B

Dernier conseil, et pas des moindres : il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. "Avant même de partir, il faut mettre en place un plan B au cas où ça se passerait mal dans sa nouvelle région. Tout d'abord, il faut garder son réseau professionnel, et continuer à l’entretenir une fois qu'on est parti. Par ailleurs, il faut faire attention quand on veut créer son activité de ne pas mettre tout son capital dans l’affaire. Il est toujours bien d’imaginer des scénarios un peu catastrophes, et de voir avec sa famille, ou ses amis s’il est possible de rebondir en cas d'échec. C'est primordial de garder une porte de sortie au cas où", conclut Jean-Yves Pineau.


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