Coupe du monde de rugby féminin : "Les Bleues vont aller au bout"

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XV DE FRANCE - Opposées au Canada mercredi soir en demi-finale du Mondial (20 h 45), les Françaises sont les grandes favorites pour le titre. Un statut qu'a confirmé à metronews Marie-Alice Yahé, ancienne capitaine des Bleues qui a très récemment pris sa retraite pour des raisons de santé et qui est désormais consultante pour France 4, diffuseur du tournoi.

Etes-vous surprise par l'énorme engouement populaire autour des filles du XV de France ?
Oui, car on se doutait qu'on allait parler d'elles mais pas à ce point. Que ce soit au niveau du public dans les stades, devant la télévision et de la couverture médias, c'est très impressionnant. Au début, on se disait : "Oui, c'est parce qu’il n’y a pas d'autre compétition que ça marche". Mais là, pour le 3e match (face à l'Australie, ndlr), la Ligue 1 avait repris et les audiences ont été encore meilleures (près de 2 millions de téléspectateurs, ndlr). Même les joueuses n'en reviennent pas, certaines ont profité de l'événement pour s'inscrire sur les réseaux sociaux et sont très sollicitées. C'est assez magique ce qui leur arrive.

Comment l'expliquez-vous ?
Au départ, c'est un Mondial qui se déroule en France et juste avant, on a remporté les VI Nations. La Coupe du monde est en plein mois d'août, après le Mondial de foot et le Tour de France, donc il y a d'abord eu de la curiosité. Mais maintenant, c'est un vrai engouement. Ce qu'on nous dit, c'est que le jeu qui est pratiqué plaît beaucoup. Je pense, et même si c'est malheureux, qu'on profite aussi des performances décevantes des garçons. Les filles pratiquent un rugby plus ouvert. Plein de gens ont été étonnés du niveau et de la justesse technique de l'équipe. Après, il y a eu aussi une médiatisation bien faite, avec des portraits et des rencontres avec les filles que tout le monde a trouvées attachantes.

"C'est une bande de copines qui joue au rugby, qui s'amuse et qui gagne"

A les voir, on a l'impression que c'est une bande de copines. Vous confirmez ?
C'est exactement ça. Les gens ont l'impression de retrouver les valeurs du rugby à l'ancienne, avec une bande de copines qui joue, qui s'amuse et qui gagne. C'est un groupe très sain, sans histoire et qui se régale. Il y a une proximité avec les supporters qui s'installe un rapport direct. C'est une jolie histoire.

A condition de remporter la Coupe du monde... Vous y croyez ?
Oui, car pour bien les connaître, je sais que quand elles sont comme ça, elles vont aller au bout. Il y a leur dynamique mais aussi les adversaires. La France est meilleure que le Canada. Même si c'est jamais simple, à chaque fois on gagne contre cette équipe. Dans l'autre demi-finale, que ce soit l'Irlande ou l'Angleterre, on est au-dessus comme on l'a montré lors du Grand Chelem au Tournoi des VI Nations.

"On ne joue pas le rugby des garçons et ça plaît aux gens"

Un titre mondial va changer l'image du rugby féminin. Quelle est-elle actuellement ?
Elle s'améliore depuis quelques années déjà car il y a de plus en plus de licenciées et de supporters. Mais on gardait l'image de joueuses pas très techniques qui essayaient de jouer le rugby des garçons sans y parvenir. Là, les gens ont vu qu'on jouait vraiment différemment et que c'était plaisant. Ça va amener les parents à ne plus hésiter à inscrire leur fille dans un club, car ce n'est pas un sport violent et on peut jouer au rugby tout en restant féminine. Mais on n’est pas dans une compétition avec le rugby des garçons non plus.

Justement, quels sont les rapports entre les filles et les garçons du XV de France ?
Ils ont beaucoup évolué grâce à Marcoussis. Car avant, on n'était jamais ensemble et même au début de Marcoussis, on n'était pas du tout dans les mêmes locaux. C'était même la politique qui était alors mise en place. Mais ça a changé, désormais, certains stages se déroulent au même moment et on est dans les mêmes bâtiments. Donc ça crée des liens, ça fait tomber quelques stéréotypes. On discute, on échange sur le rugby. Et quand ça va mal, on se soutient. Et puis il y a des filles qui jouent dans les sections féminines des clubs de Top 14. 

"Si elles sont championnes, je serait ravie mais aussi un peu jalouse"

Ne craignez-vous pas que, vu le peu de visibilité du Championnat de France féminin, le rugby tombe un peu dans les oubliettes après le Mondial ?
On sait que derrière, ça va être compliqué. La prochaine compétition, c'est le Tournoi des VI Nations en février et, d’ici là, ça va faire retomber notre rugby dans l'anonymat. Après, si on est réalistes, on sait que le Top 10 n'est pas assez dense, pas assez intéressant pour le médiatiser de bout en bout. Mais l'idée, ce serait de diffuser certaines affiches et les phases finales. Ça permettrait de garder un lien en dehors de fenêtres internationales. Et si ça plaît, on pourrait ensuite aller plus loin.

A titre plus personnel, comment vivez-vous cette Coupe du monde alors que vous étiez capitaine de ce XV de France il y a encore quelques mois ?
C'est un mélange de sentiments. Au tout départ, quand on m'a proposé de passer derrière le micro, je ne pouvais pas envisager de la faire. J'étais triste et en colère de devoir arrêter, j'en voulais à la terre entière. Mais ensuite, c'est devenu un challenge et même quelque chose de très enthousiasmant car ça me permet de participer un peu à l'aventure de mes anciennes coéquipières. Mais ce n'est qu'au premier match que j'ai vraiment réalisé que j'allais rater un Coupe du monde. Il y avait la joie de revoir les filles mais aussi de la tristesse. Il y a encore des moments où les larmes me montent aux yeux. Si elles sont championnes du monde, je serai évidemment ravie pour elles mais il y aura aussi un peu de jalousie de ne pas l'être moi aussi.

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