Guy Novès, le patron du XV de France raconté par ceux qui le connaissent par coeur

RUGBY
PORTRAIT – Nommé pour redorer le blason de la maison bleue après le fiasco de la dernière Coupe du monde et le mandat raté de Philippe Saint-André, l'ancien coach du Stade Toulousain est un peu attendu comme le Messie, à l'heure où le XV de France affronte l'Italie samedi (15 h 25). Il faut dire que les résultats de la méthode Guy Novès parlent pour lui. Un mélange d'exigence, de valeurs non-négociables mais aussi de proximité avec ses joueurs que nous racontent ceux qui ont côtoyé l'homme qu'entre eux ils surnomment "le Gitan".

Avec lui, pas de demi-mesure. Homme au caractère bien trempé, Guy Novès (62 ans vendredi) traîne derrière lui le plus beau palmarès du rugby français (4 coupes d'Europe et 10 titres de champion de France) et une réputation d'entraîneur coriace.

Tous ceux qui ont croisé sa route du temps où il menait de front une carrière de joueur à Toulouse (ailier entre 1975 et 1988), au sein du XV de France (7 sélections entre 1977 et 1979) puis d'entraîneur du Stade (1989-1990 et 1993-2015), le tout en parallèle de son poste de prof d'EPS en collège (il n'a arrêté qu'en en 2001), le disent : qu'on aime ou qu'on déteste, Novès ne laisse personne indifférent.

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"Je l'ai connu en tant que coéquipier à 20 ans, ensuite il a été mon entraîneur puis mon collègue de boulot, et je peux vous dire que j'ai rarement croisé quelqu'un qui avait une telle aura, un tel impact sur les gens, nous raconte Philippe Rougé-Thomas, notamment adjoint de Novès au Stade Toulousain entre 2000 et 2010. Quand il parle, tout le monde l'écoute". Voire le redoute. Parmi les joueurs en exercice, donc susceptibles d'être appelés en équipe de France..., ils sont rares à oser donner leur avis sur le bonhomme. Quant aux chanceux choisis pour préparer le premier match de l'ère Novès face à l'Italie, ils usent du "Monsieur Novès" face aux médias, et non plus du "coach", du "sélectionneur" ou du "Philippe", comme s'était le cas avec Saint-André, son prédécesseur.

"C'est quelqu'un qui est très attaché à la parole donnée"

Même ceux qui ont une dent contre lui, notamment quelques joueurs avec qui il a connu ses premiers succès d'entraîneur au milieu des années 1990 et qui ont été poussés dehors après une lutte de pouvoir au sein du club, ont refusé de revenir sur l'épisode quand nous les avons sollicités. C'est dire... "Guy peut impressionner, c'est vrai qu'il paraît très dur comme ça. Mais c'est un entraîneur très proche et très protecteur avec ses joueurs, modère pourtant Yann Delaigue, qui a évolué sous ses ordres de 1997 à 2004. Dans le vestiaire, sans gueuler, il te dit ce qu'il à te dire. Mais en public, devant les journalistes, il prend tout sur lui". Seule condition à cela, ne jamais lui planter un coup de couteau dans le dos.


"C'est quelqu'un qui est très attaché à la parole donnée, précise encore Rougé-Thomas. Quand il prend un engagement, il le respectera et attend la même chose en retour. Sinon..." C'est d'ailleurs par une sorte de pacte "à la vie à la mort" qu'il a entamé son mandat avec le XV de France et les premières présentations avec les joueurs retenus : "Vous risquez, quelque part, de laisser la peau sur le terrain. Si vous êtes d'accord avec ça, vous pouvez revenir. Si vous ne l'êtes pas, restez chez vous". Car dans l'échelle des valeurs de Novès, il y a le sens du sacrifice et surtout celui du travail, comme le lui ont appris ses parents. Ainsi qu'une détestation quasi-viscérale de la défaite.

"Je pense qu'il tient ça de l'athlétisme, poursuit Rougé-Thomas au sujet de celui qui a été recordman de France cadet du 1.200 mètres. C'est un sport où tu n'as pas tes petits copains comme au rugby, où tu es seul face à toi-même". Et la grande force de Novès, c'est d'avoir réussi à traduire cette problématique individuelle pour transcender un collectif. "Il a la gagne dans le sang et il sait comment la transmettre à ses joueurs, se rappelle encore Delaigue, entre deux réunions pour l'organisation de son  Tournoi des Six Stations  qui approche. Ce qui était impressionnant, c'était sa capacité à adapter son discours à chacun pour pouvoir actionner le bon levier en fonction des personnalités des uns et des autres".

Novès est devenu "le Gitan" quand il était prof de sport au collège de Pibrac

Une connaissance approfondie de ses hommes que le sélectionneur du XV de France aura sans doute plus de mal à mettre en place vu le peu de temps qu'il va partager avec les internationaux à cause du calendrier infernal qui occupe (c'est un euphémisme) les acteurs du rugby français. "Je ne suis pas inquiet pour ça, car Guy va affiner ses choix, estime encore Rougé-Thomas. Il va observer les mecs, voir comment ils se comportent en groupe, en tête à tête, sur le terrain et en dehors. Et il ne s'entourera que de joueurs avec qui il sait qu'il va pouvoir aller au combat".

Beaucoup attribuent d'ailleurs à ce code d'honneur et à ses origines espagnoles l'origine du surnom de Guy Novès : "le Gitan". Un sobriquet utilisé par ceux qui ont joué sous ses ordres que le technicien a, en fait, hérité du temps où il remuait ciel et terre pour financer les déplacements du XV de son collège à Pibrac (près de Toulouse). Une vente de maillots par ici, un petit peu d'argent tapé à un copain par là, le sélectionneur du XV de France se démenait déjà pour ses joueurs. Entièrement.


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