K.-O. de Samuel Ezeala : "Le protocole commotion est insuffisant"

K.-O. de Samuel Ezeala : "Le protocole commotion est insuffisant"

RUGBY
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RUGBY - Victime d'un choc violent avec Virimi Vakatawa lors de Racing-Clermont dimanche, le jeune ailier Samuel Ezeala a été évacué sur une civière après avoir été soigné derrière des draps blancs à même le terrain. Joint par LCI, le neurologue Jean-François Chermann juge qu'il faut veiller à ce que le rugbyman soit mis au repos forcé. Il en profite aussi pour pointer du doigt les limites du protocole de prise en charge des commotions cérébrales.

"Je n'ai jamais vu ça sur un terrain. On a tous eu peur". Damien Chouly, le capitaine de Clermont, résume l'état d'esprit général après avoir assisté à la perte de connaissance de son coéquipier Samuel Ezeala, suite à un choc violent dimanche sur le terrain du Racing 92 (58-6). Cet incident, intervenu à la 57e minute de la rencontre, a plongé l'U Arena dans un silence glaçant. Parti tête en avant sur un plaquage sur le joueur du Racing Virimi Vakatawa, l'Espagnol de 18 ans a subi un K.-O. foudroyant. Au sol, celui qui disputait son premier match de Top 14 est resté inconscient pendant près d'une minute.  


Caché sous des draps blancs pendant que les soigneurs s'occupaient de lui, Ezeala a finalement fini par reprendre ses esprits. Le Clermontois, évacué sur civière après une dizaine de minutes, a passé la nuit en observation. Si les examens d'usage n'ont pas révélé de conséquences graves consécutives à cette spectaculaire commotion cérébrale, le K.-O. du jeune ailier ravive l'éternel débat sur la violence des chocs dans le rugby. Et leur prises en charge. 

C'est surtout spectaculaire parce qu'il n'a pas bougé tout de suiteJean-François CHERMANN, neurologue, co-auteur du livre "Le KO, le dossier qui dérange"

Interrogé par LCI, le neurologue Jean-François Chermann a fait des commotions subies par les sportifs sa spécialité. Il estime pour sa part que ce fait de jeu ne doit pas engendrer une remise à plat du rugby. "Il n'y a rien de nouveau. C'est une commotion avec une perte de connaissance d'au moins une trentaine de secondes. C'est surtout spectaculaire parce qu'il n'a pas bougé tout de suite. La commotion aurait été considérée comme la plus grave si la perte de connaissance avait dépassé la minute."


Craignant le pire, les secouristes ont agi dans l'urgence la plus extrême en prodiguant certains soins au Clermontois, à l'instar de la perfusion directement effectuée sur le terrain et de la mise en place d'électrodes sur le corps du rugbyman. Pour le Dr. Chermann, "il était impératif d'éliminer une fracture du rachis cervical et de manipuler au mieux le patient sans risquer d'aggraver une fracture instable. Une fois la reprise de la conscience et la constatation de l'absence d'anomalie neurologique, l'important est de surveiller le joueur afin de voir s'il apparait des signes de gravité comme des vomissements répétés, une somnolence excessive, auquel cas un transfert en milieu hospitalier peut s'avérer nécessaire pour éliminer une hémorragie." 

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Après une commotion, c'est trois semaines d'arrêtJean-François CHERMANN, neurologue

Ce lundi, sur Twitter, l'ASM Clermont Auvergne a assuré que le scanner passé par Samuel Ezeala n'avait "rien montré d'inquiétant", postant une photo du joueur dans son lit d'hôpital. Il va toutefois rester en observation jusqu'à mardi. "Pour un jeune de moins de 20 ans, après une commotion, c'est trois semaines d'arrêt quoiqu'il arrive", ajoute le docteur Chermann. "Malheureusement, ce laps de temps n'est pas toujours respecté dans le Top 14. C'est le risque ce qu'on appelle 'le syndrome du second impact'. Heureusement, c'est rare mais il y a des très mauvais pronostic avec 50% de décès".

En Top 14, les chiffres parlent d'eux-mêmes : de 466 "événements médicaux" observés en 2012-2013, on est passé à 867 en 2016-2017 (+86%). Les commotions cérébrales confirmées, principal sujet de préoccupation des autorités du rugby, ont elles aussi doublé (+92%) : 53 en 2012-2013, 102 la saison passée. À la question de cette recrudescence des commotions cérébrales dans le milieu du rugby, le neurologue Jean-François Chermann répond qu'il "y en a beaucoup plus, parce que le rugby est plus véloce qu'avant. Les collisions entre les joueurs sont certes plus fréquentes mais, surtout, les commotions cérébrales sont mieux déclarées. Par le passé, les joueurs, entre autres, les cachaient afin de rejouer plus tôt". 


D'ailleurs, pour lui, les consciences ont évolué dans le bon sens. "Le carton bleu que sortent les arbitres pour exclurer temporairement le joueur en cas de suspicion de commotion chez les amateurs est un vrai progrès", somme-t-il, en expliquant qu'il fallait aller plus loin : "Il faudrait le généraliser au milieu professionnel car le protocole HIA (protocole de prise en charge des commotions, ndlr) est largement insuffisant et utilisé la plupart du temps à mauvais escient. Dans certains cas, il est lancé alors qu'il ne devrait pas l'être. Il faudrait sortir directement le joueur en cas de suspicion, c'est clair". Tout cela dans le but de refaire du rugby, ce qu'il est vraiment, un sport d'usure. Et non pas un sport associé à la violence.

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