La ministre des Sports Laura Flessel l'a placée entre les mains de la justice : tout savoir de l'affaire Laporte-Altrad

La ministre des Sports Laura Flessel l'a placée entre les mains de la justice : tout savoir de l'affaire Laporte-Altrad

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CHRONOLOGIE - Après trois mois d'enquête, le ministère des Sports a décidé de transmettre le dossier concernant l'affaire impliquant Bernard Laporte et Mohed Altrad entre les mains de la justice. L'ancien sélectionneur du XV de France est notamment soupçonné d'avoir favorisé le club de son ami, le MHR, en faisant pression pour réduire les sanctions à l'encontre de ce dernier.

Moins d’un mois après son coup de maître réalisé à la tête de la Fédération française de rugby, en obtenant l’organisation de la Coupe du monde 2023, Bernard Laporte pourrait vite déchanter dans les semaines à venir. Après près de trois mois d’enquête, le ministère des Sports a transmis à la justice lundi soir ses éléments au procureur de la République sur les prétendues pressions qu’aurait exercées l’ancien sélectionneur du XV de France pour modifier les sanctions de la Ligue contre le club de Montpellier, détenu par son ami Mohed Altrad. Retour sur cette affaire qui fait trembler le rugby français.

Un report lourd de conséquences

Tout commence par le report par la Ligue nationale de rugby (LNR) des rencontres opposant Castres au Stade Français et Montpellier au Racing 92, après l’annonce surprise d’une fusion entre le Racing et le Stade Français le 13 mars dernier, finalement annulée cinq jours plus tard face aux vives protestations des supporters des deux camps et des joueurs du Stade Français, qui avaient entamé un mouvement de grève illimité. Face à ce report, le club de Montpellier saisit le tribunal administratif le 17 mars pour contester la décision et demande "l'intervention du président" de la FFR, en l’occurrence Bernard Laporte. Le 22 mars 2017, la FFR annule ainsi le report des matchs Castres-Stade Français et  Montpellier-Racing 92 de la LNR, qui décide néanmoins de maintenir cette décision et dénonce une interférence "choquante" avant de saisir le Conseil d'Etat. Ce dernier donnera raison à la Ligue le 12 avril. 

Le 22 avril, lors du match opposant Montpellier au Racing 92, plusieurs banderoles sont déployées à l’Altrad Stadium, visant le président du club francilien Jacky Lorenzetti ainsi que le président de la LNR Paul Goze. "Equité sportive = Goze démission", "Equité sportive ? Merci qui ? Jacky et Paul", "Goze + Lorenzetti, le menteur-le tricheur" ou encore "Goze + Lorenzetti, équité bafouée" sont ainsi affichés dans les travaux du stade de Montpellier. Au terme de la rencontre, largement remportée par le MHR (54-3), l'entraîneur du Racing, Laurent Labit s’en prend au président montpelliérain Mohed Altrad, l’accusant d'avoir "acheté" la Fédération.

Une sanction réduite qui interroge

Plus d’un mois après le déploiement de ces banderoles, la Ligue nationale de rugby sanctionne le club héraultais d’une amende de 70.000 euros et d'une suspension de terrain, sanction dont le MHR fera appel devant la Fédération. Le 18 juillet, cette dernière suspend la suspension de terrain et réduit l’amende, passant de 70.000 à 20.000 euros. C’est alors que le nom de Bernard Laporte fait son apparition. Moins d’un mois plus tard, le JDD révèle que le président de la FFR aurait demandé à la commission d’appel de la FFR de se pencher "avec bienveillance" sur  les sanctions prononcées contre Montpellier.


De plus, le journal indique qu’en février dernier, BL Communication, une société gérée par Bernard Laporte, a signé un contrat d'image avec Altrad Investment Authority pour un montant de 150.000 euros. Un contrat stipulant que la Fédération ne doit "rien faire qui puisse porter préjudice de  quelque façon que ce soit à l'image et la réputation d'Altrad", alors que Mohed Altrad, devenu début mars le premier partenaire maillot du XV de France, nie l'existence de ce contrat. Bernard Laporte y renoncera finalement à la fin du mois d’août, "conscient de l'émotion légitime suscitée" par les soupçons de favoritisme envers le club de Montpellier pesant sur lui.

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Des démissions en série, une enquête ouverte

En l’espace d’un mois, Laporte va voir de nombreux éléments s’accumuler en sa défaveur. Le 26 août, le quotidien sportif L'Equipe annonce la démission de Philippe Peyramaure, un des trois membres siégeant à la commission d'appel de la FFR le jour où elle a statué sur les sanctions frappant Montpellier. Dans une lettre envoyée à Jean-Daniel Simonet, président de la commission d’appel, et révélée par le JDD le 27 août, Peyramaure explique : "J'ai été avisé que le président de la Fédération était intervenu pour demander que nous modifiions notre décision dans un sens beaucoup plus favorable à Montpellier." 


Trois jours plus tard, Laporte confirmera au Parisien avoir appelé Simonet pour "lui donner un éclairage politique" sur la crise au sein du rugby français et "dans le respect de l'indépendance de la commission d'appel", n'empêchant pas l'ouverture d'une enquête par le ministère des Sports, puis confiée à l'Inspection générale de la jeunesse et des sports (IGIS). Au cours du mois de septembre, un septième membre de la commission d’appel de la FFR, le magistrat Jean Ormières, démissionne à son tour. Enfin, le 20 septembre dernier, L’Equipe révèle que Bernard Laporte aurait bien demandé d’intervenir en faveur du MHR lors d’une visite à Montpellier en juin, le tout "en présence" de Mohed Altrad. Une révélation qui fera l’objet d’une plainte pour diffamation de la part de l’avocat de Laporte.

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