Les 20 ans du rugby pro : argent, valeurs, troisième mi-temps... ce qui a changé

RUGBY
HISTOIRE - Le 12 août 1995, Il y a 20 ans, l'International Rugby Board, mettait un terme à l'amateurisme et transformait la discipline en métier à part entière. Avec d'importantes conséquences sur la pratique de ce sport au plus haut niveau.

Un avant et un après. Dès le moment où le rugby est passé à l'ère du professionnalisme, tout a changé pour ce sport géographiquement joué dans le Sud de la France et dans les villes moyennes. Fini les Lourdes, Béziers, Narbonne et autre ovalie des places de villages et des clochers d'églises, place au sport spectacle, ses contrats, ses salaires, ses sponsors et ses droits télé. "L'arrivée de l'argent a créé des contraintes de concurrence. On pense un peu à sa pomme, la cohésion collective est devenue plus une façade", regrette auprès de l'AFP Pierre Villepreux, ancien entraîneur du Stade Toulousain et ex-sélectionneur du XV de France à la fin des années 1990. Plus qu'un sport, le rugby était alors, dans le sud-ouest de la France, une véritable culture collective. 

Mais le cliché de "gentlemen" pratiquant entre copains et en amateurs un sport de "voyous", avant de se retrouver pour une troisième mi-temps mémorable, est désormais fané. "On a essayé de mettre en place des précautions pour que le rugby ne prenne pas les mauvais côtés des sports professionnels mais on y arrive tout droit", estime de son côté Emile Ntamack, ancien international du Stade Toulousain et actuel entraîneur des trois quarts de l'Union Bordeaux-Bègles. "Un mot comme 'chômage', qui n'existait pas dans le rugby, est là aujourd'hui", explique-t-il. Car la concurrence est exacerbée avec "la réduction du nombre de clubs dans l'élite (de 32 en 1995, 14 désormais, ndlr) et l'arrivée des joueurs étrangers", note Fabien Pelous, nouveau directeur sportif du Stade Toulousain. 

Même la troisième mi-temps est devenue plus mesurée, plus gérée

"Mais on reste quand même préservés par rapport à d'autres sports tant que l'on est à l'abri des indemnités de transferts, tant qu'il n'y a pas de marchandisation de la ressource humaine", nuance tout de même le détenteur du record de sélections (118) avec le XV de France qui avait à l'époque pu mener en parallèle de sa carrière des études de kinésithérapeute. "Avec la charge des entraînements, il est de plus en plus difficile d'assumer une formation. Lorsque j'ai commencé à devenir international en 1995, on s'entraînait deux fois par semaine, se remémore Pelous. Je faisais la route entre Toulouse, où j'étudiais, et Dax. En 1997-98, on faisait un entraînement par jour, on y consacrait une demi-journée. A partir des années 2000, on est passé à deux, trois entraînements par jour, un temps plein".

Sans tomber dans le "nostlagisme" et son "c'était mieux avant", le rugby a tout de même perdu un peu de son identité avec le professionnalisme. Et craint que le mouvement ne continue de s'accélérer. "Si on bascule, comme au football, sur des gars qui à 14 ans arrêtent pratiquement les études, le niveau de culture générale va s'en ressentir. C'est ça qui me fait peur, que la relation s'appauvrisse", craint Patrice Lagisquet, entraîneur des arrières du XV de France. Plus individualiste, le rugby change ses habitudes et délaisse un ce qui faisait son sel et bâtissait sa légende en dehors des terrains : la fameuse troisième mi-temps. Evidemment pas disparu, cet après-match plutôt arrosé entre coéquipier perdure mais de façon plus mesurée, plus gérée. "Avant, c'était la raison d'être du rugby, rassembler des hommes. Les deux premières mi-temps étaient presque un prétexte pour faire la troisième", sourit Pelous. "Boire un coup, tu vas encore le faire et tu vas rentrer à 23 h 30, mais c'est sûr qu'on ne va plus dans les excès. Avant, c'était permis car on n'avait rien qui nous empêchait de le faire", regretterait presque Ntamack.

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