Olivier Magne : "On a pas mal réécrit l'histoire de la victoire de 1999 face aux All Blacks"

RUGBY
EXPLOIT - A l'heure où l'on se demande bien comment le XV de France va bien pouvoir renverser les Néo-Zélandais samedi en quarts de finale (21 heures), metronews est allé chercher les bons conseils d'Olivier Magne. Et si l'ancien flanker international nous explique comment lui et les Bleus avaient battu les All Blacks en 1999, il nous confie aussi ses doutes de voir l'équipe de Philippe Saint-André les imiter.

Pour battre la Nouvelle-Zélande, ne faut-il pas tout simplement croire que c'est possible ?
En partie, même si le levier principal de motivation n'est pas forcément basé sur l'affectif. En 1999 (lors de la demi-finale remportée 43-31), Pierre Villepreux et Jean-Claude Skrela avaient essentiellement basé leur discours sur les aspects stratégiques et tactiques du match face aux All Blacks. 

Il n'y avait donc pas eu du grand discours sur le fait que c'est le match d'une vie, pour l'histoire ?
Non pas tellement. Vous savez, la motivation est toute trouvée pour ce genre de rencontre. Les joueurs ont surtout besoin d'être rassurés au niveau du jeu et qu'on dédramatise aussi un peu la situation. Jouer en Coupe du monde contre la Nouvelle-Zélande, c'est déjà un événement complexe à gérer au niveau émotionnel, il ne faut pas en rajouter.

"On voulait surprendre les Blacks au point de vue du jeu"

Quel avait alors été le plan pour contre Jonah Lomu et les siens ?
Comme je vous le disais, les entraîneurs avaient mis en place un cadre stratégique et tactique très clair. On avait concentré nos efforts sur les possibilités de surprendre l'adversaire au point de vue du jeu. On voulait les prendre à leur propre jeu : garder le ballon et attaquer. C'était une de nos principales résolutions, tout comme exploiter les faiblesses de l'adversaire sur certaines parties du terrain.

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Et même à la mi-temps, alors que vous êtres menés 17-10, il n'y a pas eu de grande envolée ?
Il y a eu depuis plusieurs versions de ce que s'est passé ce jour-là... Peut-être parce qu'on parle d'un match qui s'est déroulé au siècle dernier, certains ont pas mal réécrit l'histoire de cette victoire, ont tenté de la romancer. Moi j'étais dans le vestiaire, et ce qui s'est passé est très simple : le capitaine a pris le discours pour dire qu'il fallait continuer ce qu'on faisait et les coaches nous ont dit la même chose. C'est tout. 

Et au final, ça a marché. Quelles ont été selon vous les clés de ce succès historique ?
Je pense qu'on a surtout gagné sur le plan stratégique et sur le plan du jeu. On n'a jamais lâché notre idée de base qui était de montrer à notre adversaire que l'on avait des armes sur le plan offensif. Si vous regardez les premières minutes du match de 1999, on contre-attaque depuis nos 22 et on joue des situations très loin de notre camp sans aucune retenue. Ça les a perturbés et nous, ça nous a confortés dans cette idée d'attaquer. Ça nous a mis en confiance. Mais avant d'en arriver là, on a dû faire un acte de foi : prendre le match à bras-le-corps pour aller chercher la victoire. Et c'est passé par des actes de jeu symboliques forts.

"Jouer le contre face à la Nouvelle-Zélande ? J'ai quelques réserves..."

Pensez-vous que le XV de France de Philippe Saint-André puisse vous imiter samedi prochain ?
Je ne sais pas mais évidemment, je le souhaite. Après, on a tous des incertitudes devant cette équipe dont le projet de jeu est basé sur le contre. C'est un choix de Saint-André, et je le respecte, mais est-ce que ce sera suffisant pour battre cette équipe de Nouvelle-Zélande ? J'ai quelques réserves...

Lesquelles ?
Si le match est fermé, le XV de France a peut-être un coup à jouer. Mais si ce n'est pas le cas, est-ce que cette équipe de France est capable de se lancer dans un jeu ouvert et débridé en attaque ? J'en suis moins certain... A chaque fois que les Bleus ont gagné contre les Blacks, c'est parce qu'il y a eu une provocation sur le jeu, sur l'attaque. Pour les battre, il faut leur faire ce que l'on n'aime pas qu'ils nous fassent quand ils nous provoquent dans le jeu, quand ils nous déplacent en permanence et qu'ils nous attaquent tout le temps. Quand on leur fait la même chose, ils sont surpris car ils n'ont pas l'habitude de ça. 

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