Pierre Villepreux : "Je dirais aux Bleus d'accepter de faire des erreurs"

RUGBY
INTERVIEW — Co-entraîneur de l'équipe de France avec Jean-Claude Skrela lors de la Coupe du monde 1999, Pierre Villepreux y a connu l'ivresse d'une victoire face aux Blacks (43-31). À six jours du quart de finale des Bleus contre la Nouvelle-Zélande, l'ancien ouvreur revient sur son discours d'avant-match, et se montre inquiet pour le XV de France.

En 1999, l'équipe de France, sous vos ordres, bat la Nouvelle-Zélande à la surprise générale. Quel était votre discours avant le match ?
Pierre Villepreux : Je leur ai dit d'investir dans leur jeu, que l'on devait être très bons en défense et qu'il fallait jouer tous les ballons que l'on récupérait. On était ensemble depuis trois ans, ils connaissaient ma philosophie de jeu.

Quel discours adopteriez-vous auprès de l'équipe de France d'aujourd'hui pour la motiver avant le match de samedi ?
Il n'y a rien à dire ! C'est le match qui fait l'enjeu. Soit ils ont envie de se battre, soit ils n'ont pas envie. Mais ce n'est pas un discours qui changera leur motivation.

Et dans le jeu ?
De libérer leur potentiel, d'accepter de faire des erreurs et de puiser dans toute leur histoire rugbystique pour aller chercher ce qu'il faut pour gagner. Seulement, ça, ils ne l'ont pas fait depuis trois ans et demi. Sont-ils capables de cette mutation stratégique et tactique sur un match ? J'ai des doutes.

À la mi-temps du match, en 1999, la France est menée de 7 points (10-17), une éventualité qui peut se reproduire samedi. Qu'aviez-vous dit à vos joueurs pour qu'ils retournent complètement la situation (victoire des Bleus 43-31) ?
On leur a dit que, même menés, il fallait jouer, ne pas être frileux. Que ceux qui pouvaient avoir peur étaient les Blacks, pas nous. On leur a aussi dit de continuer à jouer au pied par dessus la défense, ça nous a plutôt bien réussi...

Justement, au retour des vestiaires, les Bleus prennent un essai puis infligent un 33-0 à leurs adversaires. Où se situe le tournant du match ?
Je ne sais pas s'il y a un tournant. Il faut voir l'ensemble du match, offensivement et défensivement. Les trois essais de la deuxième mi-temps sont une succession de phases travaillées.

Le jeu au pied permet aux Bleus de rester au contact, puis de lancer Dominici à l'essai. N'est-ce pas cet essai qui fait douter les Blacks ?
C'est vrai qu'après cet essai ils se sont mis à déjouer. L'essai de Dominici nous fait du bien, c'est un essai de liberté, ça m'a plu. Mais c'était normal, puisque c'est ce qu'on avait demandé.

Comme les Bleus d'aujourd'hui, vous ne partiez pas favoris. Comment vit-on un match aussi stressant en tribune ?
Il n'y avait pas de stress particulier. On ne nous disait pas favoris, en difficulté. Mais on avait fait un bon match en quart contre l'Argentine. On avait un fond de jeu qui tenait la route. De là à dire qu'on savait qu'on allait battre les Blacks...

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