Pourquoi Dimitri Yachvili "préfère arrêter" sa carrière

Pourquoi Dimitri Yachvili "préfère arrêter" sa carrière

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RUGBY - Le demi de mêlée international Dimitri Yachvili, joueur emblématique du Biarritz olympique (BO), lanterne rouge du Top 14, annonce ce vendredi qu'il met un terme à sa carrière. Non sans expliquer ce qui a motivé cette décision.

"Passer à autre chose, fermer une page pour en ouvrir une autre." L'histoire d'un homme qui reste indissociable de celle du rugby français. Ce vendredi matin, dans un entretien accordé au quotidien L'Équipe , Dimitri Yachvili a brutalement mis fin au suspense. La relégation en pro D2 de son club, le Biarritz Olympique, aurait pu le conduire à aller au bout de son contrat se terminant en 2015 et ainsi finir à l'échelon inférieur, voire à plier bagage pour tenter un dernier pari. Mais le demi de mêlée international, deuxième meilleur marqueur de points de l'histoire du XV de France, a finalement décidé d'arrêter les frais, mettant un terme à sa carrière, à l'âge de 33 ans. Avec, sans doute, en tête l'idée d'une résurrection prochaine. En attendant, il explique son choix.

"Je sens que mon corps a besoin d'arrêter. Donc je suis mon instinct et j'écoute mon corps", dit-il tout d'abord. Mais c'est connu, la tête commande les jambes. "Peut-être que si le BO n'était pas descendu, j'aurai été autrement psychologiquement, concède-t-il. Là, ça fait deux ans que c'est galère. Que je donne le maximum et que je sens cette fatigue globale. On a échoué à sauver le club. Au quotidien, c'est difficile. La motivation n'est plus là et je ne suis pas quelqu'un qui triche. Je préfère arrêter. Quelque part, c'est un soulagement. L'ambiance était vraiment lourde." On notera bien l'emploi du passé dans cette dernière phrase, signe que le saison est terminée dans son esprit depuis que la relégation est devenue mathématiquement certaine.

Yachvili : "Que je n'aie pas été bon, c'est une certitude, mais ai-je été mis dans les meilleures conditions ?"

De son propre aveu, cela fait "quelques semaines" qu'il y songeait. "Et puis je vois tous les potes partir, ajoute-t-il. Des amis et plus même, avec qui j'ai vécu des choses extraordinaires." Une référence à ses douze saisons passées à Biarritz, le temps de remporter deux Boucliers de Brennus en 2005 (avec 29 points inscrits contre le Stade français, il est devenu cette année-là le meilleur marqueur dans une finale de Championnat de France, ndlr) et en 2006. Puis de perdre deux finales de Coupe d'Europe en 2006 et en 2010. "Des gens qui étaient là depuis plus de dix ans et à qui on n'a rien proposé, précise-t-il, amer. Je me dis que c'est vraiment la fin d'un cycle..."

Pour expliquer son lent déclin, parallèle à celui de son club, le "Yach" évoque "des incompréhensions" avec ses entraîneurs, qu'il n'oublie toutefois pas de remercier. Et regrette de ne pas avoir su combler le fossé générationnel. "J'ai eu mon éducation faite de beaucoup de sacrifices. Je me suis imposé une forte discipline dans ma vie quotidienne de rugbyman de haut niveau. Je me suis programmé pour gagner tous les matches, des titres, et je me suis rendu compte que cette exigence n'était pas la même pour tout le monde, plaide-t-il. Je ne comprenais pas. Mais, finalement, c'est moi qui n'ai pas su faire passer les messages et m'adapter à la nouvelle génération. Je suis resté dans mon truc." Dans son "clan" des anciens...

Il revient, enfin, sur l'épisode du 4 mars, quand il s'était senti visé par le "Des têtes vont tomber" de Serge Blanco, au surlendemain de la défaite contre Bayonne à Aguiléra. "Peut-être est-ce une erreur de m'attacher à ce genre d'écrits mais c'est plus fort que moi, confie-t-il. Que je n'aie pas été bon, c'est une certitude, mais ai-je été mis dans les meilleures conditions ? Un derby, c'est un match historique. La semaine précédente, on m'a dit qu'on me mettait au repos pour le préparer puis j'ai découvert que j'étais remplaçant. Je suis entré sur le terrain lourd de colère, ce qui amène de mauvais choix." Le moment de la fracture. "De toute façon, on se rend compte qu'on peut programmer tout ce qu'on veut, à l'arrivée, on ne maîtrise pas les choses de la vie", conclut-il. Comme pour souligner que l'histoire du sport est bien la même que celle des hommes.

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