PSA : "contre l'Irlande, ça va être un gros match"

PSA : "contre l'Irlande, ça va être un gros match"

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INTERVIEW - Toujours lancé dans son marathon médiatique à l'occasion de la sortie de son livre "Devoir d'inventaire", l'ancien sélectionneur du XV s'est posé autour d'un café avec metronews. L'occasion pour Philippe Saint-André de revenir sur "la branlée historique" contre la Nouvelle-Zélande en Coupe du monde, d'évoquer son avenir mais aussi de donner son avis sur les premiers pas de son successeur, Guy Novès.

Cinq mois après le fiasco de la Coupe de monde, n'est-il pas inconfortable pour vous de revenir devant les journalistes qui ne vous ont pas épargné ?
Non, finalement c'est un exercice plutôt marrant. Je ne dirais pas que je reviens sur les lieux du crime mais presque (rires). Sincèrement, il n'y a pas de rancœur de ma part, je savais que la critique médiatique faisait partie du jeu et de la fonction. Mon livre n'est d'ailleurs pas là pour régler des comptes, même si j'en règle quelques-uns, mais plutôt de dire avec mes mots et avec mon ressenti ce que s'est passé pendant la Coupe du monde et durant mon mandat (2011-2015).

Avec le recul, qu'est-ce qui n'a pas fonctionné selon vous ?
Pas mal de choses, et j'ai évidemment fait des erreurs. Mais aujourd'hui, j'essaye d'apporter une vision plus large du rugby français qui n'est plus du tout adapté à l'exigence du niveau international. Il y a des choses à mettre en place pour que le XV de France revienne au centre de notre rugby, pour que le Top 14, dont les enjeux financiers sont énormes, ne soit plus la seule priorité. Ma démarche, et attention, je ne dis pas que j'ai toutes les solutions, c'est de raconter les difficultés auxquelles j'ai été confronté pour aider les prochains sélectionneurs. 

"Guy Novès va être tôt ou tard confronté aux limites du système"

Car d'après vous, Guy Novès va avoir besoin d'aide ?
Je ne sais pas mais on a vu que contre l'Italie, ça n'a pas été simple ( victoire des Bleus 23-21 ). Ce que moi je n'ai pas du tout aimé, c'est d'entendre des anciens joueurs commenter, et parfois flinguer, mes matchs. Je ne vais donc pas le faire avec Guy. Il a pris le parti de prendre des jeunes et de les former, donc c'est normal que ça prenne du temps. Mais je connais les limites du système et je sais qu'il va y être tôt ou tard confronté. 

Quelles sont-elles ?
Il y a avant tout ce calendrier qui est complètement incohérent. On est encore la seule nation qui entre deux matchs de Tournoi des VI Nations voit ses joueurs retourner dans leur club. C'est une aberration ! Tout comme de voir que la tournée de juin en Argentine se disputera sans les meilleurs Français qui seront engagés dans les demi-finales du Top 14. C'est dingue ! Avec tout ça, va préparer une rencontre alors que les joueurs sont seulement disponibles pendant cinq jours quand en face, pour les autres Fédérations, la sélection est prioritaire, au-dessus de tout...

C'est pourtant quelque chose que vous avez essayé de changer au début de votre mandat...
Oui, mais ensuite j'ai lâché l'affaire. Je me suis cassé les dents sur toute l'organisation politique qui fait que, depuis quelques années, on met de moins en moins de moyens pour l'équipe nationale alors que c'est la vitrine du rugby français pour le grand public. A un moment, j'ai cru que ça allait bouger mais quand j'ai vu que les décisions prises n'étaient que la poudre aux yeux (fin 2013, une convention entre la Ligue et la Fédération a été mise en place visant à réduire le temps de jeu des internationaux en club, elle a été jugée insuffisante pour bon nombre d'observateurs, ndlr). J'ai compris que ce serait toujours le même merdier. Après la tournée en Australie (trois défaites en juin 2014, ndlr), j'ai même pensé à tout arrêter. Mais comme je ne suis pas du genre à quitter le navire, je me suis rapidement projeté sur la préparation de la Coupe du monde. 

"On s'est plantés, on est passés à côté du match contre l'Irlande"

Vous pensiez vraiment pouvoir rattraper le retard accumulé sur les autres nations ?
Oui, même si je crois aussi qu'à un moment tu es obligé de te persuader toi-même... Et puis il ne faut pas oublier que petit à petit, la sauce prenait bien et que des choses se mettaient quand même en place. Entre les deux derniers matchs de préparation (contre l'Angleterre et l'Ecosse, ndlr) et les trois premières rencontres de poules (Italie, Roumanie et Canada, ndlr), on a enchaîné cinq victoires d'affilée, ce qui n'était jamais arrivé pendant mon mandat. Et puis est arrivée l'Irlande...

Vous le dites dans votre livre, pour vous, c'est contre le XV du Trèfle que la Coupe du monde bascule...
Oui, car c'est vraiment sur ce match où on peut avoir des regrets. Moi, mon staff et les joueurs, on s'est plantés, on est passés à côté. On a bossé comme des fous pendant quatre ans pour être là, mais face à la quatrième meilleure nation au monde, tu t'aperçois que tu es pris de partout. Après la 69e minute de jeu, je comprends qu'on est plus dans le match et que derrière, c'est les Blacks en quart de finale... Mais si on bat les Irlandais, c'est plus du tout la même histoire car après tu joues l'Argentine et tout peut arriver.

"En acceptant d'être sélectionneur, je savais où je mettais les pieds"

Pourtant, lors d'un face aux lecteurs organisé par metronews en mai 2012, vous sembliez déjà présager du pire puisque vous déclariez : "Et quand tu y réfléchis (à la fonction de sélectionneur), c'est un peu fou. Tu peux perdre ta réputation et le fruit de quatre ans de ta vie en quatre-vingts minutes sur un quart de finale de Coupe du monde. Si tu perds, on dira de toi que tu es une merde"...
J'avais vraiment dit "une merde" (rires) ? C'est vrai que j'avais quand même conscience de l'endroit où je mettais les pieds et je savais ô combien ça pouvait être compliqué d'entraîner le XV de France. Mais voilà, ce maillot, je l'ai porté, il fait partie de mon histoire, de mon ADN, et quand on te propose de devenir sélectionneur, tu ne peux pas refuser ce genre de poste. Après, tu ne peux évidemment pas prévoir que tu vas te faire sortir de cette manière face aux All Blacks...

La blessure de cette défaite historique (63-12) est-elle refermée ?
Non, parce que derrière un match comme ça, t'es un peu fracassé et qu'il faut du temps pour digérer. Mais après, sincèrement, les Blacks, depuis quinze ou vingt ans, tu les joues dix fois et tu perds à neuf reprises. Les battre, ça reste quelque chose de rare. Quant aux blessures, j'ai les épaules assez larges pour prendre des coups. J'ai l'habitude. Mais comme je l'avais dit, les sifflets à la fin du match, m'ont fait mal car ils ont surtout touché ma famille. Mais aujourd'hui, c'est oublié, je suis parti sur autre chose. J'ai plein de projets, notamment la création d'une académie de rugby pour les jeunes, et la vie continue. 

"A bientôt 49 ans, je découvre à peine les joies des week-ends en famille"

Donc loin des terrains de rugby pour l'instant ?
Ah oui, j'ai pas du tout envie de me remettre là-dedans ! Après la Coupe du monde je voulais vraiment faire un break. Imaginez, j'ai bientôt 49 ans (en avril prochain) et entre ma carrière de joueur, d'entraîneur puis de sélectionneur, je découvre à peine les joies des week-ends en famille. Pour l'instant, j'en profite. Après, est-ce que l'envie d'entraîner à haut niveau va revenir ? C'est possible. Peut-être que dans six mois, l'envie sera trop forte. Mais pour le moment, la pression de faire un résultat lors du match du samedi ne me manque pas. 

Samedi, justement, vous serez derrière le XV de France qui affronte l'Irlande ?
Oui, évidemment ! Je reste un amoureux du rugby et de l'équipe de France. Je l'ai déjà dit, je suis à 100 % derrière Guy Novès et ses joueurs. J'espère qu'ils vont réussir un bon tournoi, même si contre les Irlandais, ça va être un gros match. Mais comme nous, cette équipe est entrée dans une phase de reconstruction. 

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