Tournoi des VI Nations : pourquoi l'Angleterre est redevenue la meilleure équipe d'Europe (et pas le XV de France) ?

RUGBY

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Le XV de France au Tournoi des Six Nations

RUGBY – Grâce à sa victoire contre le XV de France samedi (19-16), l’Angleterre a enchaîné un quinzième succès consécutif qui atteste ainsi de son net regain de forme depuis son élimination précoce du Mondial 2015. Si les Bleus n’ont pas eu à rougir de leur prestation, ce résultat a confirmé les trajectoires opposées empruntées par les deux sélections. Explications avec l'ancien international français Olivier Magne.

Octobre 2015. A quinze jours d’intervalle, le XV de la Rose et le XV de France sont tour à tour piteusement éliminés de la Coupe du monde. Alors qu’ils évoluent à domicile, les Anglais manquent le coche dès la phase de poules, une première pour un pays organisateur. En parallèle de ce séisme rugbystique, les Bleus, eux, sont ridiculisés par les All Blacks (62-13) en quarts de finale. Ces deux éliminations précoces marqueront ainsi la fin d’une ère, celle de Stuart Lancaster en Angleterre et celle de Philippe Saint-André en France.

Du temps s’est écoulé depuis et alors que les deux meilleurs ennemis se sont retrouvés samedi dernier à Twickenham, force est de constater que les trajectoires empruntées par le XV de la Rose et le XV de France sont totalement différentes. Quinze victoires consécutives d’un côté - la dernière en date face aux Bleus (19-16), des prestations encourageantes mais soldées par de courtes défaites de l’autre. Les raisons de ce renouveau britannique sont nombreuses. La première résulte tout d’abord d’un changement d’entraîneur avec l’arrivée d’Eddie Jones après le Mondial 2015. Technicien réputé, il aurait pu être tenté de bouleverser son groupe, de faire appel à de nouveaux joueurs, à l’image de l’impressionnante revue d’effectif effectuée par Guy Novès. 

54 joueurs utilisés par Guy Novès depuis 2015

Car depuis qu'il a pris ses fonctions, le sélectionneur des Bleus a utilisé 54 joueurs et en a lancé 20 dans le grand bain international. Jones n'a lui titularisé d'entrée aucun des 12 néophytes à qui il a donné leur chance. Une stabilité qui porte ses fruits notamment au niveau de la charnière où Novès a expérimenté sa huitième association samedi après-midi avec Baptiste Serin et Camille Lopez. "Depuis la Coupe du monde, l’Angleterre a entamé un travail de fond sur un vrai projet. Alors que du côté du XV de France, Guy Novès recherche encore des joueurs à certains postes, on pense notamment à la charnière, qui est hyper importante pour une équipe nationale", confirme à LCI Olivier Magne, ex-international français (90 sélections). 

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Tournoi des VI Nations - Ces jeunes qui vont faire le XV de France de demain

Par conséquent, à force d’aligner les mêmes hommes, les automatismes se créent, l’équipe gagne en expérience et le banc des remplaçants se hisse lui aussi au niveau des titulaires. "Le banc anglais a su faire la différence samedi, alors que la France est encore à la recherche de ses remplaçants qui sauront apporter quelque chose de plus en fin de match", constate l’ancien troisième ligne aile passé par Montferrand. Mais au-delà du travail entrepris sur le terrain par Eddie Jones, c’est bel et bien le projet global mené par la fédération et les clubs anglais, depuis la faillite de la dernière Coupe du monde, qui porte ses fruits et se répercute désormais sur les "All Blacks d’Europe", le nouveau surnom accolé au XV de la Rose.

En France, on a peut-être tendance à trop regarder son nombril- Olivier Magne

"En Angleterre, une vraie organisation a été mise en place pour permettre à ses équipes nationales d’être au niveau. C’est un vrai projet global, ce n’est pas seulement la fédération qui fait en sorte que le XV de la Rose soit fort, juge Olivier Magne, consultant pour la télévision anglaise. Les clubs jouent également un rôle important et font le nécessaire pour que les joueurs soient compétitifs pour la sélection, parce que c’est la vitrine. Il y a une vraie synergie entre les clubs et la fédération. Tout le monde s’y retrouve. Quand une équipe nationale est forte, ça rejaillit sur tout le rugby anglais."

Dorénavant, pour espérer voir la France se hisser au niveau de son rival historique, il faudra s’armer de patience. Remporter les quatre prochains matches du Tournoi des VI Nations – ce qui ne sera pas chose aisée – lui donnerait déjà un peu d’air et permettrait d’installer un climat de confiance autour de Guy Novès en prévision de la Coupe du monde 2019.

Une échéance qui pourrait être le point de départ d’une refonte calquée sur le modèle anglais ? "Je pense qu’il y a un vrai projet d’ensemble à mettre en place en France avec une véritable formation, une véritable détection. Il faut impliquer les clubs et les mettre face à leurs responsabilités. Ça serait bien d’avoir un championnat fort qui permette d’avoir une équipe de France forte. Ce n’est pas toujours le cas. En Angleterre, des compromis sont faits, les egos ont été mis de côté. Et en France, on a peut-être tendance à trop regarder son nombril." Le message est passé.

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