WeWork, le géant américain du coworking, prend ses marques à Paris

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RENCONTRE – Depuis avril, l’entreprise newyorkaise WeWork possède des espaces de coworking au cœur de Paris. Alors que Miguel McKelvey, le cofondateur de l’entreprise avec Adam Neumann, est attendu sur Viva Tech pour une table ronde sur le futur du travail avec Facebook (16 juin à 16h30), Séverin Naudet, le directeur général de la branche France, nous décrypte cette tendance de partage d’espaces de travail qui a le vent en poupe.

Rendez-vous est pris dans le 9e arrondissement de Paris, à deux pas de l’Opéra Garnier et de la Gare Saint-Lazare, dans ce nouvel eldorado technologique où l’on trouve désormais les Google, Facebook, Twitter, BlaBlaCar et autres puissants de la nouvelle économie. C’est ici, au 33 rue Lafayette, que WeWork, le géant américain du coworking – cette nouvelle tendance du partage d’espace de travail- vient d’ouvrir son premier lieu physique en France, dans l’ancien immeuble Art Deco occupé jadis par Areva. Séverin Naudet, le directeur général de WeWork France, nous fait faire le tour du propriétaire.

LCI : Comment définiriez-vous WeWork ?

Séverin NAUDET : La première –et la seule- plateforme de créateurs et d’entrepreneurs au monde. Elle réunit en ligne plus de 100.000 personnes qui se retrouvent dans une communauté de valeurs et d’usages. Mais aussi dans des lieux physiques dans 33 villes dans le monde, à Londres, Mexico, San Francisco, Shanghai ou désormais comme ici à Paris. Ils utilisent ces espaces pour installer leurs entreprises. WeWork, c’est aussi une forme d’authenticité de vie, de créativité, d’audace, de partage de l’entreprenariat. L’économie du partage par définition et construction qui permet de travailler différemment.

LCI : Parlez-nous de ce premier espace WeWork ouvert en France…

Séverin NAUDET : C’est un grand et bel espace de 12.000 m² qui peut accueillir jusqu’à 2.400 personnes dans un cadre Art Déco qu’on a voulu conserver. Il permet aux créateurs et aux entrepreneurs de se retrouver, d’échanger, de trouver peut-être le fournisseur ou leurs futurs clients, partenaires. D’être dans un environnement où les gains de productivité sont énormes. WeWork s’occupe de tout et eux n’ont pas à se concentrer sur leur business. Ils peuvent profiter de cette communauté comme levier de croissance. On estime que 50% des membres font du business ensemble à travers le monde. On va ensuite ouvrir un second espace plus petit rue des Archives dans le Marais pour accueillir plutôt des TPE et PME.

LCI : Comment cela fonctionne-t-il exactement ?

Séverin NAUDET : Nous sommes là pour gérer le confort et le bien-être de votre espace de travail au quotidien. WeWork s’occupe aussi bien des salles de la réunion que de la connectivité et des systèmes d’information, de du ménage mais aussi des boissons et cafés dans les 10 cuisines du bâtiment Lafayette. Nous proposons également une salle de sport et un parking ainsi que des cours de yoga le mercredi matin ou des brunches. WeWork donne aussi accès à de grands acteurs économiques comme la Société générale avec laquelle nous avons passé un partenariat et qui permet aux entrepreneurs d’avoir à proximité un banquier dédié afin de profiter de produits financiers à des tarifs préférentiels. . Il y a aussi un bureau de La Poste dans les locaux, un service d’expert-comptable, des juristes... Cela fait gagner énormément de temps et d’argent. WeWork a également été classé 3e entreprise la plus innovante au monde par Fast Company, derrière Spotify et Netflix en matière de "Data Science". On collecte des données en permanence (occupation des salles, disposition, etc.) pour adapter les services, les espaces, le produit.

LCI : Comment peut-on profiter des services offerts ?

Séverin NAUDET : Vous allez sur WeWork.com et vous pouvez immédiatement souscrire à un abonnement ou prendre rendez-vous pour visiter un espace et le louer. Il existe trois formules de 450 à 890 euros : - Hot Desk : la formule de base, la plus flexible et nomade. Elle permet de s’installer tous les jours dans un des larges open spaces, ordinateur portable sur les genoux. - Dedicated Desk : ce sont des espaces que l’on partage avec d’autres entrepreneurs, mais où l’on a son bureau que l’on retrouve tous les jours. - Bureaux privés : ce sont des espaces privés de 2 à 200 places pour accueillir des entreprises autant de temps qu’elles le souhaitent. L’avantage, c’est la flexibilité. Vous venez quand vous voulez. Pour un mois même. Et vous pouvez changer de formule, de taille de bureau, d’endroit, etc.

LCI : WeWork est une compagnie américaine. Pourquoi avoir choisi de s’installer en France ?

Séverin NAUDET : WeWork existe depuis environ six ans et est arrivé en Europe en 2015 à Londres. C’était très important de s’installer en France. Paris est la capitale européenne de l’innovation et l’une des villes au monde où il y a le plus de startups, de nouveaux projets d’entreprenariat innovants chaque année. Les investissements y ont atteint des niveaux record ces dernières années. C’est l’une des capitales les plus dynamiques au monde. Et 90% des entreprises en France sont des PME. Je voulais qu’on ouvre au coeur de Paris. A l’ouest, il y a un quartier d’affaires plus classique avec des assurances et des banques ; A l’est, la Silicon Sentier et la nouvelle économie. Au nord, on trouve des populations plus jeunes et plus installées au sud. On est à un "cross-over" parfait. C’est pour cela que cet immeuble est très grand et accueille un écosystème très riche.

LCI : Qu’est-ce qui vous différencie d’un incubateur ou d’un espace de coworking de quartier ?

Séverin NAUDET : On a un très bel écosystème à Paris, l’un des plus beaux en termes d’incubateurs et d’accélérateurs tels que la future Station F initiée par Xavier Niel dans le 13e arrondissement (à la Halle Freyssinet, ndlr) qui sera l’in des plus grands incubateurs au monde. Quand les jeunes créateurs sortent d’école ou d’université et doivent trouver des financements, c’est là qu’ils vont avec leur business model. C’est le premier niveau de l’entreprise. Ensuite, il y a tout un réseau de coworking de quartier avec des petits espaces pour les freelances, ceux qui travaillent à mi-temps et préfèrent se retrouver dans ces espaces pas très grands plutôt qu’au café. Il manquait un troisième étage à la fusée de l’innovation à Paris et c’est ce que veut être WeWork : un espace beaucoup plus grand avec des services pour des entreprises qui ont confirmé leur modèle et qui veulent s’installer de manière un peu plus pérenne pour se développer ou nourrir leur croissance.

LCI : Quel est le profil des entreprises qui s’installent chez WeWork France ?

Séverin NAUDET : La typologie est très variée. Cela va de la banque d’affaire à l’agence de marketing, des entreprises de développement informatiques et des startups de technologie de taille européenne ou mondiale qui ont ici leur siège comme Hotsuite. Il y a aussi des juristes, des cabinets d’expert-comptable, des avocats d’affaire… On a vraiment tous les métiers représentés.

LCI : Que viennent-ils chercher dans ces nouveaux espaces de travail ?

Séverin NAUDET : y a une génération de personnes qui n’a plus envie de se retrouver dans des espaces classiques comme elle en a connus par le passé. Il y a aussi ces trentenaires, large partie de la population active mondiale, qui font autant attention à leur bien-être quotidien, à travailler dans des espaces où ils sont heureux. Ils sont dans une économie de partage et veulent y rester. Aujourd’hui, 60% des 18-30 ans expliquent vouloir être entrepreneurs de leur vie professionnelle, en cherchent un sens. Mais ils sont aussi extrêmement attentifs à leur cadre de vie. Pour plus de 50% d’entre eux, c’est même ce qu’il y a de plus important devant leurs revenus. C’est cette puissance de la communauté WeWork veut illustrer.

LCI : Bureaux à occuper, maintenance à assurer, cours de yoga, petit-déjeuner collaboratif, services financiers de proximité… Vous n’avez pas l’impression d’être le patron d’une entreprise de petites entreprises ?

Séverin NAUDET : Il est très important que chaque entrepreneur installé chez WeWork puisse se concentrer sur son activité, créer le maximum de connexion, présenter ses produits et projets au reste de la communauté tout en ayant accès à des services sans perdre de temps. On sait que, quand les salariés sont heureux, c’est un gain de productivité pour l’entreprise. Le bien-être de chacun est important et tous ces petits moments y contribuent. Les lounges, les cuisines où chacun passe un moment pour se déconnecter sont autant d’instants importants.

LCI : Quel est le modèle économique pour WeWork ?

Séverin NAUDET : Ici les services sont, dans leur quasi-totalité, gratuits. On va toujours faire en sorte que si quelque chose est payant, il soit toujours moins cher que le marché ou à prix coutant pour tous nos membres. On ne gagne pas d’argent sur les services mais le modèle économique est sur les espaces de travail réservés.

LCI : Quelles sont les ambitions de WeWork ?

Séverin NAUDET : Avoir une communauté heureuse, la satisfaire pour qu’elle fasse prospérer son business dans chaque espace WeWork. Mon ambition est d’être sûr que chacun soit bien installé ici et que nos membres soient bien servis. A Londres, il y avait deux espaces à l’ouverture en 2017. Il y en a aujourd’hui 11. Il y en aura entre 17 et 20 ouverts d’ici la fin de l’année. Pas de raison que l’on n’ait pas d’ambitions similaires pour Paris qui est une capitale identique en termes d’innovations et de population. Et pas de raison que les autres grandes villes françaises soient oubliées.

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