100.000 morts du Covid : ce bilan est-il sous-évalué ?

Les données de Santé Publique France ne sont pas exhaustives.

DIVERGENCES - Alors que la triste barre des 100.000 décès a été franchie jeudi 15 avril, se pourrait-il qu'elle soit en réalité déjà dépassée depuis quelques semaines ? C'est en tout cas ce que rapporte l'Inserm, dont la méthode de comptage diffère de celle de Santé Publique France.

Dans les médias, le nombre de décès liés au Covid est annoncé chaque jour en fin d'après-midi. Une communication basée sur les chiffres fournis par l'agence Santé Publique France, qui partage également une série d'indicateurs permettant de mesurer l'évolution de l'épidémie en France. 

Accessibles à tous sur Internet, ces données font froid dans le dos : au 15 avril, la France a dépassé la barre des 100.000 morts, présentant 100.077 décès du Covid-19.

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Alors qu'un hommage aux victimes est envisagé par l'exécutif et que l'épidémie continue chaque jour d'ôter la vie à plusieurs centaines de personnes, la fiabilité de ce triste décompte est remise en cause. Santé Publique France utilise en effet une méthode différente de celle du Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de Décès (CépiDc), une unité dépendant directement de l'Inserm. Celle-ci aboutit à des chiffres supérieurs à ceux de SPF. Le cap funeste des 100.000 morts aurait ainsi été dépassé il y a déjà plusieurs semaines... 

Un décalage dans le temps

Les données de Santé Publique France sont-elles sous-évaluées ? C'est, en creux, ce qu'a expliqué l'épidémiologiste de l'Inserm Jean-Marie Robine. Il a en effet partagé ces derniers jours des éléments collectés par le CépiDc, laissant à penser que cela fait plusieurs semaines que le nombre de victimes du Covid a dépassé les 100.000 en France. Du côté de l'Inserm, les derniers chiffres disponibles faisaient état de 75.732 décès ayant comme cause initiale ou associée de la mort le SARS-CoV-2. C'est supérieur aux 64.632 mis en avant à la même date par SFP. 

Si l'on considère que certaines données restaient à compléter pour novembre et décembre côté Inserm, on peut légitimement estimer que l'écart entre les deux chiffrages s'est confirmé depuis, et donc que le CépiDc ferait état aujourd'hui d'un bilan plus lourd que 100.000 morts. La méthode de comptabilisation du centre présente des avantages et des défauts. À son crédit : une très grande fiabilité, puisqu'elle est basée sur les certificats de décès établis par les médecins. Des documents qui permettent un suivi très fin, quel que soit le lieu du décès où les causes qui ont entraîné sa mort. 

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Si les éléments fournis par le CépiDc sont les plus fiables, pourquoi ne sont-ils pas davantage mis en avant ? Pour une raison simple : le délai de traitement des données est plus long, ce qui entraîne un important décalage entre la mort d'un individu et sa prise en compte dans des bilans de mortalité. Notez que le centre procède à des analyses dès lors qu'il réceptionne au moins 90 % des certificats attendus pour un mois donné. La transmission de ces certificats pouvant parfois s'éterniser, on observe un retard majeur dans la publication des éléments officiels. En cette mi-avril, on remarque ainsi que l'Inserm ne peut pas encore communiquer sur la mortalité des mois de janvier, février ou mars 2021. 

Dans le contexte épidémique actuel, il est tout bonnement impossible de prendre des décisions à partir de données datant de plusieurs mois en arrière. Un constat que les autorités de santé partagent. Si les chiffres du CépiDc se révèlent très précieux à moyen ou long terme, pour étudier en détails des dynamiques territoriales ou l'évolution de pathologies chez certaines classes d'âges  par exemple, elles ne répondent pas au besoin de "sonder" au jour le jour le terrain. C'est pour cette raison que d'autres sources, bien que moins précises, sont utilisées pour évaluer les décès.

Le risque des angles morts

Pour suivre l'épidémie, Santé Publique France s'appuie au quotidien sur de remontées effectuées par les hôpitaux. Et utilise le Si-Vic, acronyme qui désigne le "système d’information pour le suivi des victimes d’attentats et de situations sanitaires exceptionnelles". De quoi disposer jour après jour d'informations, complétées deux fois par semaine par des données relatives aux Ehpad et à des établissements médico-sociaux. L'intérêt de ce système réside évidemment dans la temporalité des remontées. D'une journée à l'autre, il est notamment possible de constater une évolution brusque, que ce soit au niveau des admissions, des décès ou des places occupées en réanimation. Un retour de terrain indispensable afin d'adapter les moyens, de décider de nouvelles mesures ou d'évaluer l'impact d'un variant. 

Le revers de la médaille, en revanche, est à chercher du côté des quelques angles morts du Si-Vic. Les morts à domicile ou dans les unités de soins de longue durée (USLD) passent notamment entre les mailles du filet, alors que le CépiDc va rétrospectivement les comptabiliser. Il n'est donc pas surprenant d'observer des disparités entre les différents bilans, ni de constater que celui de l'Inserm s'avère plus lourd. Il faut aussi souligner que si la comptabilisation de SPF s'avère imparfaite, sa méthodologie demeure constante. À défaut d'offrir une vision exhaustive de l'épidémie, elle permet donc de faire émerger des tendances, et donc de guider l'action publique. Les variations qu'elle met en lumière, au niveau de la mortalité par exemple, se traduisent majoritairement dans les bilans plus fouillés de l'Inserm, publiés plusieurs mois plus tard. 

En résumé, on constate donc que la barre des 100.000 morts du Covid a bien été déjà franchie, et ce, vraisemblablement il y a plusieurs semaines. Santé Publique France n'utilise pas une méthode de comptabilisation aussi fine que celle de l'Inserm, mais la sienne lui permet un suivi quotidien de l'épidémie. Pour accélérer le traitement des données, le CépiDc pourrait s'appuyer sur une méthode de certification électronique des décès. Déjà en place, elle devrait se généraliser dans le futur, mais elle est encore loin d'être totalement adoptée. Aujourd'hui moins d'un décès sur trois en France fait l'objet d'un traitement numérique par un médecin.

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