2 milliards de vaccins pour 450 millions d'habitants : l'UE a-t-elle vu trop grand ?

Ursula Von de Leyen et la Commission européenne sont en première ligne pour les précommandes de vaccins aux laboratoires.

RÉPARTITION - Les instances européennes annoncent avoir sécurisé l'approvisionnement d'environ 2 milliards de doses de vaccins. Un chiffre qui interpelle puisque près de quatre fois supérieur au nombre d'habitants en Europe, mais qui s'explique par plusieurs facteurs.

À l'heure actuelle, malgré des essais cliniques très encourageants pour certains vaccins, aucun ne s'est vu délivrer les agréments nécessaires pour une large diffusion. Conscientes de l'urgences de la situation sanitaire, des institutions comme la Commission européenne ont néanmoins anticipé leur mise sur le marché et ont commandé de très nombreuses doses de vaccins auprès des laboratoires. Aujourd'hui, le chiffre de 2 milliards de doses est ainsi évoqué, et peut surprendre étant donné que l'Union européenne ne compte que 448 millions d'habitants, et que tous ne comptent pas se faire vacciner. A-t-on dès lors eu les yeux plus gros que le ventre du côté des instances européennes ? Pas nécessairement.

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Un tiers des doses sont "optionnelles"

Dans un contexte ordinaire, la Commission européenne n'aurait pas procédé à de telles précommandes, et aurait attendu que des vaccins soient finalisés et mis sur la marché pour se positionner. La pandémie a contraint à revoir cette organisation : les précommandes ont eu lieu en amont, de manière à soutenir les industries du médicament et à assumer une partie des risques financiers liés à l'élaboration de ces vaccins.

Dès lors, comme le confie à LCI une source au sein des instances européennes, "il est possible que certains vaccins se révèlent dans les mois qui viennent pas assez efficaces pour être utilisés à grande échelle". Pour éviter de se retrouver avec un vaccin inutilisable, le choix a été donc été fait de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Jusqu'à présent, six contrats ont été noués avec les laboratoires, le fruit de discussions confidentielles sur lesquelles la Commission se montre très discrète. 

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Acheter plus de doses contribue donc à s'assurer de disposer d'un stock conséquent, même si une partie se révèle non exploitable. Par ailleurs, cette même source fait remarquer que "les contrats signés portent sur un nombre de doses précis, mais qui incluent aussi des doses optionnelles, qui peuvent ou non être achetées en définitive, selon les besoins". En pratique, environ un tiers des doses sont "optionnelles", il convient donc davantage d'évoquer un chiffre de 1,3 milliards de doses pour le moment.

Sécuriser une quantité suffisante de vaccins efficaces

L'un des derniers points à mentionner pour expliquer ces commandes massives vient du fait que "dans les mois qui viennent, il est possible que certains vaccins s'avèrent plus efficaces pour certaines catégories de population". Notre interlocuteur au sein des instances européennes souligne que "si un vaccin apparaît plus efficace qu'un autre sur les personnes âgées par exemple, il pourra être privilégié par rapport à un autre". D'où l'idée, là encore, d'en sécuriser une quantité notable afin de mettre en place au plus vite des stratégies vaccinales efficaces. Si les accords européens prévoient que les différents pays puissent faire parvenir à leurs voisins des doses qui leur étaient initialement réservées, notons enfin qu'il sera également possible d'en transmettre à des pays en développement, dans le cadre de politiques de solidarité. Un surplus de doses en Allemagne, en France ou en Grèce pourrait ainsi transiter à l'avenir vers des États pauvres touchés par l'épidémie.

En résumé, il n'est donc pas surprenant de constater que la Commission européenne précommande des doses de vaccins bien plus nombreuses que l'Europe ne compte d'habitants. Outre le fait qu'une partie de ces commandes soient optionnelles, elles doivent permettre de s'adapter aux besoins des différents pays membres de l'UE, et de prévenir les éventuels écueils rencontrés par une partie des laboratoires dans les procédures d'homologation. Une démarche qui traduit une prise de risque de la part des instances potentiellement coûteuse en comparaison de procédures ordinaires, mais qui est aujourd'hui assumée en raison de l'urgence de la situation sanitaire à l'échelle du continent et du monde. 

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