50.000 morts du coronavirus en France ? Le chiffre troublant d’un chef de service d’urgences

50.000 morts du coronavirus en France ? Le chiffre troublant d’un chef de service d’urgences
Santé

MORTALITÉ – Le coronavirus a-t-il vraiment causé la mort de 30.000 Français à ce jour ? Si le chiffre est souvent remis en cause sur les réseaux sociaux, le chef service d’urgences de l’hôpital Bichat, indique aussi que le nombre de décès pourrait être bien plus élevé.

C’est une petite phrase qui suscite des interrogations : combien le Covid-19 a-t-il fait de victimes en France depuis le début de la pandémie ? Officiellement, selon les chiffres dévoilés lundi 3 août par la Direction générale de la santé (DGS), "30.294 personnes sont décédées" du coronavirus dans le pays. Mais selon le professeur Enrique Casalino, chef du service d’urgences de l’hôpital Bichat (Paris), le nombre de morts pourrait en réalité être beaucoup plus important. "Nous avons eu plus de 30.000 décès officiels", mais "nous allons probablement pouvoir dire qu’il y a eu 50.000 décès en France", a-t-il estimé, lundi 3 aoûtsur LCI.

Comment parvient-il à ce chiffre ? "Durant la période épidémique, il y a eu une surmortalité par rapport au nombre attendu de décès, notamment en Seine-Saint-Denis ou à Paris", élabore-t-il. Dans l’ensemble du pays, il estime la surmortalité à "10.000 ou 15.000 décès en France", qu’il additionne aux 30.000 décès officiels. "Nous devons donc frôler les 45.000 morts."

Des morts indirectes non prises en compte ?

Pourquoi ces 15.000 décès évoqués ne sont-ils pas comptabilisés dans le bilan quotidien de la DGS ? "A priori, les victimes n’ont pas été diagnostiquées au coronavirus", explique le Pr Casalino, "leur première manifestation (de la maladie, ndlr) a été la survenue d’une mort subite liée à un infarctus ou une embolie pulmonaire brutale." Le chef du service d’urgences de l’hôpital Bichat juge également qu’une partie de cette surmortalité est liée "au système de santé, qui était occupé sur le coronavirus et non sur autre chose". Des malades d’autres pathologies seraient donc décédés, faute de prise en charge, et leur mort semblerait donc indirectement liée au coronavirus.

Selon lui, cette méthode de calcul n’est pas valable uniquement pour l’épidémie de Covid-19. "C’est comme pour la grippe", continue le professeur, "elle tue directement 2.000 personnes en une année en France, mais nous savons que la surmortalité est probablement comprise entre 5.000 et 15.000 personnes." Dans ce cas, l’épidémie de grippe saisonnière fait alors entre 7.000 et 17.000 décès par an.

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Cette remise en cause des chiffres de l’épidémie n’est pas une nouveauté. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes doutent des chiffres officiels, les jugeant parfois sous-estimés, ou même gonflés par moment. "Il n’existe aucune preuve que ces décès soient dus au Covid-19 car aucune autopsie n’a été pratiquée", peut-on par exemple lire sur Facebook, alors que les messages dénonçant des chiffres "faux" se multiplient.

Des décès "pas directement imputables au Covid-19", répond la DGS

Mais la Direction générale de la santé confirme bel et bien ses données. "Les décès évoqués par ce professeur ne sont pas directement imputables au Covid-19", répond-elle à LCI, "il y a eu une surmortalité toutes causes confondues en France en ce début d’année, mais il est encore difficile d’en tirer des conclusions." Elle dément les 50.000 décès cités, mais estime qu’elle "ne peut pas se prononcer sur ce chiffre ou un autre", et indique qu’une "évaluation est en cours et devrait être finalisée début 2021 afin de tirer un bilan complet de l’année 2020".

Trois autres institutions comptabilisent le nombre de décès : l’Insee, qui les recense, et l’Inserm et Santé publique France, qui les analysent. Mais là encore, le nombre de 50.000 morts du coronavirus jusqu’alors dans le pays n’est jamais évoqué. "Dès le 1er mars, nous avons comparé la mortalité enregistrée en 2020 à celle des années précédentes", indique Valérie Roux, chef du département démographie de l’Insee sur LCI (voir vidéo en tête de cet article). "Sur la période allant du 1er mars au 30 avril, nous avons mesuré 27.000 décès supplémentaires. Cette surmortalité est la résultante d’un ensemble de phénomènes : l’épidémie, mais aussi les effets liés au confinement, qui ont probablement permis de diminuer la mortalité des jeunes. C’est un chiffre assez cohérent avec les premières estimations de Santé publique France."

"Nous n’arriverons en aucun cas à 50.000 décès"

L’agence sanitaire estime en effet qu’entre le 2 mars et le 31 mai, "l’excès de mortalité en lien avec l’épidémie de Covid-19 se situe entre 25.000 et 30.000". "Cette fourchette témoigne des incertitudes qui demeurent sur l’estimation de cet excès, compte tenu de la survenue concomitante d’une surmortalité, directement et indirectement associée à l’épidémie et d’une sous-mortalité, liée à l’effet protecteur du confinement sur les causes de décès hors COVID-19", indique Santé publique France à LCI.

De son côté, l’Inserm, dont dépend le CépiDC, l’organisme qui établit les causes des décès sur la base des certificats, assure que "le chiffre des 50.000 décès en France n’est ni confirmé, ni avéré". "Le CépiDC ne bénéficie pas encore de toutes les données complètes, mais après avoir recensé 90% des certificats de décès sur la période mars – avril, nous comptabilisons environ 28.000 morts" du coronavirus, nous indique l’Inserm. "Certes, ce ne sont pas des chiffres définitifs, mais nous n’arriverons en aucun cas à 50.000 décès avec ce qu’il reste à analyser."

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L’Inserm assure que les données consolidées sur les conséquences de la première vague de l’épidémie en France pourront être connus "à l’automne", tandis que la DGS encourage les médecins à "l’usage du certificat électronique pour avoir des données fiables de mortalité plus rapidement".

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