500.000 tests par semaine en Allemagne, vraiment ?

En Allemagne, les tests ont été menés à grande échelle très rapidement auprès de la population.
Santé

À LA LOUPE – Alors que l'OMS incite les Etats à procéder à des dépistages massifs du Covid-19, la France affiche un retard en la matière. L'Allemagne, de son côté, indique en réaliser 500.000 en l'espace d'une semaine, un chiffre très élevé mais néanmoins réaliste.

Edouard Philippe l'a annoncé cette semaine, la France va changer son fusil d'épaule en matière de dépistage. La "montée en puissance rapide" annoncée par le Premier ministre doit permettre de multiplier le nombre de tests. De "plus de 20 000 par jour", l'objectif est de passer sous peu à 30.000. Une annonce qui illustre une nouvelle stratégie dans l'Hexagone, en accord avec les recommandations de l'Organisation mondiale de la Santé, qui a exhorté les Etats à recourir massivement aux tests sur les populations. 

À la traîne, la France pourra sans doute s'inspirer de ses voisins, à commencer par l'Allemagne, qui revendique 500.000 tests hebdomadaires. Un chiffre qui interpelle, et qui a surpris Edouard Philippe. Interrogé dans le cadre de la mission d'information parlementaire sur le coronavirus, il s'est demandé si cette quantité de tests était avérée où s'il s'agissait plutôt de projections, de capacités potentielles ou d'un but à atteindre. "Il peut y avoir un décalage entre la réalité de ce qui est fait et l'ambition ou l'objectif affiché", a souligné le chef du gouvernement.

Des remontées de terrain pour étayer les données

Au premier abord, le chiffre de 500.000 tests semble élevé. Il provient pourtant des autorités allemandes, et correspond à l'estimation haute donnée le 26 mars par le ministre de la Santé, Jens Spahn (la plus faible étant d'environ 300.000). "Ceci devrait représenter le plus grand nombre de tests pour un pays dans le monde en chiffres absolus et relatifs", s'est-il réjoui. Il a ainsi confirmé une donnée fournie un peu plus tôt par le chef du département de virologie à l'hôpital de la Charité à Berlin, Christian Drosten.

Ce dernier s'était en effet félicité de la politique de santé publique menée outre-Rhin, dans le contexte actuel de l'épidémie de Covid-19. "La raison pour laquelle l'Allemagne compte si peu de décès par rapport au nombre des personnes infectées peut s'expliquer par le fait que nous faisons beaucoup de diagnostics en laboratoire", a-t-il noté. 

Contacté par Libération à la mi-mars pour obtenir des données, l’Institut Robert Koch (RKI) en charge du suivi des maladies à l'échelle fédérale s'était dit incapable de fournir des éléments concrets. Depuis, il a revu sa copie et a lancé une enquête hebdomadaire auprès des différents laboratoires du pays. Résultat : "l’institut note que durant la semaine du 23 au 29 mars, 143 laboratoires ont répondu avoir effectué 354 521 tests (dont 30 741 se sont révélés positifs)".

En considérant que tous les laboratoires n'ont pas répondu (il y en aurait 200 à 300 susceptibles d'effectuer des tests), les 500.000 tests hebdomadaires n'ont donc rien d'insurmontable pour nos voisins.

Un système de santé mieux organisé ?

L'Allemagne, convaincue de l'efficacité des tests dans sa politique de prévention, ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Un plan d'action réfléchi au sein du ministère allemand de l'Intérieur et révélé par la presse indique que l'objectif pour nos voisins est d'atteindre les 200.000 tests quotidiens à la fin du mois d'avril.

Dans un article récent, France Info rappelait que l'Allemagne faisait partie des pays les plus en pointe en matière de santé publique, en comparaison avec les autres membres de l'OCDE. Outre le nombre de lits d'hôpitaux par habitant, presque deux fois plus élevé qu'en France, elle bénéficie de l'implantation sur son sol des "principaux fabricants mondiaux de respirateurs, Draeger et Löwenstein".

Autre caractéristique du modèle de santé allemand : la recherche est elle aussi soutenue outre-Rhin. Elle n'a ainsi pas à rougir dans ce domaine par rapport aux nations les plus en pointe dans l'OCDE. "Si le pays a été si réactif dans sa politique de dépistage", rappelle France info, "c'est aussi parce qu'on doit la découverte du premier test mondial de détection du Covid-19 à l'un de ses ressortissants, le scientifique Olfert Landt, et son équipe de chercheurs. Le 17 janvier, l'Organisation mondiale de la santé officialisait la validation de ce test, avant même le protocole chinois."

Le chiffre avancé par les autorités allemande de 500.000 tests hebdomadaires est donc fiable. Il reflète la stratégie de nos voisins face à l'épidémie, qui ont mobilisé très tôt leurs ressources pour axer la prévention autour d'un important dépistage. Les investissement consentis depuis plusieurs années dans la recherche et dans le système de santé permettent également aux Allemands de gérer la crise actuelle avec une plus grande sérénité, malgré 1.138 décès déplorés à ce jour.

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