"87% des cancers du poumon pourraient être évités, mais seulement 0,6% des cancers de la prostate"

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ÉTUDE - Selon les derniers chiffres du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l'Organisation mondiale de la santé et de Santé publique France, 40% des cancers seraient "évitables", car causés par le tabac, l'alcool, l'alimentation ou l'obésité. Et les 60% restants ? Une scientifique du CIRC répond.

Quatre cancers sur dix seraient évitables. C'est la conclusion d'une étude publiée ce lundi par Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l'Organisation mondiale de la santé et de Santé publique France. Après avoir étudié les 346.000 cas de cancer diagnostiqués en France en 2015 chez les adultes de plus de 30 ans, les chercheurs indiquent que "142.000 (41%) auraient pu être évités si l'ensemble de la population n'avait pas été exposée aux facteurs de risque étudiés, ou si son exposition avait été limitée".


Ces facteurs de risque étudiés sont au nombre de 13 : "le tabagisme (actif et passif), l’alcool, l’alimentation (par exemple, faible consommation de fruits, légumes et fibres, et consommation importante de viande transformée), le surpoids et l’obésité, une activité physique insuffisante, l’utilisation d’hormones exogènes, les infections, les radiations ionisantes, la pollution atmosphérique, le rayonnement solaire (UV), les expositions professionnelles, une durée d’allaitement de moins de six mois, et l’exposition aux substances chimiques de la population générale (arsenic dans l’eau de boisson et benzène dans l’air intérieur).

Qu'en est-il des 59% de cancers qui n'étaient pas évitables ? Quels sont les cancers qui dépendent le plus de nos choix de vie ou de notre environnement ? Pour répondre à ces questions, LCI a contacté Claire Marant-Micallef, scientifique au Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).

LCI : Pourquoi 59% des cancers ne seraient-ils pas "évitables" ?

Claire Marant Micallef : Nous avons étudié 13 facteurs de risque reconnus cancérogènes, pour lesquels les données nécessaires étaient disponibles (données d’exposition de la population et données de quantification des risques), et qui étaient modifiables. Nos résultats montrent que 41% des cancers pourraient être évités par la réduction de l’exposition de la population à ces 13 facteurs de risque. La part de cancers restante peut s’expliquer par des facteurs de risque qui n’ont pas été inclus dans l’analyse faute de données disponibles, parce qu’ils sont non modifiables, ou encore par des facteurs de risque héréditaires, ou encore inconnus à ce jour.

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Le cancer est une maladie qui se développe lentement, c'est-à-dire qu'il peut se passer dix ans ou plus entre une exposition à un facteur de risque et l'apparition du cancerClaire Marant-Micallef

LCI : Quels sont les types de cancers qui dépendent le moins du mode de vie et de l’environnement ? Y a-t-il malgré tout un moyen de les prévenir ?

Claire Marant Micallef : En effet, selon les localisations de cancers, la part pouvant être évitée varie énormément. Par exemple, 87% des cancers du poumon pourraient être évités, alors que seulement 0.6% des cancers de la prostate et 4% des lymphomes non-Hodgkiniens seraient dus aux facteurs de risque étudiés. Les causes de ce cancer sont encore mal connues, et il faut donc que les recherches continuent pour les identifier et pouvoir mettre en place de futures campagnes de prévention.

LCI : Certaines actions conduites sur le temps long peuvent-elles permettre de rendre évitable une plus grande partie des cancers ?

Claire Marant Micallef : Le cancer est une maladie qui se développe lentement, c’est-à-dire qu’il peut se passer dix ans ou plus entre une exposition à un facteur de risque et l’apparition du cancer. Dans notre étude, nous avons étudié l’effet des expositions telles qu’elles étaient en 2005, sur les cancers observés en 2015, pour tenir compte de ces effets à long terme. Les effets des actions entreprises aujourd’hui seront donc visibles dans plusieurs années seulement. Par exemple, la vaccination contre le papillomavirus entreprise aujourd’hui sera visible dans plusieurs dizaines d’années, lorsque les jeunes filles vaccinées aujourd’hui auraient pu développer un cancer.

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