Les personnes très âgées courent-elles un risque si elles se font vacciner ?

Des précautions sont nécessaires lorsqu'il s'agit de vacciner des personnes très âgées.

CRAINTES - De nombreux internautes craignent que le vaccin soit dangereux, en particulier pour des personnes très âgées. Les autorités sanitaires reconnaissent un manque de recul sur le sujet et tiennent un discours mesuré.

Le début de la campagne de vaccination a débuté voilà déjà plusieurs semaines, ciblant en priorité les personnes âgées et fragiles. Sur les réseaux sociaux, des articles ont été exhumés et très commentés, expliquant que des centenaires, doyens et doyennes de leurs départements, avaient eux aussi reçu une dose du vaccin. Problème : ces personnes seraient décédées quelques jours plus tard, comme en attestent d'autres coupures de presse. 

Le délai réduit entre les injections et la mort de ces personnes au grand âge est interprété par certains comme un signe de la dangerosité du vaccin. LCI a consulté ces différents articles : si la vaccination, comme le décès, de ces personnes centenaires sont avérés, l'enjeu est de déterminer si le vaccin a pu jouer un rôle dans leur mort, et de savoir si ces franges de la population (que l'on sait très fragiles) courent un risque à se faire vacciner.

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Des personnes très fragile, même sans vaccin

Pour tenter d'évaluer la potentielle dangerosité d'un vaccin sur des personnes très âgées, le premier réflexe est de passer en revue les résultats des essais cliniques réalisés par les laboratoires. Problème : parmi les volontaires qui ont pris part à ces tests, on ne recense aucun nonagénaire, et encore moins de centenaires. Pfizer, Moderna et consorts ne disposent pas de données relatives à ces publics, ce que souligne auprès de LCI Cecil Czerkinsky, immunologiste et directeur de recherche à l'Inserm. "Quand vous regardez les protocoles, il n'y a pas d'individus de 90 ans et plus", note-t-il. Globalement, "on manque de données". 

Dans l'idéal, il faudrait à ses yeux pouvoir "observer la mortalité chez ces gens-là si on leur administrait un placébo". Pour ensuite chercher à constater "une différence significative" en matière de mortalité. En pratique, la véritable évaluation des vaccins pour les personnes les plus âgées a débuté avec les premières injections. "Ces vaccins, et en particulier ceux à ARNm qui sont utilisés pour la première fois, nécessitent une pharmacovigilance très soutenue", glisse Cecil Czerkinsky. "De premières données commencent à arriver, et d'autres vont converger à moyen et long terme", note-t-il, estimant qu'il est difficile à l'heure qu'il est de se prononcer sur la question. 

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Ces dernières semaines, des messages postés en lignes affirmaient que les autorités de santé norvégiennes faisaient machine arrière sur le vaccin pour les personnes âgées. Des observations qui avaient été en réalité mal comprises, et que le spécialiste de l'Inserm avait suivies avec attention. "Ils n'ont pas trouvé de différence significative" au niveau du risque encouru suite à la vaccination, analyse-t-il. "Néanmoins, il y a eu quelques alertes, qui poussent à maintenir une vigilance" et à assurer un suivi précis des patients. "Pour la grande majorité des personnes âgées fragilisées, les effets secondaires du vaccin seront plus que compensés par un risque réduit de devenir gravement malade avec le Covid-19", ont précisé les experts norvégiens, rappelant que plus une personne est âgée, plus elle devient fragile et donc vulnérable face au virus.

En France, il faut préciser que l'on compte un peu plus de 4 millions de personnes âgées de 80 ans et plus. 2,1 millions de personnes ont plus de 90 ans, tandis que le nombre de centenaires se révèle beaucoup moins élevés. Un peu plus de 16.000 sur tout le territoire. Des individus qui sont les plus exposés dans le contexte épidémique actuel : LCI indiquait il y a quelques mois que lorsqu'un patient de plus de 90 ans contracte le Covid-19, il succombe du virus dans près de 20% des cas. "Nous ne savons pas encore comment les personnes très âgées et très fragiles tolèrent les effets indésirables. Mais il faut se rappeler que chez ces personnes qui vivent dans un environnement à haut risque de COVID-19, le taux de mortalité est quasiment de 100% si elles contractent l’infection", a insisté il y a quelques semaines Janet McElhaney, gériatre canadienne, professeure à l’École de médecine du Nord de l’Ontario.

La HAS se montre prudente

Que préconisent les autorités de santé en matière de vaccination des personnes très âgées ? Pour le savoir, LCI a pris part à une conférence de presse donnée par la Haute autorité de Santé (HAS) le 12 février. L'occasion d'interroger à ce sujet Élisabeth Bouvet, présidente de la commission technique des vaccinations de la HAS. "C'est une question difficile", admet-elle d'emblée. "Pour les personnes très âgées, on conseille les vaccins à ARN", indique-t-elle, "je pense que c'est vraiment du cas par cas, tout dépend de l'état de santé de ces individus et de leur situation clinique". 

"Je ne suis pas particulièrement inquiète de la dangerosité de ces vaccins, notamment ARN, chez ces patients", poursuit Élisabeth Bouvet. "Bien évidemment, l'espérance de vie et les événements qui peuvent mettre en jeu le pronostic vital chez ces personnes sont extrêmement fréquents, et donc le fait qu'il y ait des décès dans les suites de la vaccination est assez attendu si je puis dire. Cela ne met pas forcément en cause la vaccination." En conclusion, elle estime qu'il faut rester prudent, car "on ne peut pas être péremptoire et dire qu'il ne faut pas vacciner ces personnes. De la même manière, sans doute ne faut-il pas les vacciner tous." Et de rappeler l'importance de s'appuyer sur le désir ou non des intéressé(e)s de se voir vacciner, ainsi que du rôle des médecins, qui connaissent leurs patients et peuvent les aiguiller. 

"Il y a une possibilité que les effets indésirables communs, qui ne sont pas dangereux chez les patients plus jeunes et en meilleure santé et qui sont fréquents avec les vaccins, aggravent une maladie préexistante", a pour sa part estimé un responsable de l'Agence norvégienne du médicament. À Oslo, l'Institut national de santé publique estime que "pour ceux qui ont une durée de vie restante très courte, le bénéfice du vaccin peut être marginal ou non pertinent. Pour les patients très fragiles (par exemple, équivalent à l'échelle de fragilité clinique 8 ou plus) et les patients en phase terminale, un équilibre soigneux entre les avantages et les inconvénients de la vaccination est donc recommandé."

En résumé, il est donc très difficile aujourd'hui d'évaluer les potentiels risques d'une vaccination pour des personnes très âgées. Si elles sont davantage vulnérables aux effets secondaires et qu'elles n'ont pas pris part aux essais cliniques, rien ne permet aujourd'hui d'affirmer que le vaccin serait particulièrement dangereux pour elles. Les ravages effectués par le virus chez les plus de 90 ans pousse par ailleurs à penser que le bénéfice-risque penche en faveur de la vaccination, ce que les données récoltées dans les mois qui viennent viendront confirmer ou infirmer. En France, la pharmacovigilance est assurée par l'Agence nationale de sécurité du médicament, qui récupère des millions de données et se charge du suivi des éventuels effets secondaires. Si elle constate des risques spécifiques à certaines classes d'âge, elle sera amenée à effectuer des recommandations, que ce soit en conseillant un vaccin spécifique à des publics précis, ou à le déconseiller à des personnes jugées à risque. Quoi qu'il en soit, le choix de se faire vacciner ou non revient aux individus concernés,  le tout avec l'assistance de médecins capable d'évaluer l'état de santé et la résistance de chaque personne.

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