À Marseille, la communauté comorienne est-elle particulièrement touchée par le Covid-19 ?

L'épidémie touche très fortement la communauté comorienne, rapportent plusieurs médecins marseillais.
Santé

À LA LOUPE – Un médecin généraliste marseillais alerte les membres de la communauté comorienne, très implantée dans la ville. Elle ferait en effet face à de très nombreux cas de contamination au Covid-19. Est-ce avéré ? Peut-on l'expliquer ?

C'est avec un ton grave, vêtu de sa tenue de médecin, que le docteur Slim Hadiji a pris la parole il y a quelques jours. Ce généraliste et urgentiste, qui travaille comme il le dit lui-même dans le 13e arrondissement de Marseille, s'est enregistré face caméra dans une vidéo à l'attention de la communauté comorienne. Cette dernière, explique-t-il, est particulièrement touchée dans la ville par l'épidémie de Covid-19. "Les services de réanimation", assure le médecin, "sont malheureusement remplis aux trois quarts de patients comoriens". 

Dans cette allocution de deux minutes, relayée sur les réseaux sociaux et via Youtube à la diaspora, Slim Hadjli invite la communauté comorienne de Marseille à éviter tous les rassemblements, que ce soit des mariages ou des prières collectives. "L'heure est grave", assène-t-il. 

Des remontées de terrain concordantes

Dispose-t-on de chiffres officiels permettant d'évaluer l'impact du Covid-19 sur les Marseillais(es) d'origine comorienne ? "Pas du tout", tranche l'Agence régionale de Santé de PACA, et pour cause : "il est interdit d'effectuer des comptabilisations sur la base de données ethniques ou liées à l'origine des patients". Pour autant, l'ARS admet que plusieurs remontées de médecins mettent en avant cette forte représentation parmi les personnes touchées. 

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Slim Hadjli, dans un entretien à 20 Minutes, a expliqué sa démarche : "Sur 55 dépistages que j’ai faits chez mes patients d’origine comorienne, 34 étaient positifs au Covid-19. Mon associé comorien a fait exactement le même constat, ainsi que mes confrères de l’hôpital Nord, de l’hôpital Européen et de Laveran." Il lui a ainsi semblé essentiel de prendre la parole, et d'alerter : " Soit j’assumais, soit je fermais ma gueule. J’ai pris les devants en mettant en garde, sans à aucun moment vouloir stigmatiser."

Le généraliste donne quelques pistes pour tenter d'expliquer cette recrudescence des cas au sein de la diaspora, et met par exemple en avant la persistance de certains rassemblements s'inscrivant dans les traditions comoriennes, de nature culturelle ou religieuse. Ce message d'alerte a eu un retentissement important, puisqu'il a notamment suscité une réaction du député LREM des Bouches-du-Rhône Saïd Ahamada, lui-même d'ascendance comorienne.

L'élu a souligné que la vidéo avait "le mérite d’informer et d’alerter", mais a regretté une forme de stigmatisation. D'autant plus que désormais, "plus aucun mariage n’est célébré" souligne-t-il, estimant que la communauté comorienne respecte les consignes de confinement. Contactée par LCI, la préfecture n'a pas eu écho de rassemblement particulier impliquant des membres de la diaspora.

Un éveil des consciences

Comptant près de 100.000 personnes à Marseille, la communauté comorienne se réunit à travers diverses associations, mais également en ligne. À travers des Facebook live, le journaliste et entrepreneur Ben Amir Saadi transmet par exemple des messages de prévention. Le week-end dernier, il a ainsi réuni en direct un médecin généraliste et un imam, deux relais précieux pour s'adresser aux membres de la diaspora et à leurs proches. 

Le docteur Said Abdou Chakour, au cours des échanges, confirme les propos de son confrère, et suggère que les contaminations ont sans doute été nombreuses avant que ne soit décrété le confinement. "La maladie était déjà présente", note-t-il, "elle circulait." Si des directives étaient mises en place pour "diminuer le nombre de rencontres, ça n'a jamais été respecté scrupuleusement par notre communauté", estime-t-il. 

Pour Ben Amir Saadi, qui anime la discussion et pose des questions à ses invités, il faut avant tout mettre en œuvre une sensibilisation, sans "indexer" une communauté toute entière. Les Marseillais d'origine comorienne, poursuit-il, ont "des habitudes, des us et coutumes qui ont certainement favorisé la propagation de la maladie". Si chez les jeunes, les outils de communication permettent d'éviter facilement les rassemblements, ils ne sont pas forcément aussi utilisés chez les plus âgés. Des aînés qui s'exposent d'autant plus en se retrouvant qu'ils font partie des patients les plus à risque face au virus. 

En résumé, même si aucune statistique officielle ne permet d'évaluer avec précision la proportion des personnes d'origine comorienne dans les hôpitaux marseillais, une série de témoignages permettent d'observer qu'il s'agit d'un phénomène avéré. Au sein de cette communauté ainsi que dans les médias, les messages de prévention sont d'ailleurs partagés en nombre ces derniers jours afin d'éviter que le Covid-19 ne poursuive sa propagation. 

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