Le coronavirus fait-il 6000 fois moins de morts en France que le cancer ou 3000 fois moins que le tabac ?

La prise en charge des patients suspectés de développer le coronavirus fait l'objet de précautions considérables.
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Coronavirus : la pandémie qui inquiète la planète

À LA LOUPE – Des messages massivement relayés en ligne cherchent à relativiser la mortalité du coronavirus par rapport à d'autres causes de décès. Peut-on se fier à ces données et effectuer ce genre de comparaisons ?

Le coronavirus - ou COVID-19 -, serait-il finalement plutôt inoffensif ? Voilà en substance l'arrière-pensée qui se cache derrière un tweet largement relayé depuis 24 heures. En moins d'une journée, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont en effet diffusé les chiffres postés par un internaute, comparant le nombre de morts en France dus au coronavirus et ceux liés à d'autres causes.

Cette publication fait état de 4 personnes décédées dans l'Hexagone, un chiffre qui était valable au moment de la publication (2 nouveaux décès sont depuis à déplorer). Mais qu'en est-il des morts imputables au cancer ou aux accidents de la route depuis le 1er janvier, mis en avant pour minorer l'impact du virus ?

Les chiffres avancés sont très proches de la réalité

Afin de vérifier les données partagées dans ce tweet, il faut retrouver à chaque fois une source fiable permettant d'attester du nombre de décès avancé. En utilisant, dans la mesure du possible, les données les plus récentes, au mieux pour l'année 2019. L'étape suivante consiste à obtenir un nombre moyen de décès par jour en divisant par 365, puis de multiplier par le nombre de jours écoulés depuis le 1er janvier, soit 64. 

Cancers

L'auteur du message indique que 24.790 personnes seraient décédées d'un cancer depuis le début de l'année. Grâce aux éléments fournis par l'Institut national du cancer (INCa), on constate qu'en 2018 157.400 décès ont été imputés au cancer dans notre pays, soit plus de 400 chaque jour. 

Le bref calcul détaillé plus haut permet d'estimer à presque 27.600 le nombre de personnes décédées depuis le début de l'année des suites d'un cancer. Le chiffre avancé dans le tweet est donc assez proche de la réalité, et même quelque peu minoré. 

Maladies cardiovasculaires

Si l'on en croit le ministère de la Santé, "malgré quatre décennies de baisse de mortalité et morbidité grâce à la prévention et aux progrès thérapeutiques, les maladies cardio-neurovasculaires restent à l’origine d’environ 140.000 morts par an". En suivant cette estimation, on aboutit à un total de 24.5000 morts depuis le début de l'année. Là encore, nous sommes très proches des chiffres avancés dans le tweet, et même un peu au-dessus.  

Tabac

Parmi les causes de décès listées par le message, certaines se recoupent. C'est le cas pour le tabac, responsable de nombreux cancers et dont les victimes peuvent apparaître dans plusieurs catégories statistiques. On lui attribue généralement 75.000 décès annuels en France, un bilan partagé par l’agence sanitaire Santé publique France.

Rapporté aux 64 premiers jours de l'année, cela correspond à 13.150 décès, soit un peu plus que les 12.500 relayés sur le réseau social. 

Accidents de la route

Le dernier baromètre mensuel de l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière porte sur le mois de janvier 2020. Il fait état de 276 décès sur les route de métropole et d'outre-mer. Si l'on se base sur les données 2019 pour compléter l'estimation depuis le 1er janvier et jusqu'au 4 mars, on aboutit à 591 décès.

L'estimation qui évoquait 583 accidents de la route mortel, s'avère une fois encore très proche de ce résultat. 

Meurtres

Le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) a communiqué en janvier sur le nombre d'homicides commis en 2019. À la hausse, il s'établit à 970 à l'échelle du territoire. Les projections sur le début de l'année 2020 permettraient d'aboutit à 170 morts, 9 de plus que ceux mis en avant dans la publication Twitter relayée depuis mercredi.

En conclusion, on peut observer que les données fournies par cette comparaison se montrent très fiables, même s'il convient de rappeler qu'il ne s'agit à chaque fois que d'estimations sur la base des observations effectuées lors des précédentes années. 

Une comparaison pas forcément judicieuse avec le coronavirus

Comparé à ces diverses causes de mortalité, le coronavirus et ses quelques morts sur le sol français pourrait presque sembler inoffensif. Toutefois, si les chiffres avancés sont dignes de confiance, il faut les analyser avec certaines réserves. 

De fait, le Covid-19 n’est pas la grippe : "Le taux de mortalité est d’environ 3%. C’est moins que le Sras (10%) mais bien plus que la grippe (0,1%)", indique à LCI Etienne Decroly, directeur de recherche au CNRS.  

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L'inquiétude provient également de l'absence de vaccin ou de remède infaillible, qui fait craindre à tout un chacun une contamination. Enfin, la propagation du virus à travers l'Asie puis le monde joue sans aucun doute un rôle dans les inquiétudes qui naissent au sein de la population. La contagiosité du COVID-19, proche de celle du Sras selon des chercheurs chinois, demeure toutefois inférieure à celle de la rougeole, particulièrement virulente.

Si les mesures de dépistage et de prise en charge des patients contaminés à pour le moment permis d'éviter des vagues de décès, la prolifération du virus en France et la multiplication des cas risquent de faire augmenter le nombre de victimes. Les personnes âgées sont, comme pour la grippe saisonnière, les plus touchées. 

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