A-t-on vraiment moins de chances de mourir du Covid que de voir la Terre frappée par un astéroïde ?

Les décès liés aux astéroïdes sont infiniment peu nombreux.

CALCULS SAVANTS - En ligne, des publications cherchent à relativiser la dangerosité du Covid en utilisant des calculs de probabilité relatifs aux chutes de corps célestes sur Terre. Une argumentation pour le moins douteuse.

Malgré les témoignages, malgré les statistiques quotidiennes, la tendance à relativiser l'impact de l'épidémie persiste. Sur les réseaux sociaux, cela se traduit par la mise en ligne de contenus qui tournent en dérision la mortalité liée au Covid-19, notamment par l'utilisation de chiffres et par des comparaisons avec d'autres sources potentielles de décès. 

C'est notamment le cas ces derniers jours avec un message Facebook : citant "la Nasa", il indique que le risque que la Terre soit frappée par un astéroïde est de 0,042%. Au contraire, "les chances de mourir de la Covid sont de 0,026%". Conclusion ? Il "serait peut-être temps de remplacer votre masque par un casque". Un trait d'humour qui s'appuie sur des données trompeuses.

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Inutile de se méfier des astéroïdes

Pour vérifier les éléments, avancés par cette publication, il faut d'abord retrouver les traces des données prêtées à la Nasa. Aucune ne vient semble-t-il attester de la probabilité d'impact de 0,042%, mais quelques recherches permettent de trouver la source de cette affirmation. Il s'agit en réalité d'une référence à un astéroïde connu sous le nom de 2018VP1, et que les équipes de la Nasa suivaient avec attention dans le courant de l'année passée. Le risque qu'il entre en collision avec la Terre au tout début du mois de novembre était évalué à 0,041%. Ce que relatait par exemple la presse britannique.

La Nasa surveille de près les impacts potentiels des corps célestes qui se rapprocheraient de la Terre, et propose d'ailleurs sur son site de visualiser les prédictions de chocs avec notre planète, ainsi que les dates auxquelles ils pourraient survenir. L'agence spatiale américaine, en revanche, ne cherche pas à déterminer la probabilité que des météorites arrivent sur Terre. Et pour cause : il s'agit d'événements fréquents. Aux États-Unis, le National Research Council (NRC) rapporte qu'environ 100 tonnes de "très petits objets", essentiellement sous forme de poussière, tombent sur Terre chaque jour. Toujours outre-Atlantique, le Planetary Science Institute, centre de recherches basé dans l'Arizona, évalue pour sa part à 500 environ le nombre de météorites tombant à la surface de notre planète chaque année. Moins d'1% étant d'ailleurs récupéré. 

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De manière générale, les risques liés aux chutes de météorites sont infimes. Aucun décès n'est ainsi rapporté lors des dernières décennies, même si de nombreux exemples de blessures sont à noter. National Geographic National Geographic rappelle qu'une grande météorite a explosé en Russie en 2013, avec une force estimée de 20 à 30 fois celle de la bombe de Hiroshima. 1.200 personnes ont été blessées, essentiellement à cause de verre brisé. Faute de données mettant en avant les risques de décès liés à ces chutes de corps célestes, il est particulièrement difficile d'évaluer des probabilités de décès. Tout au plus, peut-on citer les estimations d'un chercheur, qui partage une fourchette très large : entre  une chance sur 3.000 et une chance sur 250.000. Soit respectivement 0,00033% et... 0,000004%. 

Les chances de mourir du Covid varient énormément

Si les risques de mortalité lié à des météorites apparaissent véritablement négligeables, qu'en est-il de ceux concernant le Covid ? Contrairement aux chutes d'objets venus de l'espace, qui peuvent toucher des individus sans distinction, d'âge, d'origine ou d'état de santé, le virus se révèle bien plus dangereux pour certains individus que pour d'autres. La classe d'âge la moins vulnérable, nous expliquent les autorités de santé américaines, est celle des 5-17 ans. On apprend par ailleurs qu'en comparaison, les personnes de 50 à 64 ans ont 400 fois plus de risques de décès en moyenne, tandis que celles de plus de 85 ans ont 7900 fois plus de risques. 

De fait, on se rend bien compte qu'évaluer les chances de mourir de manière générale à cause du SARS-CoV-2 n'a pas véritablement de sens. Une estimation du risque doit forcément tenir compte de l'âge, mais aussi d'une multitude de critères relatifs à la santé, aux origines ou à la morphologie. Est-on un homme ? Une femme ? En surpoids ou plutôt maigre ? A-t-on des antécédents cardiaques ? Des problèmes respiratoires récurrents ? Des pathologies chroniques ont-elles été enregistrées dans notre famille par le passé ? 

Partant de ce principe et s'appuyant sur toutes les études scientifiques qui ont évalué les facteurs de risques chez des patients atteints du Covid, des chercheurs de l'Université d'Oxford ont mis au point un outil surprenant. Il permet en effet d'évaluer en ligne le facteur de risque pour un individu en fonction d'une série d'informations renseignées préalablement. Un site que ses concepteurs incitent à utiliser avec prudence et qui ne peut en aucun cas faire office de diagnostic ou de prédiction médicale, mais qui se trouve toutefois en mesure de signifier à quelqu'un le degré de risque qui est le sien par rapport à d'autres personnes. La trentaine, en bonne santé, on peut ainsi (en théorie bien sûr) tabler sur un risque 0.0003%, soit une chance sur 333.333 de développer une forme mortelle. Une probabilité qui n'aura bien entendu rien à voir avec celle d'un parent ou d'une personne âgée octogénaire.

Une comparaison hasardeuse

Notons enfin que si les risques de décès peuvent parfois sembler faibles, ils ne traduisent pas le taux de létalité du virus. Quand le taux de mortalité, qui compare le nombre de morts à la population globale d'un pays est en France actuellement de 0,13%, le taux de létalité cherche pour sa part à évaluer la proportion de décès parmi les gens qui ont effectivement été contaminés. Plus délicat à calculer, il est évalué à environ 1%. Une moyenne qui ne reflète pas les immenses disparités entre les classes d'âges : comme LCI le montrait en novembre, les personnes de 90 ans et plus ont presque une chance sur 5 de mourir si elles attrapent le virus.

En résumé, il est donc totalement hasardeux de comparer les risques encourus face au Covid ou aux astéroïdes. Si des corps célestes sont retrouvés tous les ans sur Terre, les décès qui leur sont imputés se comptent sur les doigts d'une seule main. Si le Covid épargne en grande majorité les plus jeunes, il est toutefois problématique de minorer sa mortalité. Les risques de contracter une forme grave sont en effet très largement accrus avec l'âge et rendent le virus particulièrement dangereux pour les plus de 80 ans. 

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