Abandon de Pasteur : "Le vaccin ne dit pas grand-chose de l’état de la recherche française", selon le virologue Yves Gaudin

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ENTRETIEN – Que dit l’arrêt par Pasteur de ses essais cliniques d’un vaccin contre le Covid-19 ? Le virologue Yves Gaudin fait le point pour LCI sur cette annonce et sa signification pour la recherche française.

L’annonce par l’institut Pasteur de la suspension d’un de ses candidats vaccins contre le Covid-19, moins efficace qu’espéré, repousse un peu plus l’espoir de voir rapidement un antidote français sur le marché. "C'est une triste nouvelle pour les équipes qui se sont impliquées ces douze derniers mois dans le développement de ce candidat vaccin. C'est une vraie déception", a souligné le directeur scientifique de Pasteur, Christophe d’Enfert, lundi 25 janvier sur LCI. Que penser de cet abandon ? Que dit-il de l’état de la recherche française ? Yves Gaudin, virologue et directeur de recherche au CNRS, nous apporte son éclairage. 

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LCI : L’abandon de Pasteur peut-il être considéré comme un échec dans la stratégie française ?

Yves Gaudin : Cela fait partie des événements qui sont très médiatisés mais qu’il faut relativiser. Pasteur n’est pas le seul qui renonce dans sa recherche d’un vaccin, c’est quelque chose de normal. Rappelons que l’on a eu plusieurs centaines de vaccins qui sont entrés en phase clinique dans le monde. Combien sont arrivés à terme ? Quand on fait de la recherche, par définition, on ne sait pas ce qu’on va trouver. C’est très courant d’arrêter des essais cliniques. Pasteur arrête d’ailleurs relativement tôt. Notons quand même qu’ils poursuivent leur recherche sur deux autres projets vaccinaux.

LCI : Qu’est-ce que cet abandon signifie pour la recherche française ?  

YG : Il y a un déclin de la recherche française. Faute d’investissements suffisants, nous perdons du terrain dans le classement mondial. Il y a un risque qu’à terme, nous ne soyons plus un grand pays de recherche. Il n’y a néanmoins pas de lien direct avec le fait que Pasteur et Sanofi ne parviennent pas à trouver un vaccin. Dans le monde, le petit nombre de groupes qui travaillaient avant la crise sur les coronavirus ont forcément tiré leur épingle du jeu. Par exemple, Berend Bosch (un chercheur néerlandais, ndlr) travaillait depuis vingt ans sur ce type de virus. David Veesler (un chercheur français travaillant aux États Unis) avait lui aussi travaillé sur la protéine Spike chez d’autres coronavirus. Ils avaient les outils pour aller très vite.

L’impact exact de cette baisse de financement sur la recherche française durant cette crise est difficile à évaluer- Yves Gaudin

LCI : La France n'a donc pas su tirer son épingle du jeu ?

YG : L’échec du vaccin de Pasteur est un épiphénomène, qui ne dit pas grand-chose sur l’état de la recherche française. Si l’on peut pointer quelques faiblesses de la recherche dans cette crise, il y a d’abord un moindre investissement dans certains domaines : nous sommes sous-équipés en matière de microscopes électroniques de dernière génération qui ont été largement utilisés dans cette crise dans la détermination des structures des protéines de SARS-CoV2. Là, il y a eu un manque d’investissement qui a été préjudiciable. Ce n’est pas nouveau que les financements dans la recherche française soient faibles. Les chercheurs tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs années. Si on regarde les chiffres, la France prend du retard par rapport à ses voisins comme l’Allemagne. Néanmoins l’impact exact de cette baisse de financement sur la recherche française sur le Covid durant cette crise est difficile à évaluer.

Il y a ensuite une vraie difficulté à faire collaborer des scientifiques académiques, des industriels et des investisseurs. Ces différents mondes se parlent peu, voire ont un certain mépris l’un pour l’autre. C’est peut-être lié à notre culture française avec des rivalités qui sont inhérentes à un système d’enseignement supérieur qui s’appuie à la fois sur les universités et les grandes écoles dont les cultures sont très différentes. C’est beaucoup moins vrai en Allemagne ou en Angleterre. Par ailleurs, il existe une certaine lourdeur quand il s’agit de lever de l’argent très vite. Dans de nombreux domaines, on est obligés de céder, faute d’argent, de moyens.

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LCI : On parle beaucoup du vaccin et moins d’un traitement contre le Covid-19. Où en est la recherche pour un traitement ?

YG : Les stratégies vaccinales sont plus faciles à définir et s‘appuient sur une bonne compréhension de ce qui fait un "bon" vaccin. Pour les traitements, c’est plus compliqué et il n’y avait pas vraiment eu de recherche de molécules antivirales ciblant les coronavirus avant cette crise. Un traitement, ce n’est pas simple : soit la molécule est déjà mise sur le marché et on va la tester. C’est la stratégie du repositionnement qui n’a pas marché à ce jour. Soit on doit développer de nouveaux traitements. Pour les virus que l’on connait, comme le sida ou l’hépatite C, on a dû développer de novo des molécules actives. Il a donc fallu des recherches spécifiques. 

Le problème, c’est qu’il faut ensuite tester la toxicité de ces molécules. Avant de les donner massivement à la population, il faut être sûr de l’absence d’effets secondaires. On a moins de recul que pour les vaccins. Chaque molécule est différente des précédentes. Où en est la recherche française dans ce domaine ? C’est difficile à dire. Mais, sur ce sujet, c’est compliqué dans le monde entier. En tout cas, personne n’a abandonné l’idée de développer une molécule anti-coronavirus.

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