Alcoolisme : le baclofène reçoit un feu vert temporaire

Alcoolisme : le baclofène reçoit un feu vert temporaire

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MEDICAMENT – L'Agence du médicament a donné son feu vert vendredi matin à une autorisation temporaire de la prescription du baclofène contre l'alcoolisme. Ce décontractant musculaire serait déjà utilisé comme traitement par environ 50.000 buveurs excessifs.

Le médicament est prescrit depuis près de cinquante ans, mais est largement détourné de son utilisation initiale depuis plusieurs années. Le baclofène, un décontractant musculaire, serait consommé par près de 50.000 buveurs excessifs et prescrit par 7000 médecins pour lutter contre l'alcoolisme. Une popularité croissante qui pousse les autorités sanitaires à se saisir du dossier : jeudi, il était ainsi à l'ordre du jour d'une réunion de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil).

Celle-ci devait donner son accord pour la mise en place, pendant trois ans, d’une Recommandation temporaire d'utilisation (RTU, voir encadré) par l'Agence nationale de la sécurité des médicaments (ANSM). C'est chose faite : l'ANSM a annoncé vendredi matin que le baclofène était officiellement autorisé de façon temporaire. A la clé, un meilleur suivi des patients et la possibilité de mieux cerner les enjeux d’un traitement encore mal connu.

Une balance bénéfice-risque positive

C'est en 2008 que le baclofène arrive sur la scène médiatique : le cardiologue Olivier Ameisen, alcoolique de son état, sort un livre intitulé "Le dernier verre", dans lequel il raconte comment il s'est sevré en quelques mois en s'auto-prescrivant le décontractant à fortes doses. Son témoignage va avoir un écho retentissant, et de plus en plus de médecins vont rallier sa cause, même si certains restent sceptiques. Une méfiance appuyée par les 400 effets indésirables recensés par l'ANSM en 2012, alors que la renommée du baclofène est à son apogée. "Indiscutablement, ce médicament a un potentiel thérapeutique, mais sa tolérance et son innocuité doivent être précisées", souligne auprès de metronews le docteur Alain Rigaud, psychiatre et alcoologue, qui admet en prescrire "en dernier recours, quand les autres traitements n'ont pas fonctionné".

Certes, "100 % des patients ont des effets indésirables, mais ce sont des effets pour la plupart mineurs, et l’on commence tout juste à affiner la posologie", tempère de son côté le docteur Bernard Granger, professeur en psychiatrie à l'université Paris-Descartes, qui juge la balance bénéfice-risque largement positive. Pour le spécialiste, il existe certes d’autres méthodes, "mais elles n’ont pas fait leur preuve", à l’image des cures d’abstinence. Quid du namélfène, nouvelle molécule qui vient d’obtenir l’AMM européen ? La Haute autorité de santé (HAS) et la revue médicale Prescrire ont déjà fait savoir que son efficacité était sans doute bien moindre que le baclofène. Toujours est-il que ce nouvel arsenal thérapeutique représente bel et bien un nouvel espoir pour les quelque 2 millions d’alcoolo-dépendants français.

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