Alerte aux opérations chirurgicales inutiles : "Nous ne sommes pas égaux face à la maladie, selon l’endroit où nous habitons"

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SANTÉ - La Fédération Hospitalière de France tire (une fois de plus) la sonnette d’alarme : certains chirurgiens opèrent parfois sans réelle justification. Une nouvelle étude, dont le JDD se fait l'écho, révèle de grandes disparités géographiques. En cause : la pression des malades, l’appât du gain mais aussi le système de financement des hôpitaux et cliniques.

 Chiffres à l’appui, le président de la Fédération Hospitalière de France (FHF) tente d’alerter l’opinion publique : "Nous ne sommes pas égaux face à la maladie, selon l’endroit où nous habitons". La probabilité qu’une femme subisse une césarienne  est ainsi vingt fois plus importante d’un département à l’autre. Alors que dans les Landes, en Haute-Corse ou dans la Vienne, on en comptabilise 149 pour 100.000 habitants, ce nombre grimpe à 308 dans l'Aisne, dans les Yvelines ou dans les Alpes-Maritimes. Le nombre de praticiens n'y change rien : ainsi à Paris, la pratique des césariennes reste assez modérée, en dessous de la moyenne nationale (217). Et les écarts géographiques se creusent encore un peu plus que l'on accouche dans le privé ou non : 40% des 144.000 césariennes sont programmées en clinique, contre seulement 30% dans le public.


Une disparité qui ne se limite pas à cette seule opération : pour un pontage coronarien - qui représente une lourde opération cardiaque -, les écarts peuvent être cinquante fois supérieurs. Mais ces données tirées de la base hospitalière PMSI (programme de médicalisation des systèmes d’information) et que dévoile le JDD ne font que confirmer de mauvaises pratiques bien connues dans le milieu médical : certains chirurgiens opèrent trop vite ou tout simplement trop. "Notre travail montre qu’il y a un problème d’actes inutiles en France", rapporte Frédéric Valletoux. Les médecins eux mêmes le reconnaisssent : 88% d'entre eux disent avoir déjà prescrit certains actes ou examens, qui leur paraissaient après coup, injustifiés, selon un sondage Sodexa mené en novembre.

Autrefois, on pratiquait trop d’interventions dans le privé mais pas dans le public. Aujourd’hui, un chirurgien hospitalier qui n’utilise pas assez son bloc opératoire perd des infirmiers dans son service donc il préfère pousser la machine.Israël Nissand (CHU de Strasbourg) au JDD

Comment l'expliquer ? Certains y voient le résultat de la pression des malades qui souhaitent être rassurés ou retourner au travail plus rapidement, d'autres tout simplement par l'appât du gain. Et ces dernières années une troisième raison est apparue : le système économique des établissements médicaux. Leur système de tarification pousserait les médecins à multiplier les actes pour ne pas voir ses budgets s’effondrer. "Autrefois, on pratiquait trop d’interventions dans le privé mais pas dans le public", observe ainsi Israël Nissand, responsable de maternités au CHU de Strasbourg, cité par le journal dominical. "Aujourd’hui, un chirurgien hospitalier qui n’utilise pas assez son bloc opératoire perd des infirmiers dans son service donc il préfère pousser la machine." Et cela n'est pas sans conséquence : certaines opérations lourdes peuvent être risquées, sans coûter le coût financier supporté par la Sécurité Sociale, autrement dit les Français. La Haute autorité de santé estime que 25% des dépenses de l’assurance-maladie sont injustifiées. Ce n'est pas rien.

Vers une meilleure régulation ?

La FFH préconise de réguler la qualité des soins. Des ajustements simples peuvent être envisagés, par exemple un second avis médical obligatoire en cas d'acte chirurgical libre. 58% des Français y sont déjà favorables.

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