Après un an de Covid-19, que sait-on de l'efficacité du masque en extérieur ?

Après un an de Covid-19, que sait-on de l'efficacité du masque en extérieur ?

LES VÉRIFICATEURS AVEC L'INSERM – Des propos du ministre de la Santé sont présentés comme la preuve que rien ne justifie scientifiquement le port du masque à l'extérieur. LCI fait le point.

Soucieuse de lutter au quotidien contre les fausses informations, l'équipe des Vérificateurs a noué un partenariat avec l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Objectif : interroger les chercheurs les plus aguerris et répondre aux questions que se posent les internautes sur le coronavirus et la vaccination. À votre écoute, nous sommes d'ailleurs joignables grâce à l'adresse mail suivante, à laquelle nous interroger : lesverificateurs@tf1.fr.

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Aujourd'hui, c'est un sujet épineux qui est au menu, celui du port du masque à l'extérieur. Devenu une habitude au fil des mois, il reste contraignant pour beaucoup, qui aimeraient s'en affranchir lorsqu'ils se promènent dans la rue. Mais son port reste aujourd'hui une bonne partie du territoire, il est pourtant défendu de s'aventurer dehors sans masque, et les autorités ne manquent pas de réaffirmer les règles en vigueur. Sur France 2 le 1er mars, le ministre de la Santé Olivier Véran a répondu à un téléspectateur demandant si le masque à l'extérieur était "vraiment indispensable". Il l'est "partout où il a été décidé qu'il l'est", a-t-il lancé. Ce message est mal passé sur Facebook : "Il avoue donc clairement que ces décisions ne sont basées sur aucune base scientifique, mais qu’il faut obéir parce que c'est la loi", écrivent des internautes remontés. 

"On ne peut qu'être gagnant" à le porter

Afin de faire le point sur l'avancée des connaissances relatives à l'efficacité du masque en extérieur, LCI a sollicité Jean-Christophe Lucet. Responsable de l'équipe de prévention du risque infectieux (EPRI) à l'hôpital parisien Bichat, il est également membre de l'unité Infection, antimicrobiens, modélisation, évolution (IAME) de l'Inserm. En préambule, il rappelle que "ce que l'on sait aujourd’hui avec certitude, c'est que le port du masque réduit le risque de transmission lorsqu'il est porté en intérieur". Ce qu'ont notamment prouvé des travaux menés par l'Institut Pasteur et qui explique que "les restaurants demeurent fermés à l'heure actuelle".

En revanche, en extérieur, "les choses sont beaucoup plus incertaines", reconnaît ce spécialiste, sachant que la littérature scientifique à ce sujet se révèle assez réduite. L'efficacité va "dépendre de beaucoup de facteurs", la circulation du virus étant influencée par le fait que "les gouttelettes qui sont émises, petites ou grosses, vont être diluées assez rapidement dans l'atmosphère". En particulier en cas de vent. Par ailleurs, il faut souligner qu'il y a "des conditions favorables pour qu'un virus persiste dans l'air : quand il fait froid et sec". Lorsque le temps est humide, "les particules vont s'assécher beaucoup moins vite et vont donc retomber beaucoup plus rapidement".

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Le risque lié à la circulation du virus en extérieur, poursuit Jean-Christophe Lucet, "est étroitement dépendant [...] de la manière dont les gens seront proches ou non". Il serait en effet peu pertinent de "comparer une population devant de grands magasins à Paris par exemple, avec le fait de se promener à la campagne", estime-t-il. Avec le port du masque à l'extérieur, on fait face à "des recommandations dont on sait qu'elles sont probablement efficaces lorsqu'il y a une forte densité de gens à l'extérieur, et dont on pense qu'elles ne sont pas efficaces lorsque l'on est seul au milieu de la nature". Définir un seuil à partir duquel il devient utile de mettre un masque est pour le moins ardu : "C'est là que réside toute la difficulté", reconnaît l'expert de l'Inserm.

Parmi les éléments qui suggèrent une utilité des masques, on peut noter la quasi-absence d'épidémie de grippe cette année. Sans doute peut-on aussi y voir une conséquence des "distances plus importantes entre les gens, d'une hygiène des mains renforcées..."  Avec le masque, en résumé, "on ne peut être que gagnant", lance Jean-Christophe Lucet, "à condition qu'il soit bien toléré".

Des mesures qui infusent

Le masque demeure donc un outil central dans les politiques des préventions qui sont mises en œuvres. Le professeur invite néanmoins à souligner l'importance de la "tolérabilité" du port du masque. L'exemple de la Bavière en Allemagne, où le FFP2 a été imposé à la population, lui semble potentiellement problématique, puisque ses capacités de filtration supplémentaires le rendent moins facile à supporter en raison de l'effort qu'il implique pour respirer.

Jean-Christophe Lucet voit dans cette crise sanitaire une opportunité. Il espère qu'elle pourra faire office de plaidoyer pour qu'à l'avenir, le masque devienne un réflexe "dès que les personnes affichent des symptômes respiratoires". Il n'hésite pas à établir un parallèle avec la "grippe H1N1 en 2009", qui avait à l'époque "marqué l'arrivée du gel hydroalcoolique auprès du grand public, ne le réservant plus au seul monde médical".

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Habitués au port du masque bien avant la crise du Covid, les personnels de santé ont prouvé que les dangers prêtés au port du masque étaient infondés. Le professeur Lancet estime qu'il est "important de rassurer", d'autant que "beaucoup de fake news ont été entendues autour du port du masque". Il met notamment en avant les questions relatives aux difficultés à respirer, qui n'ont à ses yeux pas lieu d'être pour des masques en tissus ou chirurgicaux. "Les enjeux d'intolérance seraient à prendre en compte seulement si les FFP2 venaient à être préconisés", glisse-t-il.

En résumé, il est dont très délicat d'apporter des preuves scientifiques incontestables de l'efficacité du masque à l'extérieur. Pour autant, les chercheurs jugent leur apport notable partout où l'on observe une densité de population importante, dans les grandes villes et agglomérations en particulier. Le port du masque en pleine nature, lorsque l'on se tient éloigné des rares personnes que l'on pourrait croiser, apparaît logiquement beaucoup moins essentiel. À défaut de pouvoir fixer une jauge précise, le port du masque demeure en tout cas plus que conseillé : ayant fait les preuves de son efficacité en intérieur grâce à diverses études, il a pour avantage de ne pas causer le moindre risque pour celles et ceux qui le revêtent.

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