AstraZeneca : derrière l'inquiétude, que disent réellement les chiffres des effets secondaires ?

AstraZeneca : derrière l'inquiétude, que disent réellement les chiffres des effets secondaires ?

EFFETS INDÉSIRABLES - A la suite de plusieurs pays européens, Emmanuel Macron a annoncé lundi que la France suspendait pour 24h l'utilisation du vaccin AstraZeneca, dans l'attente d'un avis du régulateur européen. Que nous apprend réellement la pharmacovigilance des effets secondaires de ce produit ?

Le produit suédo-britannique n'avait pas besoin de cette mauvaise publicité. Le vaccin d'AstraZeneca, miné par une série de mises en cause, peine à convaincre les populations. Si bien que désormais, seuls 43% des Français disaient lui faire confiance, d'après un sondage Harris Interactive pour LCI, réalisé avant même l'annonce de la suspension de son utilisation en France. Un chiffre qui rompt avec le regard de la population sur le reste des vaccins. 64% d'entre eux se disent prêts à s'immuniser contre le Covid-19, soit un bond de 8 points depuis le 7 janvier. Raison de cette inquiétude : les effets secondaires. Nous avons fait le point. 

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Covid-19 : le défi de la vaccination

En France, il appartient à l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) d'organiser la pharmacovigilance. C'est elle qui permet "la surveillance des médicaments et la prévention du risque d'effet indésirable résultant de leur utilisation". Or, depuis le début de la campagne vaccinale, l'établissement public a mis en place une "surveillance renforcée", avec "une enquête de pharmacovigilance" mise en place "pour surveiller en temps réel le profil de sécurité" de ces produits. Dans le cadre de ce travail, l'ANSM réalise des rapports hebdomadaires. C'est eux qui permettent de connaître la réalité des effets secondaires en France. 

0,66% d'effets indésirables en France

D'après le dernier bulletin publié ce vendredi 12 mars, à partir de données s'étalant jusqu'au 4 mars, 454.545 injections d'AstraZeneca ont été réalisées dans le pays. Parmi elles, 3013 "effets indésirables" ont été signalés. Pour la grande majorité, (68%) ils étaient des effets "non graves" quand, au total, 964 cas étaient enregistrés comme "graves". C'est effectivement un peu plus que pour les autres vaccins. Mais la différence est marginale. Ces effets défavorables représentent en effet à ce jour 0,19% du total des injections réalisées avec Pfizer, et 0,12% pour Moderna. Pour AstraZeneca, ce chiffre monte légèrement à 0,66%. 

On comprend donc qu'actuellement, six Français sur 1000 qui reçoivent un vaccin AstraZeneca signalent un "effet indésirable". Mais que cache réellement ce terme? Notre analyse du rapport de pharmacovigilance montre qu'ils sont essentiellement bénins, souvent liés à la réactogénicité - quand la réponse immunologique se produit de manière excessive. En effet, pour la très grande majorité d'entre eux (63%), il s'agit d'"anomalies au site d'injection et troubles généraux". Ce sont dans la plupart des cas des syndromes grippaux, mais on relève également de la fièvre ou une douleur au bras. Pour 11%, on a enregistré des "affections gastro intestinales"-, qui se manifestent par des nausées, allant parfois jusqu'aux vomissements. Enfin, dans 9,3% des cas, les effets sont des "affections du système nerveux", telle une céphalée ou des sensations de vertiges. 

Des réactions qui sont en fait assez attendues. Alors comment expliquer la mauvaise réputation du vaccin AstraZeneca ? Celle-ci passe notamment par les récentes actualités, avec plusieurs  pays européens - le Danemark, la Norvège, l'Islande ou encore l'Allemagne - qui ont suspendu par précaution son utilisation après des cas de thromboses. La France, par la voix du chef de l'État, a à son tour lundi annoncé suspendre la vaccination avec AstraZeneca, dans l'attente d'un avis du régulateur européen, attendu mardi. 

Jusqu'ici, l'ANSM n'a relevé qu'un seul "cas de thromboses multiples". Par comparaison, cette maladie touche au moins 300.000 personnes chaque année dans l'Hexagone. Inévitablement, quand on vaccine une grande partie de la population, certains peuvent donc développer cette maladie, indépendamment de la dose. Le rôle de la pharmacovigilance sera de voir si le nombre de cas dans la population vaccinée n'est pas anormalement supérieur à celui dans la société en général. Mais aussi de vérifier si la nature de ces cas enregistrés. Certains experts alertent en effet sur ces thromboses qui ne seraient "pas habituels". Sur LCI, Antoine Flahaut, directeur de l'institut Santé Globale de l'université de Genève a ainsi souligné ce lundi 15 mars qu'il avait observé une "baisse du niveau des plaquettes". "On appelle cela une coagulation intravasculaire disséminée. C'est un événement grave et assez rare." 

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Si l'ANSM a promis de réaliser "une surveillance particulière dans les prochains rapports", la situation n'est pour le moment pas alarmante. Comme le notait Bernard Bégaud dans un entretien qu'il nous a accordé, "un pays comme le Royaume-Uni, qui a utilisé massivement l'AstraZeneca, n'a rien observé de suspect, ou pas grand-chose". Si ce professeur de pharmacologie à l'université de Bordeaux rappelle qu'on ne peut pas encore être concluant, il se veut rassurant. Tout comme l'Agence européenne des médicaments. Dans un communiqué, le régulateur européen a ainsi rappelé que seuls 30 cas de caillots sanguins ont été signalés dans le continent. En parallèle, 5 millions de personnes ont reçu une dose de ce produit.

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