AstraZeneca : le risque de thrombose est-il vraiment 50 fois plus faible qu'avec un long vol en avion ?

Le bénéfice-risque penche très largement en faveur de l'utilisation du vaccin AstraZeneca.

PHARMACOVIGILANCE - Olivier Véran a vanté la sûreté du vaccin AstraZeneca, assurant que le risque associé de thrombose était 50 fois inférieur à celui observé lors d'un long voyage en avion. Une comparaison peu pertinente.

Dénigré, critiqué, boudé, le vaccin développé par AstraZeneca devrait-il être mis de côté ? Tel n'est pas l'avis du gouvernement, qui s'emploie depuis plusieurs semaines à rassurer quant à son efficacité et sa sûreté. En cette fin avril, il a d'ailleurs pu compter sur l'expertise de l'Agence européenne des médicaments (EMA), qui a assuré sur la base d'une nouvelle étude que les bénéfices de ce vaccin allaient en augmentant avec l'âge.

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Ces annonces suffiront-elles à convaincre les patients réticents, qui cherchent en priorité à se voir administrer une dose du vaccin Pfizer ou Moderna ? Difficile à dire, mais Olivier Véran a profité d'une conférence de presse cette semaine pour poursuivre l'entreprise de réhabilitation d'AstraZeneca. Certes, a reconnu le ministre de la Santé, "dans de très rares cas, il peut provoquer des thromboses, c'est-à-dire la formation de petits caillots qui peuvent boucher la circulation veineuse", mais cela ne concerne dit-il que "cinq cas environ pour 1 million de personnes vaccinées". En comparaison, "si vous prenez l'avion pour traverser l'Atlantique, vous avez un risque également de faire des thromboses, parce que vous allez être moins mobile. Et ce risque, il est cinquante fois plus élevé que si vous vous faites vacciner par AstraZeneca." Un parallèle parlant... Mais pas forcément très juste.

Des thromboses spécifiques

Selon les dernières données de pharmacovigilances dévoilées, on a recensé depuis le début de la vaccination 27 cas de thromboses en France, dont 8 décès. Des chiffres qui portaient sur quelque 3,2 millions d'injections réalisées avec le vaccin AstraZeneca. Un rapide calcul permet donc d'aboutir à l'estimation suivante : 8,4 cas en moyenne pour 1 million de personnes vaccinées (et "2,5" décès). Soit un tout petit peu plus que ce qu'expliquait cette semaine Olivier Véran.

Le ministre établit par ailleurs un parallèle avec les cas de thromboses observés lors de longs trajets en avion. Si l'on suit ses propos, on en déduit que leur taux d'incidence est compris entre 5x50 et 8x50 pour un million de personnes, soit entre 250 et 400 cas. Lorsque l'on épluche la littérature scientifique à ce sujet, on retrouve des ordres de grandeur similaires, de l'ordre d'un cas pour 6.000 passagers lors des vols long-courrier de plus de 4 heures. Un chiffre partagé notamment dans un rapport de l'OMS et qui équivaut à 166 cas environ pour 1 million de voyageurs. 

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Si la comparaison d'Olivier Véran apparait légèrement exagérée, elle pose en réalité d'autres problèmes, qui ne sont pas d'ordre statistique. Avant toute chose, il faut souligner que les cas de thrombose observés en avion se déclarent généralement au niveau des jambes. La diminution de la pression, combinée au manque de mouvement va entraîner la formation d'un caillot sanguin dans les membres inférieurs. Si la thrombose, autrement appelée phlébite est profonde, le risque encouru est de voir remonter le caillot jusque dans les poumons, ce qui peut aboutir au déclenchement d'une embolie pulmonaire. 

Le souci avec le parallèle dressé par le ministre vient du fait que les thromboses observées suite à des vaccinations ne se forment généralement pas dans les membres inférieurs. Elles sont généralement qualifiées "d'atypiques", et sont observées au niveau cérébral ou du système digestif. Des mécanismes différents sont ainsi à l'œuvre, comme l'a confirmé à La Montagne le chef de service de neurologie des hôpitaux de Chartres (Eure-et-Loir), Valentin Bohotin. "Les veines du cerveau ne sont pas les mêmes que celles du reste de l'organisme. Certains vaisseaux n'ont pas de paroi et le sang circule dans des sinus", a-t-il indiqué.

Le bénéfice-risque reste en faveur du vaccin

Bien que la comparaison d'Olivier Véran soit contestable, il serait abusif d'en conclure que le vaccin d'AstraZeneca n'est pas sûr. L'évaluation du bénéfice-risque, qui sous-tend les autorisations de mise sur le marché ont d'ailleurs plaidé en faveur de son utilisation. Les thromboses atypiques ont été ajoutées à la liste des effets secondaires graves, mais n'ont pour l'heure pas été jugées alarmantes, en particulier en raison de leur très faible survenue par rapport à la population totale qui a reçu ce vaccin.

Pour s'en convaincre, il suffit de se pencher sur les publications de l'Agence européenne du médicament, qui s'est plusieurs fois penchée sur le cas du vaccin AstraZeneca, et a toujours conclu que les risques demeuraient négligeables. Un récent document, daté du 23 avril, propose de visualiser les risques de thromboses en fonction des classes d'âge et de les comparer au nombre d'admissions à l'hôpital évitées grâce à une première dose du vaccin. Les écarts se révèlent sans commune mesure, en se basant sur un taux d'incidence de 400, proche des 324 observés actuellement dans l'Hexagone.

En résumé, on constate donc que la comparaison utilisée par Olivier Véran se montre discutable. Ce qui ne signifie pas pour autant que le vaccin d'AstraZeneca est dangereux. Des cas de thromboses ont bien été diagnostiqués suite à des vaccinations, mais leur nombre demeure très réduit au regard du nombre de personnes ayant reçu une injection. En conséquence, les autorités sanitaires françaises et européennes continuent à promouvoir ce vaccin, expliquant que la balance bénéfice-risque penche très largement en faveur de la vaccination.

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