Attentat à Charlie Hebdo : peut-on parler de traumatisme collectif ?

Attentat à Charlie Hebdo : peut-on parler de traumatisme collectif ?
Santé

#JESUISCHARLIE – Les manifestations de soutien à Charlie Hebdo ont été nombreuses. Mais l'ensemble de la population n'est pas pour autant traumatisé.

Mercredi 7 janvier, à 18 heures, deux millions de personnes étaient scotchées au direct de BFMTV. Et plus de 100.000 personnes se sont spontanément rassemblées dans toute la France en fin d'après-midi pour rendre hommage aux victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo, a décompté l'AFP. Ces chiffres sont la preuve que l'événement a suscité une vive émotion au sein de la population. "On ne pourra jamais réduire cet événement à un simple fait divers, résume le docteur en psychopathologie clinique Samuel Lemitre, interrogé par metronews. Il restera gravé dans notre inconscient collectif."

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Ondes de choc d'un séisme

Pour autant, cette réaction intense n'est pas la preuve d'un traumatisme collectif. Le professeur Louis Crocq, créateur du réseau de cellules médico-psychologiques, rappelle à metronews que, "ce qui fait le trauma, c'est la confrontation directe avec le réel de la mort et de l'horreur". Sont donc traumatisées les victimes rescapées, les témoins et sauveteurs. "Parce qu'il n'y a pas de degré dans le trauma. Ceux qui ont été victimes ou témoins de l'attaque à Charlie Hebdo ont vu la mort en face. Ce n'est pas la même chose de voir ces images derrière un écran", ajoute Samuel Lemitre.

À l'inverse, la psychologue Evelyne Josse compare l'événement traumatique qu'a constitué l'attaque de Charlie Hebdo à "un séisme dont les ondes de choc se propagent de manière concentrique, ce qui permet de parler de victimes secondaires". Car les images diffusées à la télévision des auteurs de l'attentat et de l'assassinat d'un policier ne sont pas neutres. "Nous nous forgeons des représentations mentales chargées d'émotions, comme si nous avions nous-mêmes vécu l'événement", appuie auprès de metronews cette spécialiste des traumatismes collectifs.

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Des rituels pour sortir de l'effroi

Les Français seront-ils tous aux aguets malgré l'absence de danger, comme les victimes de stress post-traumatique ? "Certaines personnes vont faire des cauchemars même si elles n'ont pas vraiment vécu l'attentat et pourront avoir des comportements d'évitement, mais seules les plus sensibles réagiront de cette manière, ou celles qui ont déjà vécu un traumatisme, réactivé par l'attentat", répond Evelyne Josse. Pour le reste, le processus de deuil classique suivra son cours, à son rythme, ajoute le psychiatre Pascal Neveu, contacté par metronews : "Il faudra passer la date anniversaire, qui provoquera une nouvelle interruption de ce trauma dans le psychisme."

Traumatisme ou seulement "intense émotion" pour les puristes, ce qui est sûr c'est que l'ensemble de la population, française et internationale, est touché. Et que la meilleure manière de l'apaiser est la mise en place de rituels, à l'instar de la journée de deuil national, de la minute de silence ou des rassemblements. "Le rituel reconstruit la santé mentale communautaire, il réaffirme notre cohésion sociale", souligne Evelyne Josse. "Le rassemblement est une réaction grégaire de l'humain pour sortir de la stupeur et de l'effroi, une réaction instinctive qui permet de penser ensemble ce qui s'est passé", complète Samuel Lemitre. On imagine que les Français seront nombreux à prendre part à la marche républicaine du dimanche 11 janvier.

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