Aux Etats-Unis, des adolescentes se font opérer pour ressembler aux filtres Snapchat

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SNAPCHAT - Dans un rapport publié sur le site d’une revue médicale américaine jeudi, des médecins s’inquiètent des conséquences des filtres Snapchat sur les adolescentes. Des selfies qui brouillent la frontière entre réalité et fantasme… et poussent de plus en plus de jeunes femmes vers la chirurgie esthétique.

Il y a cinq ans, les adolescentes voulaient le nez de Paris Hilton ou les lèvres de Jennifer Lopez. Mais aujourd’hui, leur fantasme est devenu leur propre double virtuel. C’est en tous cas ce que rapportent trois médecins du département de dermatologie de l’Université de Boston. Dans un rapport publié jeudi 2 août 2018, ils alertent sur un nouveau trouble de dysmorphie, c'est-à-dire sur un problème psychologique qui se caractérise par une crainte obsédante d’avoir un défaut physique. Ils l’appellent le symptôme du "Snapchat Dysmorphia".  

"Nous vivons à l’ère des selfies retouchés et des critères de beauté en perpétuelle évolution". C’est sur un constat bien connu que débute le rapport. Ainsi, jusqu’à récemment, soulignent ces médecins, un physique "parfait" n’était accessible qu’à un cercle de personnes restreintes. Mannequins et acteurs étaient retouchés pour rentrer dans les codes esthétiques de leur époque. Le reste du public, lui, idéalisait ces icônes. Mais dorénavant, retouches et filtres sont à la portée de tous. Plus besoin de fantasmer, chacun peut voir son visage modifié à travers des applications comme Snapchat. 

"Une perte de contact avec la réalité"

Ce que critique le rapport n’est pas la volonté de s’embellir, mais l’usage continu de ces filtres. Avec l’émergence des réseaux sociaux d’images, comme Instagram, modifier son visage est devenu la norme. "L'omniprésence de ces images filtrées peut avoir de lourdes conséquences sur l’estime de soi", expliquent les médecins, avant d’alerter sur cette pratique, qui pourrait "agir comme un déclencheur, conduire à une forme de dysmorphobie". 

En effet, ces applications provoquent une "perte de contact avec la réalité". Une étude de 2015 avait ainsi analysé l’effet des selfies sur la propre insatisfaction des adolescentes. Elle a constaté que celles qui modifient leurs photos sont plus inquiètes vis-à-vis de leur corps et surestiment leur poids et leurs formes. De plus, les adolescentes qui sont le plus actives sur les réseaux sociaux sont aussi plus susceptibles d’être atteintes de ces troubles.

Un manque de confiance en soi qui pousse certaines adolescentes à l’action. L’enquête annuelle de l’Académie américaine de la chirurgie plastique et reconstructive (AAFPRS) montre que 55% des praticiens ont eu des patients qui demandent une chirurgie plastique pour "améliorer leur apparence sur les selfies". Un chiffre en hausse de 13% par rapport à  2015. Le type d'opération a aussi changé, avec une montée en hausse des interventions pour rétablir une symétrie du nez et du visage ou agrandir ses yeux et sa bouche. Un physique qui rappelle clairement celui donné par Snapchat. Et une tendance qui "continue de prendre de l’ampleur". 

Un idéal inaccessible

Mais le grand paradoxe que relève le rapport est que cet aspect tant désiré est totalement inaccessible. C’est ce qui rend la tendance "alarmante". Car ce qui embellit une personne sur un selfie, outre le filtre, est  la prise de vue en elle-même. L’angle et la proximité de l’objectif déforment les dimensions du visage. Des images qui "brouillent la ligne entre la réalité et l’imaginaire". Et les jeunes femmes deviennent donc victimes d’une éternelle insatisfaction. Dans ces cas-là, la chirurgie n’est clairement pas une solution. Le rapport préconise alors un suivi psychologique afin de gérer cette nouvelle forme d’obsession. 

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