Avec un million de tests par semaine, pourquoi l'épidémie repart-elle quand même ?

Avec un million de tests par semaine, pourquoi l'épidémie repart-elle quand même ?

DÉPISTAGE – Avec plus d’un million de tests réalisés chaque semaine, la France ne cesse d’améliorer ses capacités de dépistage. Ce qui n’empêche toutefois pas d’observer une hausse des contaminations. Pourquoi ?

Depuis quelques semaines, la France se trouve face à un double constat : le nombre de tests augmente, mais les contaminations aussi. Pourtant, selon certains experts, la grande majorité des cas n’est pas détectée. "Même en réalisant un million de tests par semaine, nous n’identifions probablement" qu’entre "15% et 25% des contaminations réelles", a indiqué mardi l’épidémiologiste Martin Blachier.

"Aujourd’hui, la stratégie de dépistage n’a aucun impact sur l’épidémie : vous n’arrivez à casser peut-être que 20% des chaînes de contamination", a-t-il poursuivi au micro d’Europe 1. La plupart des cas échapperait donc aux radars des autorités sanitaires. "À ce jour, il n’y a pas 5 ou 6.000 contaminations au quotidien", contrairement aux chiffres annoncés chaque soir par la Direction générale de la Santé suite aux tests réalisés, "mais plutôt 30, 40 ou 50.000", affirme ainsi Martin Blachier auprès de LCI.

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"Vous ne pouvez pas dépister la totalité des cas avec une telle circulation virale"

En effet, selon lui, le niveau de circulation du virus dans la population française est désormais trop important pour que le million de tests hebdomadaire suffise à diagnostiquer la plupart des patients. "Vous ne pouvez pas dépister la totalité des cas à partir du moment où il y a une circulation virale comme aujourd’hui", assure-t-il. "Rien ne cloche" dans la politique de tests, mais il est désormais "impossible" de repérer tous les cas, "il faudrait tester beaucoup trop de monde."

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En cause, le nombre de porteurs du virus qui n’expriment pas la maladie. Selon Santé publique France, "la moitié des cas positifs" (50,5%) recensés entre le 24 et le 30 août ne présentait aucun symptôme. Pour Martin Blachier, c’est encore plus. "Comme il y a 80% d’asymptomatiques, les cas contacts" des personnes testées positives "ne suffisent pas à repérer" toutes les personnes contaminées, affirme l’épidémiologiste.

"Même trois millions de tests, ce ne serait pas beaucoup"

La solution se situe-t-elle alors dans la hausse des tests ? En passant la barre du million de dépistages effectués en sept jours, la France a multiplié par cinq ses capacités par rapport au déconfinement, durant lequel environ 200.000 tests étaient réalisés chaque semaine (voir vidéo en tête de cet article). Une nouvelle augmentation ne changerait pas grand chose, estime Martin Blachier. "Même trois ou quatre millions de tests, sur une population de 67 millions de personnes, ce ne serait pas beaucoup. Il faudrait très bien les cibler, mais comme il y a pleins de chaînes asymptomatiques qui sont totalement hors de contrôle, vous n’y arriverez jamais."

Une multiplication des tests d'ailleurs contestée par deux collectifs de biologistes, qui remettent en cause la stratégie de dépistage massif du gouvernement. Le Syndicat des jeunes biologistes médicaux a dénoncé mardi "les dangers d’une politique de santé fondée sur le chiffre et non sur la pertinence médicale", estimant que sans des mesures visant à "mieux cibler" le dépistage, "c’est l’ensemble du dispositif tester-tracer-isoler qui s’écroulera et tout le pays qui ira dans le mur en automne". Le Syndicat des biologistes estime de son côté qu’il faut désormais "hiérarchiser les niveaux de priorité" afin de "remettre de l’ordre entre les différents types de patients" testés.

Mais pour Martin Blachier, avant même les tests, la solution passe plutôt par une baisse du nombre de cas. "Aujourd’hui, le sujet n’est pas le dépistage, mais plutôt de faire redescendre la circulation virale", affirme-t-il. "Les Chinois ont par exemple mis en place des mesures barrières extrêmement fortes depuis janvier, rendant la circulation du virus quasiment inexistante. Dès qu’ils repèrent quelques cas, ils bouclent le périmètre et testent 100% de la population du secteur. Mais pour l’instant, nous nous sommes trop relâchés pour" pratiquer une telle stratégie. Selon le dernier baromètre publié par Santé publique France, les gestes barrières, à l’exception du port du masque, semblent effectivement de plus en plus délaissés par la population.

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