#BalanceTaFac : quand la distanciation ne peut être respectée dans les amphis

Un cours à la Sorbonne en période de Covid-19.
Santé

PROMISCUITÉ - Au travers du hashtag #BalanceTaFac, des centaines d'étudiants dénoncent depuis plusieurs jours les conditions d'accueil dans les amphis. Quand étudier et respecter les gestes barrières semblent difficile à concilier.

C'est la réponse du berger à la bergère. Dimanche dernier et après l'identification de plus d'une dizaine de clusters dans des établissements d'enseignement supérieur, Frédérique Vidal appelait les étudiants à prendre leurs précautions. "Les dernières données confirment que la multiplication des nouvelles contaminations est majoritairement liée à des rassemblements privés (soirée étudiante, privatisation de bars,...)", écrit la ministre de l'Enseignement supérieur dans un communiqué publié sur Twitter. 

Suite à ce message, des dizaines d'étudiants ont rétorqué, photos à l'appui, qu'aucune mesure sanitaire suffisante n'était mise en place dans les établissements pour éviter la propagation du Covid-19. Ainsi est né #BalanceTaFac. Des messages postés sur les réseaux sociaux - images à l'appui - dénoncent, depuis, les conditions d'enseignement à l'heure de la reprise épidémique : amphithéâtres bondés, couloirs noirs de monde, distanciation sociale impossible. Et le stress du cluster toujours présent : ce vendredi, Sciences Po Paris a ainsi annoncé la fermeture de ses bâtiments parisiens en raison "d'un nombre significatif de cas positifs au Covid-19". Une quarantaine de cas y auraient été détectés.

Sorbonne Université visée par une pétition

"C'est donc ça les mesures sanitaires prises par l'enseignement supérieur ?? C'est juste insupportable", écrit une étudiante en littérature, médias et audiovisuel au Campus Malesherbes de La Sorbonne Paris IV. "Et vous remarquerez que la prof ne porte pas non plus de masque sous prétexte qu’elle ne veut pas avoir à crier sur ses 6 heures de cours consécutives", note-t-elle dans un autre tweet.

Contactée, la jeune femme de 21 ans nous assure que les conditions "ne peuvent pas être pires". "Non seulement les amphis sont saturés, mais les TD le sont tout autant." Selon elle, les seules dispositions qu'aurait prises l'université sont la mise à disposition de gel hydroalcoolique et l'installation de  marquages au sol pour indiquer le sens de déplacement. "Pour ma part, je suis en contact avec ma famille tous les jours et je me retrouve dans la situation inconfortable de me demander si je dois me rendre à mes cours que j'ai payés sans prendre le risque de contaminer mon entourage au détriment de mes études." Elle affirme qu'aucun cours en distanciel n’a encore été mis en place dans sa licence.

Face à la situation, une pétition a même été lancée pour demander à Sorbonne Université de prendre des mesures à la hauteur de la situation. "On nous conseille de garder une distance physique au sein des amphis, alors que les amphis sont aussi bondés que les années précédentes. Est-il concevable que les étudiant.e.s soient entassé.e.s dans des amphis de plus de 600 personnes, sans fenêtres, tout en trouvant cela normal ?", questionne l'auteur de cette pétition, qui a recueilli 540 signatures en trois jours. Contactée par LCI, l'université n'a pour le moment pas donné suite à nos sollicitations.

A l'Université Toulouse 1, des cours "hybrides" progressivement mis en place

Le schéma semble être le même à l'Université Toulouse 1. Jointe par LCI, la direction nous indique avoir mis en place un sens de circulation dans ses locaux, matérialisé par une une signalétique au sol. Sur son site internet, une page rappelle aux étudiants de garder entre eux un espacement minimum d'un mètre. L’École d’économie de Toulouse TSE et l’École de management TSM, qui font partie de l'Université, ont fait le choix dès la rentrée d'assurer les cours en mode hybride (50% présentiel et 50% distanciel). Les Facultés de Droit et Science Politique et d’Administration & Communication en prendront aussi "progressivement" le chemin dès le 21 septembre, nous fait-on savoir.

L'ARS Occitanie nous a informé que les contaminations avaient eu lieu, jusqu’à présent, dans des lieux extérieurs à l’université. - Université Toulouse Capitole

Pour autant, sur les 64 cas avérés dénombrés depuis la rentrée, l'Université soutient qu'aucune contamination n'a eu lieu en son sein. "L'ARS Occitanie nous a informé que les contaminations avaient eu lieu, jusqu’à présent, dans des lieux extérieurs à l’université dans le cadre de regroupements festifs et qu’aucune contamination commune ne les reliaient. La Présidente de l’université a demandé dans un message adressé à tous les enseignants de rappeler aux associations étudiantes des filières dont ils sont responsables que la situation sanitaire impose d’annuler l’organisation d'événements collectifs." 

Une rentrée majoritairement en présentiel privilégiée à l'Université Jean Moulin-Lyon 3

Autre université, autre choix. Ainsi à Jean Moulin-Lyon 3, une page dédiée aux mesures sanitaires mise à jour le 1er septembre, indique que malgré l'existence d'un scénario alternatif  fondé sur l’enseignement à distance, elle "a fait le choix de privilégier une rentrée majoritairement en présentiel". La aussi, la surfréquentation ne rassure pas les étudiants. 

A Reims, des cours à la fac... une semaine sur deux

Sur le campus Croix Rouge de l'Université de Reims Champagne-Ardenne, où sont dispensées les formations en sciences humaines et sociales, des enseignants nous disent vivre une rentrée éprouvante. Si l'université a pris la décision d'établir un nombre maximum d'étudiants par salle et par amphi,  il est désormais difficile ou impossible pour les enseignants d'accueillir l'intégralité de leur cours en présentiel. Pour les étudiants de licence, des systèmes de rotation des groupes sont mis en place et s'avèrent chronophages pour les enseignants et peu satisfaisants pour les étudiants eux-mêmes qui ne vont en cours qu'une semaine sur deux. Les amphis capables d'accueillir de vastes groupes, souvent sans fenêtres et dotés de systèmes de ventilation peu compatibles avec les exigences sanitaires actuelles, ne répondent pas tous aux exigences de la crise sanitaire.

Il y a une semaine, Sciences Po Reims était contrainte de fermer ses portes, quelques jours après la pré-rentrée. 23 étudiants y étaient contaminés.

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A Toulon, cours à distance et amphis dédoublés

A l'université de Toulon, une vidéo montre une salle de TD dans laquelle les étudiants sont contraints de rester assis côte-à-côte. L'élève, qui indique également que certains élèves n'ont pas de table, notifie cependant que l'enseignant a finalement pris la décision de changer de salle, voyant que la distanciation sociale n'était pas respectée. Jointe par LCI, l'Université nous assure s'efforcer à ce que "les règles de distanciation soient suivies". "Nous avons mis en place des dédoublements d'amphis dans le cas de grosses promos. Une partie de la classe peut aussi être en présentiel et l'autre en distanciel. Tous les cours magistraux sont accessibles en distanciel", indique notre interlocuteur.

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Les consignes du ministère ajustables à chaque établissement

Le ministère de l'Enseignement supérieur, contacté par LCI, rappelle que les établissements universitaires sont autonomes. "Le ministère a fixé une ligne qui est celle de la continuité pédagogique et de privilégier le présentiel autant que possible. Il existe ensuite une diversité de solutions et chaque établissement est libre de mettre en œuvre celles qui lui paraissent le mieux adaptées en fonction des contraintes de place, des possibilités offertes par le bâtiment, des infrastructures numériques, du nombre d'étudiants, du niveau d'études, du type d'enseignement, etc.", nous informe-t-on. 

Dans une circulaire adressée à tous les établissements en date du 7 septembre, il demande ainsi le "respect en tous lieux et en tout temps, à chaque fois que cela est possible, d’une distance d’au moins 1 mètre ou 1 siège entre deux personnes. Dans tous les cas, la distance physique doit être recherchée et mise en place en ayant pour objectif un impact négatif aussi faible que possible sur les capacités d’accueil. Associée au port systématique du masque (et autres mesures de prévention), elle contribue à renforcer la réduction du risque de transmission du virus."

Quatre niveaux graduels de réponse possible concernant la façon dont sont donnés les cours sont aussi proposés : la poursuite du présentiel, la suspension des enseignements (concernés par les cas de covid) en présentiel lorsqu’ils se déroulent en grand groupe et basculement vers de la formation hybride ou entièrement à distance, la suspension de toute activité pédagogique présentielle et fermeture des espaces pédagogiques et des espaces de vie étudiante, la suspension de toute activité présentielle avec fermeture des espaces pédagogiques, de recherche et administratifs (télétravail ).

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