Le bassin de la Villette fermé à cause d'entérocoques : mais au fait, de quoi parle-t-on ?

Santé
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DÉCRYPTAGE - Les bassins de la Villette à Paris, ouverts au public depuis une semaine, sont restés exceptionnellement fermés lundi en raison de la présence d'une bactérie dont le taux était supérieur au seuil autorisé pour une eau de baignade. Si ses conséquences pour la santé restent limitées dans plupart des cas, elle n'en reste pas moins un marqueur de contamination fécale.

La qualité de l’eau du canal de l'Ourq bonne et sans danger ? Cela ne faisait aucun doute mardi dernier, avaient rappelé les autorités lors de l'inauguration de la première piscine en eau vive de Paris, à La Villette. Mais une analyse réalisée ce week-end par la station d'alerte Fluidion a temporairement changé la donne. En cause ? "Un taux supérieur aux normes de la bactérie entérocoque" qui a entraîné ce lundi la fermeture exceptionnelle des trois bassins ouverts au public. 


"Il s'agit de précautions classiques", tient à rassurer le Dr Najiby Kassis, hygiéniste à Hôpital européen Georges-Pompidou, à qui LCI.fr a demandé des précisions sur l'origine de ces micro-organismes et leurs risques pour la santé. "On peut en trouver à un taux très faible" y compris dans la mer précise-t-elle. Mais "à partir d'un certain taux de bactéries qu'on appelle coliformes et que l'on retrouve dans le tube digestif, il est plus prudent d'interdire la baignade." 


Si le "risque infectieux" existe, la spécialiste souligne que ces bactéries "ne sont pas forcément très pathogènes". A l'image de d'Escherichia coli (E. coli), elles sont présentes par "milliards dans notre tube digestif. Mais, inhalées ou avalées, elles peuvent être pathogènes."

Troubles intestinaux ou urinaires

Ingérés à faible dose, "par une personne bien portante avec des défenses immunitaires normales,  ces micro-organismes sont censés être détruits au niveau de l’estomac avec peu de conséquences", précise Dr Fabrice Compain du service de microbiologie de Hôpital européen Georges-Pompidou. Lorsque l'ingestion est plus importante, ils peuvent en revanche causer des troubles intestinaux ou urinaires. A noter que, dans ce dernier cas, les entérocoques concernés sont le plus souvent ceux de la personne qui a contracté l'infection.


Pour résumer, Dr Fabrice Compain explique que "les hygiénistes vont davantage utiliser les entérocoques comme témoins de contamination fécale". Et de poursuivre : "Ces bactéries montrent que l'eau a été souillée avec potentiellement d’autres pathogènes comme la salmonelle et donc qu'elle n'est pas propre ni à la consommation ni à la baignade."


La Ville de Paris a mis en place neuf points de contrôle le long du bassin de la Villette et du canal de l'Ourcq. Les analyses indiquent depuis deux ans que l'eau a atteint une qualité permettant la baignade, hors cas exceptionnels comme ce lundi.

Origine fécale ou égouts ?

Les "fortes pluies du week-end" pourraient expliquer la forte concentration bactériologique, pour laquelle la présence de baigneurs dans les bassins depuis une semaine est hors de cause, d'après le service de presse de la mairie. "Le fait qu'il y ait des personnes dans l'eau ne modifie en rien le nombre de bactéries présentes", a-t-on assuré.


En effet, outre leur origine fécale (excréments d’oiseaux ou de des mammifères), les bactéries entérocoques peuvent également provenir des égouts. Dans ce cas, elles découlent le plus souvent d’un dysfonctionnement du réseau des eaux usées, ou prolifèrent à la suite de violents orages, donnant lieu à des ruissellements, qui amèneraient des bactéries dans les bassins. 


L'analyse de prélèvements réalisés lundi soir permettra de décider ou non la réouverture des bassins mardi matin.

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