Bébé conçu à partir de 3 ADN : comment est-ce possible ?

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GRANDE PREMIÈRE - Ce jeudi, le Royaume-Uni est devenu le premier pays à autoriser la conception d'un bébé à partir de l'ADN de trois personnes, et non de deux comme les autres enfants. Pourquoi recourir à un tel procédé ? Comment ça marche ? Quelles sont les perspectives ? LCI fait le point sur ce qu'il faut retenir.

"C'est une décision historique et je suis sûre que les patients prêts à bénéficier de cette technique seront ravis", estime la présidente de l'Autorité de régulation de l'assistance médicale à la procréation et à la recherche en embryologue (HFEA), Sally Cheshire auprès de l'AFP. Car le Royaume-Uni est devenu ce jeudi le premier pays au monde à rendre légal la conception d'un bébé à partir de l'ADN de trois parents. 


Le premier bébé né grâce à cette technique de modification génétique a vu le jour au Mexique en avril dernier. Là-bas, la technique de modification génétique n'est pas légale mais elle n'est pas interdite non plus.  C'est ainsi que la naissance du petit Abrahim Hassan a fait les gros titre en septembre dernier. 

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A l’origine de cette épopée scientifique, un couple de Jordaniens, Ibtisam Shaban et Mahmoud Hassan, qui n’arrivait pas à avoir un enfant en bonne santé. Ibtisam est en effet porteuse du syndrome de Leigh, une maladie génétique rare qu’elle a transmise à ses précédents enfants. Les deux bambins sont décédés à l’âge de 6 et 8 mois. Souhaitant connaître la joie d’être parents, le couple a donc fait appel au Pr John Zhang, un chercheur américain.

Comment fonctionne cette technique révolutionnaire ?

Pour donner naissance à Abrahim, les scientifiques ont utilisé trois gamètes : un ovule d’Ibtsima, un spermatozoïde de Mahmoud et l’ovule d’une seconde femme. Grâce à la technique de modification génétique développée par l’équipe du Pr John Zhang, ils ont réussi à transmettre à Abrahim l’ADN de sa mère, sans la séquence pouvant le rendre malade. En effet, le syndrome de Leigh se transmet via les gènes de la mère car ils se trouvent dans le génome mitochondrial. Celui-ci est essentiel pour assurer l’oxydation, la respiration et l’énergie des cellules de l’embryon. 


Du coup, les chercheurs ont extrait le noyau de la cellule-œuf de la mère pour le mettre dans l’ovule de la donneuse. Ainsi, Ibrahim a hérité du noyau de sa mère et des mitochondries de la donneuse. Cet ovule génétiquement modifié a ensuite été fertilisé et inséminé. Neuf mois plus tard, Ibrahim, le seul embryon à s’être développé correctement, est né. 

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Où est-ce autorisé ?

Les parents du petit Abrahim sont allés au Mexique, car une telle manipulation génétique est illégale aux Etats-Unis. Comme elle l’est en France d’ailleurs. Si la technique de modification génétique n’est pas expressément autorisée au Mexique, aucune loi ne l’interdit pour l’instant. Le Royaume-Uni est donc le premier pays à rendre cette technique légale. Les premiers bébés britanniques qui en seront issus devraient d'ailleurs naître courant 2017. 

Y a-t-il des risques pour les enfants ?

Le New Scientist, premier média à relayer la naissance d'Abrahim, rappelle qu’une technique similaire a déjà été expérimentée dans les années 1990. Mais elle fut interdite après que certains bébés soient nés avec des problèmes génétiques. La technique utilisée par les chercheurs américains a bien évidemment été améliorée pour éviter tout risque de mutation génétique. Malgré tout, plusieurs scientifiques redoutent  que les bébés nés grâce à cette méthode aient des risques plus importants de développer des cancers. 

Et les questions éthiques ?

Si cette technique prend tout son sens pour éviter la transmission d’une maladie, la création d’un être humain amélioré fait peur. Une théorie peu probable pour le biologiste de la reproduction Pierre Jouannet.  "Il est illusoire de penser que la simple modification d’un gène puisse donner des enfants plus grands, plus intelligents ou en meilleure santé", affirmait-il lors de la S3 Odéon qui se tenait à Paris le 3 septembre dernier. Interrogé par LCI, le spécialiste de la génétique estime que le principal problème éthique ici est l'inefficacité de la méthode : "Si les mitochondries se multiplient, l'enfant sera malade comme ses frères et sœurs."

Dans le cas d’Abrahim Hassan, la question du tri des gènes ne se pose pas. Le petit garçon a hérité du patrimoine génétique de ses parents, sans qu’il soit modifié. De plus, l’ADN mitochondrial de la donneuse ne représente qu’un petit pourcentage du génome humain et il ne pourra pas le transmettre à ses potentiels futurs enfants. 

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Un bébé et trois ADN

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