Une taxe sur le sel : "Aujourd’hui, trois quarts de la consommation dépendent de l’industrie agro-alimentaire"

Une taxe sur le sel : "Aujourd’hui, trois quarts de la consommation dépendent de l’industrie agro-alimentaire"

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EXCÈS DE SEL - Alors que la commission d'enquête parlementaire sur l'alimentation industrielle va proposer en septembre de taxer les produits trop salés, on revient avec Pierre Meneton, chercheur à l'Institut National de Santé et auteur du livre "Le sel, un tueur caché" (Editions Favre), sur les causes de cette surconsommation et sur les effets de ce produit.

Cinq ans après l'instauration d'une taxe sur les sodas sucrés, des députés ont l'intention d'en faire de même avec les produits salés. Dans un rapport qui devrait être rendu en septembre, la commission d'enquête parlementaire sur l'alimentation industrielle va proposer en effet une taxe, selon une information révélée ce mercredi par Le Figaro.


Le but ? Inciter les fabricants à avoir la main plus légère. En effet, qu'il s'agisse de plat préparés ou bien de pain conçu de manière artisanale, le taux en sel reste excessif. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, la plupart des gens consomment trop de sel, de 9 à 12 grammes par jour en moyenne, soit deux fois l’apport maximum recommandé. Une situation dont s'alarme Pierre Meneton, biologiste et chercheur à l'Institut National de la Santé et de la recherche Médicale (Inserm), auteur du livre "Le sel, un tueur caché" paru en 2009 aux Editions Favre. 

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Le sel, bon pour la santé ?

Contacté par LCI, le chercheur détermine plusieurs facteurs quant à cet omniprésence du sel dans les aliments transformés. "Tout d’abord le sel est un puissant moteur de consommation : Il donne du goût à des aliments qui n’en ont pas forcément et ce dernier rehausse les saveurs sucrées. Ensuite, en plus d'être peu coûteux, il va charger en eau certains aliments et comme ils sont vendus au poids, cela profite aux industriels. Enfin, plus on mange salé plus on a soif et cela va inciter les consommateurs à boire ½ litre de boisson en plus par jour. Cela sert bien aux multinationales distributrices d’eaux, de sodas ou de bières", estime Pierre Meneton. Selon le biologiste, se prémunir de tels excès relève de la mission "extrêmement difficile". 

Nos papilles gustatives consomment du sel sans même s’en apercevoirPierre Meneton

"Dans les aliments transformés comme le pain, des charcuteries, du fromage ou des soupes, le sel est incorporé à la préparation. Il est présent dans la texture de l'aliment. Ce sel équivaut parfois à une dizaine de cuillères à soupe ajoutées. Si on en faisait autant avec un plat cuisiné par nos propre soins, il serait immangeable. Portant, nos papilles gustatives consomment du sel en grande quantité sans même s’en apercevoir". Selon le chercheur, les aliments à cibler en priorité pour baisser les quantités de sel sont le pain, les charcuteries, les fromages mais aussi les pâtisseries.  


"En dépit des alertes sanitaires et les seuils fixés par l’OMS en 2007, nous continuons à manger trop salé et l’attente d’initiatives volontaires de la part du secteur agro-industriel ne permet pas d’atteindre de véritables objectifs en matière de santé publique. On est donc dans un statu quo avec un excès de sel chronique dans la population et ce dès le plus jeune âge",  déplore Pierre Meneton, toujours à LCI.

Alors, comment réduire sa consommation ?

Pour réduire sa consommation en sel, il n'y a pas 36 solutions, selon Pierre Meneton. "La marge de manœuvre est infime pour  le consommateur. Le conseil que l’on peut donner c’est passer un peu de temps à faire la cuisine plutôt que de  réchauffer des plats cuisinés. Mais cela demande un investissement personnel assez important", souligne t-il. "Il y a 50 ans, la consommation de sel dépendait du consommateur, aujourd’hui les ¾ dépendent de l’industrie agro-alimentaire. C’est comme si on faisait fumer tout le monde", a lâché le docteur. 

L'excès de sel  favorise l’hypertension, les maladies cardiovasculaires, l’ostéoporose ou le cancer gastrique. L'OMS estime qu’on pourrait éviter chaque année 2,5 millions de décès si sa consommation au niveau mondial était ramenée au niveau recommandé.

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