220.000 Français vaccinés en une journée : peut-on tenir la cadence ?

220.000 Français vaccinés en une journée : peut-on tenir la cadence ?

PROJECTION - Lors de dernière conférence hebdomadaire Jean Castex a assuré que d'ici mi-avril, 10 millions de Français doivent être vaccinés. Un objectif tenable au rythme de vaccination du week-end dernier ?

"Ce samedi à 17h30, 220 000 Français ont été vaccinés, plus du double de samedi dernier. On continue demain !" Le ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran s'est réjoui ce week-end sur Twitter du nombre record de personnes vaccinées en une journée à travers le pays, résultat du coup de turbo donné sur trois jours à la campagne vaccinale. 

À l'échelle du week-end entier, cela représente six fois plus d'injections effectuées que lors du précédent. Mais ce rythme est-il tenable sur la longueur ? Permettra-t-il atteindre les nouveaux objectifs du gouvernement : 20 millions de personnes vaccinées d'ici à la mi-mai, et jusqu'à 30 millions d'ici cet été ? 

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20 millions de Français vaccinés à la mi-mai ?

Aujourd'hui, près de 3,8 millions de personnes ont reçu une première injection de vaccin, soit 5,6% des adultes. Si l'on se projette sur l'objectif fixé d'atteindre 20 millions de personnes ayant reçu cette première dose mi-mai, il faudrait réaliser 230.000 injections par jour 7j/7. A titre de repère, même au cours de ce week-end record, un tel chiffre n'a pas été atteint puisque vendredi, ce sont 182 000 premières doses qui ont été administrées et 186 000 samedi. 

La moyenne sur la semaine écoulée se situait quant à elle autour de 129.000 par jour. Au rythme actuel, l'objectif du gouvernement de vacciner l'ensemble de la population adulte serait même rempli... le 12 novembre 2022.  Et pour tenir la promesse de vacciner tous les adultes qui le désirent avant la fin de l'été, il faudra injecter plus de 500 000 doses par jour et non pas sur trois jours comme ce week-end. 

D'ailleurs du côté du Conseil scientifique, on s'est jusque-là  toujours montré plus prudent que l'exécutif concernant le calendrier. Jean-François Delfraissy avait notamment estimé fin janvier qu'il était plus probable que 6 à 8 millions de Français soient vaccinés d'ici mi-avril. Quant à l'objectif de 30 millions de vaccinés "d'ici l'été" fixé par Jean Castex, il ne pourra être atteint selon ce dernier avant le mois d'août... qui n'est autre que l'échéance évoquée par Olivier Véran pour que la totalité de la population française ait reçu une première injection.

Quid des stocks disponibles ?

Une question demeure en outre : y aura-t-il suffisamment de doses disponibles pour tenir cette cadence, alors que les médecins libéraux annoncent notamment qu'ils vont manquer de doses d'AstraZeneca ces prochains jours ?  En transposant l'objectif fixé par le gouvernement en nombre de premières doses nécessaires par semaine d'ici mai, on obtient 1,6 million. Or, en mars, le quota hebdomadaire de doses livrées n’excédera pas 2 millions de doses. Si cela représente sur un mois, soit le double par rapport à février, cela s'annonce néanmoins trop serré si l'on prend en compte la part d'injections dédiée aux secondes doses. 

Toutefois, le bond attendu dans le stock de doses disponibles pourrait prochainement changer la donne. Avec 4,5 millions de doses censées être livrées par semaine en avril, il devrait effectivement être possible d'effectuer 1,6 million de premières injections par semaine. Voire bien plus. "On va avoir un nombre de livraisons beaucoup plus important et ça va changer la donne, ça va permettre de vacciner toutes les personnes qui aujourd'hui attendent", a estimé ce lundi l'infectiologue Odile Launay sur LCI. Si le coordinateur de la campagne de vaccination, Alain Fischer, a confirmé dans le JDD, que le rythme de livraison de doses de vaccin va bientôt suivre une "courbe exponentielle", certains médecins doutent que cette accélération soit suffisante. "Le retard accumulé est quand même catastrophique", a de son côté déploré Christophe Prudhomme sur LCI, selon lequel "à ce rythme on n'atteindra jamais les 30 millions de vaccinés fin mai". Le mois d'avril s'annonce donc déterminant, à condition que cela suive d'un point de vue logistique. 

En avril, on va manquer de bras- Dominique Le Guludec, président de la HAS

A cette interrogation concernant les stocks disponibles, s'ajoute celle liée à la logistique alors que les livraisons de vaccins vont continuer d'augmenter "pour atteindre en avril parfois des 'fois 5', 'fois 6', en terme de quantité" par rapport à ces dernières semaines. Ce lundi sur LCI Dominique Le Guludec,  la présidente de la Haute Autorité de santé, a prévenu : "Quand les vaccins vont arriver en masse en avril, on va manquer de bras." Elle a précisé dans la foulée qu'à cette fin, "nous anticipons et nous étendons les compétences vaccinales vers les pharmaciens, les sages-femmes, ou encore les infirmiers (...) on étend largement de façon à ce qu'on puisse utiliser les doses au fur et à mesure qu'elles arriveront même en quantité importante". De son côté, le ministre de la Santé Olivier Véran a précisé que l'organisation des centres de vaccination en taille et nombre sera "adaptée" en conséquence

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Auditorium, gymnase, chapiteaux... si le gouvernement n'aime pas parler de vaccinodromes, des centres de vaccination à grande échelle ont par exemple déjà été déployés ce week-end alors qu'un flot continu de personnes est venu se faire vacciner et l'opération devrait pouvoir se répéter. De même, le volume horaire de ces structures pourrait être adapté pour renforcer les capacités de vaccination. "A chaque fois qu'un vaccin est disponible sur notre territoire, il faut qu'un Français soit vacciné, que ce soit le lundi, le dimanche, il faut que les vaccins puissent être proposés le plus vite possible", a déclaré le ministre de la Santé Olivier Véran ce week-end après avoir visité deux établissements de ce type à Tourcoing (Nord).

Quid de l'adhésion des Français ?

Reste une inconnue pour atteindre les objectifs évoqués ces derniers jours par Jean Castex et Olivier Véran : l'adhésion des Français va-t-elle suivre ? Par rapport aux Britanniques (2%), les Français se montrent notamment assez réticents (22%) face au vaccin Astrazeneca révèle une enquête Yougov (22%). Ils se sont toutefois moins que les Allemands (27%) ou les Italiens (23%). 

"Il est vrai que la réticence vaccinale est plus forte dans notre pays. En Angleterre, 80% des soignants sont vaccinés sans problème. Chez nous, c'est culturel", a notamment reconnu ce lundi Dominique Le Guludec, la présidente de la Haute Autorité de santé. Alors que le faible de taux de vaccination chez les soignants a relancé le débat autour de l'éventualité d'en faire une obligation, elle a ajouté : "Je crois que dès qu'on aura assez de doses de vaccins et dès qu'on aura la certitude de cet effet sur la transmission, il va falloir vraiment convaincre et pourquoi pas obliger. Mais on préfère toujours convaincre."

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