Cancer colorectal : un test de dépistage plus efficace bloqué par l'administration

Cancer colorectal : un test de dépistage plus efficace bloqué par l'administration

Santé
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SANTE – Les médecins spécialistes en ont assez, et ils le font savoir. Mercredi, ils ont été reçus au ministère de la Santé pour réclamer la commercialisation, dans les plus brefs délais, du nouveau test de dépistage rapide du cancer du colon, attendu depuis bientôt deux ans.

Plus pratique et plus efficace, le test immunologique pour le cancer du colon n'est toujours pas disponible à la vente. Pourtant, il est validé depuis bientôt deux ans par la Haute autorité de santé (HAS). La Société nationale française de gastro-entérologie (SNFGE) espère sa mise sur le marché le plus rapidement possible, alors que celle-ci était promise par les autorités sanitaires au printemps dernier. Mais au niveau de l'administration, ça coince.

Pour quels motifs ? Difficile de savoir exactement, mais le professeur Robert Benamouzig, chef de service à l'hôpital Avicenne de Bobigny et administrateur de la SNFGE, dénonce d'abord la lenteur procédurière de l'administration française : "J'ai participé à un comité d'experts convoqués par la Haute autorité de santé en 2008, qui a rendu ses conclusions à ce moment-là. A l'époque, tous n'étaient pas à 100 % d'accord. C'était un process habituel, donc on ne s'énervait pas, d'autant que douter est un peu le principe de la nature humaine. Mais là, ça commence à faire long !" Qui plus est, ce nouveau test immunologique fait aujourd'hui largement consensus parmi la communauté scientifique.

Capable de détecter 8 cancers sur 10

Le spécialiste pointe également du doigt l'aspect financier : "Le fait est que nous ne sommes pas dans des conditions favorables au niveau de l'engagement des dépenses. Certes, c'est plutôt rassurant que l'Etat se montre vigilant sur les investissements. Mais les études coût-efficacité réalisées montre que la balance est largement positive", s'étonne-t-il. La commercialisation du nouveau test immunologique coûterait 12 millions d'euros de plus que le test actuel, selon les estimations, mais il serait capable de détecter 8 cancers sur 10, contre seulement 1 sur 2 actuellement. En clair, une réelle économie pour la sécurité sociale, mais aussi 5400 vies gagnées par an contre 2700 aujourd'hui.

S'il ne remet pas en cause l'engagement, sur le fond, des pouvoirs publics, il n'en ironise pas moins sur la rencontre organisée ce jeudi après-midi au ministère de la Santé : "Je n'ai jamais été reçu aussi gentiment par des gens qui veulent vraiment aider, avec une bonne foi indéniable, mais d'un autre côté, force est de constater que rien ne se passe. Aujourd'hui, on veut aider les pouvoirs publics à nous aider : faire du bruit médiatique est une excellente méthode." La SNFGE espère ainsi une commercialisation des tests dès la fin janvier.

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