Cancer de la prostate : lettre ouverte de médecins et malades pour obtenir le remboursement du radium 223

Cancer de la prostate : lettre ouverte de médecins et malades pour obtenir le remboursement du radium 223

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INTERVIEW - Chaque année, le cancer de la prostate, premier chez les hommes, fait plus de 50.000 victimes. Trois grands médecins en cancérologie et un collectif d'associations ont ce jeudi envoyé une lettre aux autorités de santé pour obtenir la prise en charge d'un traitement prometteur. Déjà utilisé et remboursé dans la plupart des pays d'Europe, il ne peut toujours pas être prescrit aux patients français.

Ils veulent suivre l'exemple des femmes. Chaque mois d’octobre, la lutte contre le cancer du sein est mise à l’honneur. Tant par des actions publiques que par les médias. Aujourd’hui, les hommes se sentent oubliés, et le font savoir. Trois grands médecins en cancérologie - Stéphane Culine, Christophe Hennequin et Karim Fizazi - et trois patients et ex-patients du collectif d'associations (CerHom, cander de l'homme et l'APCLP) ont ce jeudi fait parvenir un courrier aux autorités de santé pour réclamer plus de moyens pour les cancers masculins, rapporte le Parisien. Principale requête : le remboursement du radium 223. Ce traitement est destiné au cancer de la prostate, premier chez l'homme. Mis sur le marché en 2013 en France, il améliore la qualité de vie et fait gagner en survie mais ne peut, pour le moment, pas être prescrit par les médecins. Karim Fizazi, chef du département d'oncologie médicale de Gustave Roussy, répond à nos questions.

Journaliste : Que réclamez-vous aujourd'hui ?

Karim Fizazi : Nous réclamons tout simplement le remboursement de ce médicament. Car ce qui est totalement kafkaïen, c'est que même si le patient voulait se payer le radium 223, dont la seule injection coûte environ 5.000 euros, il n'en aurait pas le droit. L'hôpital ne peut pas faire payer un Français qui est assuré par l'assurance maladie. Si le patient tient à utiliser ce traitement, je suis obligé de l'envoyer chez un collègue à l'étranger. L'ancienne équipe gouvernementale n'a rien pu faire. Le nouveau gouvernement n'a pas encore rencontré l'association CerHom, qui a en tout cas demandé à être reçue. D'autant plus que la ministre de la Santé actuelle, Agnès Buzyn, est très au courant du dossier. A l'époque, elle était présidente de l'Institut national du cancer, puis présidente de la Haute autorité de santé et était dans les deux cas en faveur du remboursement du radium 223. Donc si elle peut techniquement trouver une solution, elle le fera.

Journaliste : Comment se fait-il que le radium ne soit toujours pas remboursé en France ?

Karim Fizazi : C'est vrai que la France est vraiment une exception, et ce depuis plusieurs années. Le traitement a prouvé son efficacité en 2011. Cela fait donc six ans. Et alors que tous les autres pays qui nous entourent en Europe ont depuis longtemps accepté et remboursé ce traitement, nous sommes dans une impasse. Ce qu'il se passe, c'est qu'il y a une sorte de partie de ping pong entre la Commission de la transparence, qui est une commission qui statue sur ce qu'apporte un nouveau traitement, et le ministère de la Santé. Pour faire simple, quand un nouveau traitement arrive et qu'il a obtenu son autorisation de mise sur le marché, la commission lui attribue une note entre 1 et 5. 1 étant le médicament miracle, ce qui n'arrive jamais. En général, les médicaments qui améliorent la durée de vie obtiennent un 3, ce qui leur permet d'être remboursés à 100%. Or ce radium 223, pour des raisons très bizarres, a reçu une note de 4. Il avait pourtant été prouvé, dans une étude comparative sur environ 800 hommes que le traitement était efficace. Mais comme le traitement a reçu une note de 4, le ministère a décidé de ne pas le rembourser, ou de façon insignifiante. Depuis, la Commission de la transparence n'a jamais révisé sa note car elle n'a pas envie de se dédire.

Journaliste : Pensez-vous que l'opinion publique est davantage sensible aux cancers féminins que masculins ?

Karim Fizazi : Je dirais que c'est plus un problème culturel. Il y a à la fois du côté des hommes une grande pudeur à parler de ses problèmes physiques, ou de santé - a fortiori quand il s'agit d'un problème comme le cancer de la prostate avec des conséquences potentielles sur la puissance sexuelle ou sur l'incontinence urinaire - et du côté des femmes une plus grande facilité à parler de ses seins ou même de ses ovaires. Les médias, je trouve ça très bien, ont très largement rendu publique l'importance de se prendre en charge sur le plan de sa santé lorsqu'on est une femme. Je dirai qu'ils ont très bien joué leur rôle mais ont un peu négligé l'autre sexe. Peut-être parce que les hommes ne voulaient pas en parler. L'association CerHom par exemple, n'a été créée qu'il y a deux-trois ans.

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