Cancer du sein - Marie, 35 ans : "je me sens beaucoup plus femme aujourd'hui "

Santé

OCTOBRE ROSE - Il y a un an, Marie se voyait diagnostiquer un cancer du sein. Sans faux-semblants et avec beaucoup de franchise, elle a accepté de raconter à metronews son combat contre la maladie. Un témoignage fort qui rappelle que le cancer du sein n'arrive pas qu'aux autres et peut même frapper de très jeunes femmes.

Elle a quelque chose dans la voix qui mêle détermination et autorité. Malgré cela, au début de notre conversation, on hésite, on prend des pincettes, bref on a quand même envie de la protéger. Elle coupe court : "Je n'ai aucun problème avec mon cancer et il n'y a aucun tabou non plus. Ça fait partie de moi comme ma paire de chaussures ou ma coupe de cheveux."
Elle est comme ça Marie, cash. Son cancer du sein, puis l'ablation qu'elle a dû subir elle en parle librement, avec courage et intelligence.

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Tout commence en mars 2014. Marie a alors 34 ans. Un soir, dans son lit, son époux passe la main sur son sein. Il sent une boule. Prudente mais pas inquiète, Marie consulte son généraliste qui trouve que la masse est grosse et qui préfère envoyer sa patiente effectuer des examens complémentaires dont une mammographie. Le radiologue ne dit rien. Entre-temps Marie prend rendez-vous avec un spécialiste. "Jusque-là je n'étais pas inquiète. Je suis restée zen. J'avais une boule mais je ne pensais pas au cancer. Et là, le médecin n'y a pas été par quatre chemins et m'a dit 'on va faire une biopsie mais je pense que c'est un cancer'". La biopsie confirme les craintes de l'équipe médicale et là, Marie réalise que sa vie vient de basculer.

"J'avais l'impression que mon corps m'échappait"

"Le ciel s'est écroulé. Je ne croyais pas que cela pouvait arriver à mon âge. A ce moment-là, on essayait de faire un deuxième enfant. Je me sentais dépossédée de ma vie, j'avais l'impression que mon corps m'échappait. On était mariés, parents d'un enfant on venait d'acheter une maison, on prévoyait un deuxième enfant, tout allait très bien au boulot. Une minute, tout était parfait et l'autre, tout était remis en question".

Mais Marie n'a pas le temps de souffler. Il faut agir vite et les médecins lui annoncent dans la foulée qu'il va falloir procéder à l'ablation de son sein. "Dès que le mot masectomie a été prononcé j'ai ressenti qu'on m'empêchait d'être une femme. Comment pouvait-on m'amputer d'un morceau de moi-même ? C'est comme les phases d'un deuil : d'abord le choc, ensuite la révolte 'non je ne me ferai pas opérer' puis vient le temps de l'acceptation." La jeune femme demande un délai de 3 semaines et se tourne vers la sophrologie pour accepter cette opération et tout le cortège de traitements qui vont avec.

"Paradoxalement c'est avec mon fils de 4 ans que cela a été le plus simple"

Comment son entourage a réagi face à ce terrifiant diagnostic et cette nouvelle vie qui s'annonçait ? Là encore, Marie ne fait pas dans les faux-semblants. Les discours tout faits ? Très peu pour elle. "Mon mari m'a dit plus tard qu'il pensait que j'allais mourir. Quant à mes amis, je les renvoyais à leur propre vulnérabilité. Une chape de plomb était tombée sur nos vies. Paradoxalement c'est avec mon fils de 4 ans que cela était le plus simple. Avec lui, le mot cancer n'a pas été prononcé car il ne voulait rien dire. Avec lui, il n'y avait pas tout ce que les adultes accrochent derrière ce mot."

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Avec beaucoup d'intelligence Marie, sans minimiser une seule seconde l'importance du soutien de ses proches, analyse aujourd'hui leurs réactions. "Quand on est malade, on est seul et on renvoie aux autres l'image de leur mort. Pour l'entourage, c'est pareil. On est chacun face à notre propre douleur." La mort justement. On se lance. Y a-t-elle pensé ou se l'est-elle interdit ? Là encore la réponse fuse : "Bien sûr. Je me suis tout autorisé : je me suis autorisée à penser à la mort, à m'écrouler, à crier et même à rester sur mon canapé le regard dans le vide. D'exprimer tout cela, finalement, m'a donné plus que jamais envie de vivre !"

"Mon cancer a révélé ma personnalité"

Elle raconte, ce dont l'on se doute mais qu'on ne peut qu'imaginer tant qu'on ne l'a pas vécu, que les traitements sont difficiles, la chimio notamment . "Le pire a été la perte de mes cheveux ; un soir j'entre dans la salle de bains pour me déshabiller et je me passe la main dans les cheveux. Là, une poignée est tombée. J'ai vu mon état se dégrader." Mais encore une fois, Marie prend les choses en main : "J'ai demandé à mon mari de me tondre la tête car je ne voulais pas qu'un inconnu le fasse. Et contre toute attente, cela s'est transformé en un moment familial car mon fils a tenu à participer en faisant des bizarreries avec la tondeuse dans mes cheveux. Ce moment nous a fait rire." Bluffant.

Après cette ablation, de nombreuses séances de chimiothérapie et de rayons, Marie a son premier contrôle en juin 2015. Tout va bien il n'y a aucun signe de ce cancer contre lequel elle a lutté. Si elle doit encore être surveillée sur des bases régulières, elle est aujourd'hui sur la bonne voie et peut regarder cet épisode de sa vie avec recul et lucidité.

"Mon cancer a révélé ma personnalité. On m'a enlevé un sein, pas un organe. Quand on a un cancer, on n’a pas le choix on doit faire une pause et donc il faut vivre ces moments-là, car ils peuvent nous apprendre des choses. Dans cette histoire, je me sens grandie." Elle nous explique enfin comment la maladie a changé sa façon de voir la vie. "Désormais quand j'ai du temps libre je sais que le ménage, par exemple, peut attendre. Si j'ai envie de lire un livre ou de faire du sport, c'est prioritaire." Et Marie de conclure malicieusement. "Vous savez, je suis beaucoup plus femme aujourd'hui qu'avec mes deux seins."

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