Cancer : voici les réponses aux dix questions que vous posez le plus

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DÉCRYPTAGE – C'est quoi le cancer, comment l'éviter ? pourquoi on en meurt ? Ces questions font partie des 10 questions concernant le cancer les plus posées par les Français sur Internet. Nous avons demandé à un spécialiste de l'Institut de Cancérologie de des Hospices Civils de Lyon d'y répondre.

En 2017, 150.000 personnes sont mortes du cancer en France, une maladie qui inquiète forcément. Et le premier réflexe des inquiets est souvent d'interroger la toile. Le problème, c'est qu'on y trouve de tout : des réponses les plus pointues aux plus douteuses. Pour y voir plus clair, nous avons soumis à un oncologue, le Pr Benoit You, les 10 questions concernant le cancer les plus posées en 2017, selon Google.

1. Comment détecter un cancer ?

"Derrière cette question, on entend plutôt comment diagnostiquer un cancer précocément, c’est-à-dire avant qu'il ne soit associé à des symptômes ou avant qu'il ne soit trop avancé, pour que je puisse mettre un oeuvre un traitement curatif", estime l'oncologue. Deux solutions existent aujourd'hui. La première repose sur les campagnes de dépistage, établies sur tout le territoire et pour l'ensemble de la population. Elles concernent trois types de cancer :

- Le cancer du sein. On recommande aux femmes, à partir de 25 ans, de réaliser des mammographies et ce tous les deux ans.

- Le cancer du col de l'utérus. "Le dépistage se fait par frottis cervico-vaginal qui est réalisé tous les trois ans entre 25 et 65 ans, en sachant qu'à 25 ans, il faut faire deux frottis espacés d'un an", détaille Benoit You.

- Le cancer du colon-rectum. "Ça passe par une analyse des selles", nous indique-t-il. "Le patient va récolter des selles à domicile, le donner au laboratoire et on va rechercher la présence de sang. Il faut le faire tous les deux ans entre 50 et 74 ans."

Les médecins sont censés s'assurer de la bonne réalisation de ces actes remboursés par la Sécurité Sociale.


"À côté de ça, il y a des campagnes de diagnostic précoce qui ne sont pas nécessairement du dépistage étendu à tous", précise le spécialiste. Par exemple, un homme de plus de 50 ans qui présente des facteurs de risque du cancer de la prostate se verra proposer un diagnostic, entendez par là un dosage sanguin du PSA (une protéine fabriquée naturellement par la prostate, ndlr) associé à la réalisation d'un toucher rectal. "Voilà comment on peut diagnostiquer et détecter plus tôt un cancer", avance-t-il.


Mais les choses pourraient encore évoluer. Un simple test sanguin pourrait dorénavant permettre de détecter les cancers du sein, du colon, du pancréas, de l'estomac, du foie, du poumon et de l'ovaire. "C'est potentiellement l'avenir", se réjouit le Pr  You. "Avec ce test, on recherche la présence de cellules tumorales circulantes dans le sang et également la présence d'ADN du cancer".  

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Une simple prise de sang permet de dépister certains cancers

2. Comment éviter le cancer ?

"La première chose que l'on peut faire c'est éviter les facteurs de risque", annonce d'emblée le médecin. "Le premier d'entre eux, c'est évident, c'est le tabac". On le sait, le tabac favorise le cancer du poumon mais pas seulement ! Il peut également entrainer un cancer de la gorge, de la vessie, de l'utérus, du sein ou encore de l'estomac. Autre facteur de risque : l'alcool, qui favorise de son côté les cancers de la gorge, de l'œsophage, du foie, du pancréas et du sein. Le Pr You ajoute à cette liste l'obésité. En clair, il faut donc avec une bonne hygiène de vie avec un régime équilibré, exercer une activité physique régulière et surtout ne pas fumer, ni boire de façon excessive de l'alcool.


Dernier point : l'exposition à certains produits toxiques, comme "l'amiante bien sûr, mais aussi certains produits comme les amines aromatiques que l'on trouve dans des produits chimiques comme la peinture." 

3. C'est quoi le cancer ?

"Il faut d'abord comprendre que le constituant de base de notre corps, c'est les cellules et ces cellules doivent nécessairement se multiplier, proliférer pour remplacer les cellules qui meurent. C'est un processus qui est normal.", nous répond l'oncologue. "Le corps est  en permanence en train d'effectuer une forme d'équilibre entre des facteurs qui vont stimuler le renouvellement de ses cellules et d'autres facteurs qui vont le bloquer, pour qu'il ne soit pas trop important. La tumeur, c'est une perte de ce processus de contrôle de prolifération cellulaire." Autrement dit, ce qui enraye la machine bien huilée : une tumeur est donc  un amas de cellules qui prolifèrent de façon anormale et excessive. Face à celà, deux options : "soit cet amas de cellules va respecter les structures avoisinantes, c’est-à-dire ne pas les détruire, auquel cas on aura une tumeur bénigne, soit cet amas de cellules va détruire ces cellules avoisinantes voire même passer dans le sang pour venir se fixer à distance et donner des métastases - des petits colonies indépendantes des cellules cancéreuses - et à ce moment là, on parle de cancer."

4. Comment détecter un cancer du sein ?

Le dépistage du cancer du sein a été présenté dans la première question. On peut toutefois ajouter que la mammographie est associé systématiquement à un examen clinique, c’est-à-dire à une palpation des seins et des ganglions axilaires (autrement dit au niveau des aisselles) par un professionnel de santé pour s'assurer qu'il n'y a pas une lésion identifiable.

Et l'autopalpation dans tout ça ? "Je ne le déconseille pas mais il faut être prudent", prévient Benoit You. "C'est assez délicat notamment chez les femmes pré-monopausées, parce que les seins sont volontiers denses, ils évoluent au cours du cycle et les femmes peuvent par erreur penser qu'elles ont un cancer. C'est plus facile chez les femmes ménopausées car la glande est involué." Dans tous les cas, en cas de doute, il faut se tourner vers son médecin. 

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5. Comment éviter le cancer de la prostate ?

"Ça amène à se poser la question des facteurs de risque", nous indique ce spécialiste. "Le facteur qui a été le plus démontré et validé c'est l'existence, dans la famille, d'antécédents de cancers de la prostate. Même si on est loin des 100% de risque, on a clairement plus de chances de développer un cancer dans ce cas là et ça on ne peut pas y faire grand-chose." Mais il existe d'autres leviers. "On suspecte notamment "l'obésité". Alors "encore une fois, je préconise une hygiène de vie, avec un régime équilibré et une activité physqie régulière."

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6. Comment détecter un cancer des os ?

Benoit You prévient d'emblée : "Il faut distinguer deux situations : d'un côté le cancer primitif de l'os qui est un cancer qui nait dans l'os et qui est exceptionnel, vraiment très rare, de l'autre les métastases osseuses". "Souvent les gens appellent cancer de l'os ces métastases, qui sont en réalité nées ailleurs, dans un autre organe." Ces colonies de celulles cancéreuses se sont fixées à l'os en passant par la circulation sanguine. "Si on regarde au microscope les cellules dans l'os, on verra des cellules du cancer du sein par exemple si la patiente est atteinte de ce cancer". Le développement de métastases osseuses est généralement lié aux cancers du sein donc mais aussi, de la prostate et du rein.

7. Quels sont les symptômes du cancer ?

Il n'existe pas un mais des cancers. Tout dépend donc de l'organe atteint. "Il n'y a pas de symptômes communs aux différents cancers, excepté une grande fatigue", nous indique le professeur. "Ce sont des symptômes qui vont nous conduire à un organe attteint et en étudiant cet organe, on va pouvoir découvrir le cancer." Pour certains cancers, les choses sont simples : "un cancer des cordes vocales pourra être diagnostiqué très précocemment parce qu'on observe une modification de la voix." Pour d'autres, le diagnostic est souvent plus tardif : "un cancer de l'ovaire par exemple va se développer dans un organe intra-abdominal, dans le ventre, sans que ne soient associés dans un premier temps de symptômes particuliers. Au bout d'un certain temps, apparaitront des douleurs abdominales, un gonflement du ventre, mais cela signifie malheureusement que le cancer a déjà envahi d'autres structures à proximité." 

8. Pourquoi le cancer tue-t-il ?

Il existe quatre causes de décès par le cancer. "La première à laquelle on pense, c'est la défaillance de l'organe dans lequel se situe le cancer", indique logiquement le membre des Hospices Civils de Lyon. "Par exemple, si le cancer s'est développé dans le foie, on peut décéder d'un défaut de fonctionnement du foie". Pour l'empêcher, les médecins administrent donc des traitements pour limiter ces dysfonctionnements en parallèle des thérapies visant à combattre le cancer en lui-même.

"Ce qui est moins connu, c'est le risque de dénutrition" poursuit-il. "C'est une perte de protéine liée au fait qu'on ne s'alimente plus suffisament bien. Et cette dénutrition amène le patient à faire des complications, des infections, des malaises, des chutes." Selon le Pr You, certains patients misent sur des régimes pour combattre la maladie (moins de viande rouge, moins de sucre, etc.), mais aucune preuve scientifique n'a permis de les justifier et bien souvent ces régimes peuvent accentuer la malnutrition. 

Autre cause de décès : "les causes thromboemboliques c'est à dire des caillots de sang : une croute de sang va se former à l'intérieur des veines, soit à l'intérieur des jambes on appelle ça une phlébite, soit dans les artères du poumon et on appelle ça une embolie pulmonaire." Pour cette raison, certains patients se voient prescrire des anticoagulants, pour fluidifier le sang et limiter ces risques. 

"Dernière cause, mais il faut préciser que c'est rare : le traitement que l'on met en place, qui peut être liés à des toxicités."

9. Comment prévenir le cancer ?

Cette question rejoint la première interrogation : "Comment détecter un cancer ?"

10. Depuis quand existe le cancer ?

"C'est vraiment une vieille maladie, les premières descriptions du cancer remontent à l'antiquité", nous indique le Pr You. En latin, cancer signifie "crabe', il a été employé pour la première fois en 450 av J.C. "Un médecin grec, Hippocrate, avait noté que le cancer du sein, à partir du moment où il atteignait la peau, se traduisait par une boule avec des prolongements sur les côtés qui ressemblaient à des pattes et comme il trouvait que cela ressemblait à un crabe, il l'a appelé ainsi". Un peu plus tard, "en l'an 131, Galien confirme cette ressemblance". En clair, on savait déjà que les gens mourraient d'une maladie qui provoquait l'apparition d'une "boule", au niveau de la peau, du colon, du sein.


Pour le traiter, il a fallu attendre le Moyen-Âge et l'apparition de la chirurgie. "On observe une progression des thérapies : la chirurgie avec l'ablation de l'organe touché, la partie malade - la radiothérapie à la fin du 19ème siècle, la chimiothérapie au début du 20ème et depuis le début des années 2000,  ce sont les thérapies ciblées, avec prise de médicaments qui se développent. C'est ça le traitement du 21ème siècle.

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