Candida auris : trois questions sur ce champignon mortel qui menace la santé mondiale dans le plus grand secret

Santé

SANTÉ - En toute discrétion, et sans que l'on ne sache comment l'arrêter, un germe tueur baptisé Candida auris est en train de se propager à une vitesse alarmante à travers le monde, créant la panique dans le milieu médical. Que sait-on de cette levure microscopique ? Quels symptômes provoque-t-elle ? La France doit-elle craindre la propagation ? Éléments de réponse.

Il a fait sa dernière victime à New York, au Mount Sinai Hospital de Brooklyn, aux Etats-Unis. Si son nom était jusque-là inconnu du grand public, le Candida auris, un champignon microscopique présenté comme la possible prochaine menace sanitaire mondiale, pourrait faire grand bruit au cours des prochaines années. Et pour cause : cette levure microscopique se propagerait à une vitesse alarmante aux quatre coins du globe, sans que l'on ne sache pour l'heure comment l'arrêter. 

Que sait-on de ce germe tueur ? Pourquoi se propage-t-il dans le plus grand secret ? La France est-elle concernée ? LCI fait le point.

De quoi s'agit-il ?

C'est en 2009, au Japon, que sa présence a été détectée pour la première fois. Le Candida auris, une espèce de levure, est un champignon microscopique à l'origine de l'une des infections fongiques les plus dangereuses. Cette dernière, qui s'attaque aussi bien aux conduits auditifs qu'aux voies urinaires ou au réseau sanguin, se manifeste à travers des symptômes considérés comme ordinaires (fièvre, courbatures et fatigue) mais qui peuvent se révéler fatals chez les personnes dites immunodéprimées. Dans le détail, sont donc particulièrement menacés les patients dont le système immunitaire est immature ou affaibli, tels que les nourrissons, les personnes âgées ou les patients souffrant d’une maladie auto-immune. 

Aussi petit que dévastateur, ce germe tuerait près de la moitié de ceux qui le développent en 90 jours. Et quand il est repéré, il est très difficile de s'en défaire. Insensible aux antifongiques, le Candida auris survit sans mal sur un être vivant mais également sur d’autres surfaces comme un mur ou encore des meubles, témoignent certains exemples recensés dans le passé.

Pourquoi en parle-t-on maintenant ?

C'est le New York Times qui a accordé à ce "super champignon" toute la médiatisation qu'il mérite à travers un reportage mis en ligne ce 6 avril. Le journal y compile plusieurs témoignages de chercheurs qui détaillent comment l’utilisation généralisée de fongicides, dans l’agriculture notamment, a contribué à l’apparition de champignons résistants à tous les traitements et médicaments disponibles pour soigner les humains. 

Les auteurs de cette enquête regrettent particulièrement le fait que le phénomène soit resté sous les radars, malgré les cas d'infections graves recensés à travers le monde. A tel point que l'équivalent de la Haute autorité de santé américaine l'a d'ailleurs ajouté à la liste des germes considérés comme "menaces urgentes". Une menace qui ne craint pas les frontières et qui se propage ainsi à l'échelle mondiale à une vitesse alarmante. 

10 millions de personnes dans le monde pourraient mourir de toutes ces infections en 2050- New York Times

C'est ainsi que l'hôpital royal Brompton à Londres a ainsi fermé dix jours en 2016 pour être décontaminé, tandis que 372 personnes ont été contaminées entre 2016 et 2017 dans un hôpital de Valence en Espagne. La levure microscopique se serait également répandue dans une unité néonatale au Venezuela et dans d’autres établissements en Inde, Pakistan et en Afrique du Sud au cours des cinq dernières années. "Les gouvernements et les institutions n’osent pas communiquer dessus parce que ça risque d’effrayer les patients", soulignent les auteurs de l’article du New York Times.

Pourtant, à moins que de nouveaux médicaments plus offensifs ne soient mis au jour et que l'utilisation inutile d'antimicrobiens ne soit fortement réduite, le risque s'étendra à des populations en meilleure santé. "10 millions de personnes dans le monde pourraient mourir de toutes ces infections en 2050", selon le New York Times, qui précise qu'une étude du gouvernement britannique a financé des recherches contre le Candida auris. 

La France doit-elle craindre une propagation ?

C’est au Centre national de référence (CNR) Mycoses invasives et antifongiques (Institut Pasteur) que revient le signalement des infections en France. Ce dernier assure qu’il n’y a pas de situation épidémique en France et que, depuis 2013, seuls deux cas isolés ont été identifiés.

Pour autant, détaille le réseau des Centre de prévention des infections associée aux soins, "les cliniciens, biologistes et hygiénistes doivent être informés du risque car seules une investigation rapide et des mesures d’hygiène efficaces peuvent limiter sa diffusion. L’enjeu est d’autant plus important que, une fois un patient colonisé ou un environnement de soins contaminé, l’éradication de Candida auris semble difficile."

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