"Certains tests sérologiques ont 40% de faux négatifs" : pourquoi sont-ils si peu fiables ?

"Certains tests sérologiques ont 40% de faux négatifs" : pourquoi sont-ils si peu fiables ?
Santé

ECLAIRAGE - Olivier Véran a mis en garde les Français contre l'utilisation prématurée de tests sérologiques, qui doivent permettre de détecter des anticorps indiquant si la personne a déjà été contaminée par le coronavirus ou non. La raison : certains tests, qui ne sont pas homologués, peuvent atteindre "40% de faux négatifs", prévient le ministre de la Santé. Explications.

C'est l'une des grandes inconnues de la crise du coronavirus : comment tester l'ensemble de la population ? Il y a quelques semaines avait été envisagée l'hypothèse d'un dépistage massif au moment du déconfinement, grâce à des tests sérologiques. Ceux-ci doivent permettre de détecter la présence d'anticorps dans l'organisme, et ainsi déterminer si le patient a été ou non contaminé par le Covid-19 par le passé.

Mais cette hypothèse semble désormais écartée. Deux raisons viennent l'expliquer : d'abord, les connaissances autour du virus restent encore limitées. Aujourd'hui, les scientifiques ne savent pas encore si l'organisme produit suffisamment d'anticorps, ne connaissent pas leur durée de vie, ni s'ils protègent réellement contre une nouvelle infection. Dès lors, avoir déjà contracté le coronavirus ne signifie pas que la personne est automatiquement immunisée.

Sur certains tests, "vous avez presque une chance sur deux de ne pas être détecté"

Autre raison, et non des moindres : ces tests sérologiques ne sont pas encore homologués. Pourtant, certains existent déjà. Mais Olivier Véran a mis en garde contre leur utilisation. "Certains tests ne correspondent à aucune norme et n'ont été validés par aucun laboratoire français", a indiqué le ministre des Solidarités et de la Santé dimanche 19 avril, lors d'une conférence de presse (voir vidéo en tête de cet article).

"Non seulement nous ne sommes pas sûrs que" ces tests sérologiques "soient utiles, mais nous ne sommes même pas sûrs qu'ils soient efficaces", prévient donc le ministre de la Santé. "Certains d'entre eux ont 40% de faux négatifs, c'est-à-dire que vous avez presque une chance sur deux de ne pas être détecté, quand bien même vous faites ce test sérologique."

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Comment est-ce possible ?

Pour qu'un test soit validé par les autorités sanitaires, il doit d'abord franchir plusieurs étapes. "Le Centre national de référence (CNR) a établi des tests sérologiques de référence : ce sont eux qui font foi pour savoir si la personne a été infectée ou non", explique à LCI Michaël Schwarzinger, chercheur associé à l'Inserm IAME (infection, anti-microbiens, modélisation, évolution) et au CHU Bichat (Paris). "Ces tests de référence sont établis par des laboratoires aux moyens assez conséquents. Mais ils n'ont pas la capacité de faire des tests pour toute la population. C'est cependant c'est grâce à eux que nous pouvons avancer", indique l'expert.

Pour qu'un test d'un laboratoire candidat soit validé, il doit donc être envoyé au CNR et ses résultats sont comparés avec le test de référence. Au sein de ce centre, "souvent situé à l'institut Pasteur, des échantillons de sang de patients sont testés avec le test de référence et avec le test du laboratoire qui veut se faire homologuer", explique Michaël Schwarzinger. "L'idéal, c'est que le résultat soit le même pour les deux tests."

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Les autorités françaises ne veulent en fait pas risquer la même mésaventure que l'Espagne. De l'autre côté des Pyrénées, fin mars, les pouvoirs publics ont en effet commandé des tests rapides à la Chine, qui se sont finalement révélés être défectueux. L'annonce d'Olivier Véran sur les "40% de faux négatifs" appelle donc d'autant plus à la méfiance. Cela signifie que, dans quatre cas sur dix, "le test qui veut être homologué donne un résultat négatif alors que le test de référence donne un résultat positif", analyse le chercheur.

Plusieurs laboratoires ont déjà tenté de mettre au point un test sérologique. "Certains sont sanguins (avec une prise de sang), d'autres sont des auto-tests (piqûre au bout du doigt), mais toutes les méthodes doivent être homologuées par rapport au test de référence", continue Michaël Schwarzinger. "Tout cela prend du temps : depuis trois semaines, le CNR reçoit des tests des différents laboratoires candidats." Mais, pour l'heure, aucun d'entre eux ne semble donc avoir montré une fiabilité suffisante pour envisager un déploiement national auprès de 67 millions de personnes.

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